Travail des enfants, exploitation des fermiers, déforestation: les ingrédients amers des œufs de Pâques en chocolat

Chocolat par temps de corona – Pixabay

Pâques constitue la plus grande période d’achats de chocolat de l’année. Sans que les consommateurs ne se soucient trop des conditions de production discutables, tant d’un point de vue humain qu’environnemental.

La chasse aux œufs. Pâques constitue la plus grande période d’achats de chocolat de l’année. Mais les rayons de nos supermarchés débordent de ces petites tentations sucrées sans que l’on se soucie vraiment trop de la façon discutable dont les entreprises les produisent ou les acheminent. L’exploitation humaine et la dégradation de l’environnement restant malheureusement des ingrédients de la recette commerciale.

‘Les plus grands négociants de cacao au monde, mais aussi les plus importants producteurs de chocolat et distributeurs ne parviennent toujours pas à résoudre les problèmes sociaux et environnementaux’, s’inquiète le collectif associatif composé de l’organisation allemande Inkota, l’union australienne Be Slavery Free et les ONG américaines Green America, Mighty Earth et National Wildlife Federation à l’occasion de la publication de son Easter Chocolate Shopping Guide 2021.

Le regroupement associatif a sondé 31 entreprises qui représentent à elles seules plus de 80% des confiseries chocolatées dans le monde. Ces sociétés ont été notées sur les 6 thématiques de durabilité les plus urgentes auxquelles est confrontée l’industrie du chocolat: l’attention aux droits de l’homme; la transparence et la traçabilité; la déforestation et le changement climatique; l’agroforesterie ; les politiques de revenu de subsistance et le travail des enfants.

Fait notable, seuls quatre acteurs de relativement petite taille ont reçu les meilleures notes : l’entreprise américaine Alter Eco, le chocolatier suisse Halba/Sunray, le fabricant néerlandais Tony’s Chocolonely et l’entreprise néo-zélandaise Whittakers .

Quid du chocolat belge ?

On retrouve dans le classement associatif la marque de chocolat de luxe d’origine belge Godiva, détentrice l’année dernière de ‘l’œuf pourri’ la note la plus basse illustrant les piètres performances face à chaque enjeu. En comparaison avec les autres chocolatiers, Godiva accusait alors peu de progrès depuis plusieurs années. Cette année, la marque comme ses homologues pointées du doigt dans le passé ont ‘substantiellement’ amélioré leurs actions en termes de durabilité. Et Godiva a enregistré des progrès majeurs au niveau des politiques de rémunération et de la protection environnementale. Mais ‘plus de travail est encore nécessaire’ épingle le rapport 2021 à propos de Godiva, alertant d’un sérieux retard au regard de l’industrie sur les questions de contrôle préalable (due dilligence) et du travail des enfants.

Le fabricant belgo-suisse de chocolat Barry Callebaut dispose de bonnes politiques à implémenter en ce qui concerne les mesures de transparence et de traçabilité, de l’exploitation ouvrière de mineurs d’âge ou de déforestation. Le reste des points étudiés requièrent quant à eux plus d’efforts.

Le géant international Mondelez, propriétaire notamment de la marque iconique de chocolat belge Côte d’or, accuse lui un gros retard pour tout ce qui touche à l’agroforesterie, méthodes agricoles qui consistent à coupler des arbres avec des zones de cultures ou d’élevage d’animaux’ Et si le reste des voyants sont en jaune, soulignant la performante organisation se mettant en œuvre, le groupe excelle en matière de politique climatique et de déforestation.

Notons enfin l’un des principaux fournisseurs mondiaux d’ingrédients pour les chocolateries, le groupe belge Puratos. Cette entreprise familiale centenaire dispose d’un relativement beau bulletin également. Cela étant dit, les points sensibles exigeant un travail supplémentaire se situent au niveau du contrôle et de la transparence.

Des œufs douteux ?

Ce guide du shopping éthique et durable entend mettre les pendules à l’heure pour que les consommateurs achètent en connaissance de cause. Quatre entreprises qui ont été contactées dans le cadre de cette enquête, l’entreprise allemande Storck (Werther’s Original), le géant britannique Unilever (les glaces Magnum notamment), Starbucks (acteur américain majeur des chocolats chauds) et la société française Valrohna, n’ont pas souhaité partager leurs informations. Un acte qui est perçu par les associations de défense comme un manque de transparence.

‘Nous pensons que toutes les entreprises qui vendent des produits chocolatés devraient être en mesure de fournir les informations que nous demandons, et que les consommateurs ont le droit de connaître les conditions dans lesquelles les produits sont fabriqués’, fait valoir l’organisation Mighty Earth.

Contacté par le site Forbes pour commenter ce refus de prendre part à l’exercice, un porte-parole d’Unilever a déclaré que la multinationale s’était engagée ‘à aller plus loin en travaillant avec d’autres pour résoudre les problèmes endémiques associés à l’industrie du cacao. Cela comprend des programmes de soutien aux agriculteurs, la lutte contre le travail des enfants par le biais d’une politique d’approvisionnement responsable, une nouvelle politique pour renforcer les exigences vis-à-vis des fournisseurs’. Greenwashing ou action réelle ?

Un impact significatif

L’ingrédient principal pour faire du chocolat est le cacao, la poudre obtenue à partir du broyage des graines de la plante de cacao. Environ 70% du cacao est cultivé en Afrique de l’Ouest, la Côte d’Ivoire et le Ghana étant les deux grands producteurs.

‘La plupart des producteurs de cacao gagnent moins de 1 dollar par jour et les femmes encore moins. Ce qui est bien en dessous du seuil de pauvreté mondial de 1,90 dollar’, notent les professeurs en comptabilité et gouvernance d’entreprise John Dumay et James Guthrie de l’Université Macquarie de Sydney. ‘On estime que 1,6 million d’enfants travaillent dans la production de cacao rien qu’en Côte d’Ivoire et au Ghana’.

Parallèlement, le défrichage des terres pour cultiver le cacao serait responsable d’environ un tiers des terres défrichées dans ces deux pays au cours des soixante dernières années. Ces pays ont maintenant perdu plus de 80% de la couverture de la forêt tropicale. ‘Une déforestation telle qu’elle contribue au changement climatique’, soulignent les deux professeurs de Macquarie.

Pour résoudre ces problèmes sociaux et environnementaux, il est essentiel d’assurer la transparence des chaînes d’approvisionnement. Naturellement, si des acteurs économiques aussi importants ne monitorent pas de façon précise et proactive la provenance de leurs produits, ils ne peuvent pas évaluer les risques réels d’exploitation humaine ou de destruction de l’environnement.

Le pouvoir des consommateurs

Néanmoins, une telle transparence ne suffira pas à elle seule si les consommateurs n’agissent pas sur cette information et ne font pas pression sur les entreprises chocolatières dans leurs décisions d’achat.

‘En optant pour du chocolat équitable, les consommateurs peuvent utiliser leur pouvoir d’achat pour soutenir le changement social’, soutient Eric Li, professeur associé en management à l’Université de la Colombie-Britannique de Vancouver.

Il va de soi que des entreprises qui soutiennent les normes durables, versent un salaire équitable aux travailleurs et maintiennent des zones de conservation forestière, exercent un rôle essentiel.

Mais si tout le monde prend de petites mesures qui peuvent sembler anecdotiques comme choisir des œufs en chocolat plus respectueux des conditions de travail et de culture, cela alimentera un changement progressif des mentalités et comportements de consommation plus larges.