Une grande partie de l’Europe occidentale connaît des températures automnales exceptionnellement douces. Ce samedi, les 25,5 °C ont été atteints à Ucle. Et en Allemagne, on a même atteint les 27 °C localement. Nous nous dirigeons vers le mois d’octobre le plus chaud depuis au moins 150 ans. Avons-nous simplement de la chance ou le changement climatique est-il derrière tout ça ? La réponse se trouve probablement dans le fameux jet stream et dans la question de savoir si et comment il se comporte différemment en raison du réchauffement climatique.
La cause première de ce beau temps d’automne est une zone de haute pression coincée au-dessus de l’Europe occidentale en raison d’une torsion du courant-jet qui se trouve au-dessus de nous. Ces torsions du courant-jet semblent être de plus en plus fréquentes ; elles se produisent lorsque sa vitesse est faible. Le courant-jet est alimenté par la différence de température entre le pôle et les tropiques. Lorsque l’Arctique se réchauffe, la différence de température diminue, ce qui pourrait entraîner un affaiblissement du courant.
Et si le courant-jet s’affaiblit, plus il serpente lentement à la surface de la Terre, plus il est probable que la même configuration météorologique persiste plus longtemps. Les périodes prolongées de chaleur, de sécheresse, de froid ou de fortes précipitations pourraient être liées à un ralentissement du courant-jet. Les mesures montrent qu’il y a effectivement une diminution de la vitesse du courant-jet polaire, surtout en été, mais la raison exacte de cette diminution n’est toujours pas claire. Les modèles climatiques utilisés dans la recherche scientifique ne simulent pas le comportement du courant avec suffisamment de précision pour être concluants.
Des forage au Groenland pour observer l’évolution au cours des 1.250 dernières années
Ce que nous savons d’ores et déjà, c’est que ces perturbations induites par le climat risquent d’avoir des conséquences météorologiques dramatiques des deux côtés de l’Atlantique. En forant profondément dans la calotte glaciaire du Groenland, les chercheurs ont reconstitué le passé du jet stream. L’étude permet de comprendre comment la position et l’intensité du courant-jet de l’Atlantique Nord ont changé au cours des 1.250 dernières années. Les résultats suggèrent que la position du courant-jet pourrait migrer au-delà de sa plage de variabilité naturelle dès l’année 2060 dans le cadre d’un scénario d’émissions de gaz à effet de serre inchangées.
L’équipe de recherche a prélevé des échantillons de glace à près de 50 endroits de la calotte glaciaire du Groenland afin de reconstituer les changements des vents dans l’Atlantique Nord depuis le huitième siècle. Les reconstructions suggèrent que la variabilité naturelle a jusqu’à présent masqué l’effet du réchauffement d’origine humaine sur la dynamique atmosphérique aux latitudes moyennes sur des échelles de temps annuelles et plus longues.
Le passé est formel : un réchauffement durable peut provoquer des anomalies significatives
Pour la plupart des endroits sur Terre, les observations climatiques directes ne couvrent généralement pas plus de quelques décennies. Nous n’avons donc pas une bonne idée de comment ou pourquoi le courant-jet change sur des périodes plus longues. Les recherches montrent que, bien que la variabilité naturelle ait largement déterminé la position du courant-jet de l’Atlantique Nord, un réchauffement durable peut entraîner des écarts importants par rapport à la norme.
Bien que le courant-jet polaire souffle le plus rapidement près de l’altitude de croisière typique des avions, il s’étend en fait jusqu’au sol, créant ce qu’on appelle des « trajectoires de tempête ». Celles-ci affectent le temps et le climat du Groenland, influençant les précipitations et les changements de température de l’île. En analysant les variations annuelles de la quantité de neige archivée dans les carottes de glace du Groenland, ainsi que la composition chimique des molécules d’eau qui composent ces couches de neige annuelles, les chercheurs ont pu découvrir des indices séculaires sur l’évolution du courant.
Une perturbation du courant-jet peut avoir des conséquences énormes
La reconstitution du passé du courant-jet a révélé qu’il pouvait aller très au nord pendant plusieurs années, pour ensuite se déplacer de plus de 10 degrés plus au sud quelques années plus tard. Ces variations ont d’énormes répercussions sur la météo dans un endroit donné. Par exemple, si le courant-jet est plus au sud, la péninsule ibérique, normalement sèche, a tendance à connaître des conditions plus douces et plus humides. Mais lorsque le courant-jet migre vers le nord, une grande partie de cette humidité s’éloigne également de la péninsule espagnole vers la Scandinavie.
L’équipe a même pu faire correspondre certains changements dans le courant-jet avec des événements météorologiques historiques. Lors d’une famine qui a touché la péninsule ibérique en 1374, par exemple, le courant-jet était inhabituellement loin au nord. De même, deux famines survenues dans les îles britanniques et en Irlande en 1728 et 1740 ont coïncidé avec des années où les vents soufflaient à peine à la moitié de leur intensité habituelle, ce qui a fait baisser considérablement les températures et réduit les précipitations. On estime que le dernier de ces événements, en 1740, a tué près d’un demi-million de personnes.
MB