Au sein de l’Union européenne (UE), de plus en plus de voix s’élèvent pour réclamer la mise en place d’un marché unique des paiements. « Lorsque les entreprises souhaitent exercer leurs activités dans plusieurs pays européens, elles sont confrontées à des législations très complexes », explique Ken Serdons, directeur commercial de Mollie, une plateforme de services financiers qui aide les entreprises européennes à traiter leurs paiements et à gérer leurs flux de trésorerie. « Même lorsqu’il existe une législation européenne, celle-ci peut varier d’un État membre à l’autre. »
Principaux renseignements
- Le marché européen des paiements est aujourd’hui fortement fragmenté en raison de la diversité des réglementations nationales, ce qui entraîne une complexité et des coûts supplémentaires pour les entreprises exerçant des activités transfrontalières.
- On observe un soutien croissant, notamment de la part de l’ancien président de la BCE Mario Draghi, en faveur d’un marché européen unifié des paiements et d’une alternative propre à l’Europe face aux acteurs américains.
- Sur le plan technologique, l’Europe est déjà bien avancée (comme pour les paiements instantanés), mais une simplification de la réglementation, une coopération et des initiatives telles que Wero et l’euro numérique sont nécessaires pour créer véritablement un marché unique. C’est ce qu’affirme Serdons.
Mario Draghi, l’ancien président de la Banque centrale européenne (BCE), a récemment plaidé en faveur d’un marché européen unique lors d’un discours prononcé à l’Université catholique de Louvain. « Un groupe d’États qui coopèrent reste un groupe d’États – chacun disposant d’un droit de veto, chacun ayant son propre mode de calcul, et chacun étant vulnérable à une élimination un par un », a-t-il déclaré. Draghi a notamment proposé de mettre en place une alternative européenne au système de paiement actuellement dominé par des acteurs américains tels que Visa, Mastercard et Amex.
Un marché européen unique des paiements
Serdons salue en tout cas ce genre d’initiatives. « Comme l’a déjà souligné Draghi, le marché européen reste à ce jour beaucoup trop fragmenté. Nous le constatons lorsque nous élaborons des solutions de paiement pour nos clients. Dès qu’ils souhaitent exercer leurs activités au-delà de leurs frontières nationales, ils doivent se plonger dans la législation complexe des autres pays. Même lorsqu’il existe une législation européenne, l’interprétation de ces règles peut varier considérablement d’un État membre à l’autre, ce qui entraîne des coûts supplémentaires pour les entreprises. Et ce sont bien sûr aussi des problèmes auxquels les entreprises de paiement, comme Mollie, doivent faire face si elles souhaitent pénétrer le marché international. »
Il établit à cet égard une comparaison avec les États-Unis, où les entreprises ont immédiatement accès à l’ensemble du marché sans obstacles supplémentaires. Selon lui, cela devrait également être l’objectif européen. De plus, cette fragmentation des réglementations en Europe peut également favoriser les distorsions de concurrence.
Sur le plan technologique, l’UE est déjà sur la bonne voie
Sur le plan technologique, nous sommes déjà sur la bonne voie. Le PDG de Mollie cite en exemple l’évolution dans le domaine des paiements instantanés. « L’Europe a vraiment joué un rôle de pionnier dans ce domaine. Il ne nous reste plus qu’à simplifier la réglementation pour créer un véritable marché européen unifié », déclare-t-il. « Il faut également une API européenne (un ensemble de règles permettant aux applications logicielles de communiquer entre elles et d’échanger des données, ndlr). »
Mais les entreprises de paiement sont confrontées à d’autres défis. Ainsi, chaque État membre dispose de ses propres solutions de paiement. Le géant du paiement Wero souhaite surmonter ce problème grâce à une application de paiement européenne. L’entreprise entend atteindre cet objectif notamment en rachetant des acteurs régionaux. Dans notre pays, Wero a par exemple racheté PayConiq by Bancontact, et iDeal aux Pays-Bas. « De telles acquisitions sont pratiquement indispensables », remarque le PDG de Mollie. « Sinon, il devient pratiquement impossible de conquérir d’autres marchés. Les entreprises de paiement doivent en outre convaincre les entrepreneurs d’utiliser leurs services. »
Développement de l’euro numérique
Avec l’euro numérique, l’Europe travaille elle-même à la mise en place de sa propre alternative aux solutions de paiement locales. « Mais comme pour tous les autres systèmes de paiement, l’UE devra convaincre tant les consommateurs que les entreprises d’utiliser l’euro numérique. Il s’agit en fin de compte d’un système qui coexistera avec d’autres », explique Serdons.
Quoi qu’il en soit, il faudra encore un certain temps avant que nous puissions effectivement régler nos courses avec l’euro numérique. Le Conseil européen, composé des ministres de tous les pays de l’UE, est déjà parvenu en décembre à un accord sur l’introduction de l’euro numérique. Dans cette proposition, le Conseil a également défini le statut juridique d’une telle monnaie. Il y est notamment stipulé que l’euro numérique doit également être disponible hors ligne. Il reste maintenant au Parlement de se prononcer sur la monnaie électronique. L’objectif est de parvenir à un accord définitif d’ici la fin de l’année.
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