Un millier de siècles, au moins. C’est la durée pendant laquelle les déchets radioactifs à longue durée de vie produits par les centrales nucléaires finlandaises sont censés rester dans un site de stockage situé dans les profondeurs de la terre.
Dans l’actu : dans un maximum de trois ans, le moment sera venu. Les déchets nucléaires finlandais pourront être enfouis à 455 mètres sous terre, dans un réseau de tunnels appelé Onkalo (« cavité », « abri », « nid »).
- Le site, situé sur la côte ouest du pays nordique, est le premier au monde où les déchets nucléaires seront stockés de manière sûre et permanente dans un contexte civil.
- Aux Etats-Unis, ce système existe déjà dans un contexte militaire : c’est la Waste Isolation Pilot Plant (WIPP).
- La mise en service d’Onkalo signifie que les déchets nucléaires ne seront plus stockés dans un dépôt temporaire autour d’une centrale, une méthode actuellement appliquée par presque tous les pays dotés de réacteurs nucléaires… et qui revient en fait à ne pas prendre de décision et à transmettre le problème à la génération suivante
Pro-atome
Contexte : le projet n’a jamais été controversé en Finlande, où la majorité de le la population considère l’énergie nucléaire comme une technologie fiable et incontournable pour atteindre l’objectif de zéro émission nette de gaz à effet de serre.
- D’ailleurs, même les Verts sont pour en Finlande.
- Ainsi, le président du parti des Verts au parlement finlandais, Atte Harjannes, a déclaré l’année dernière au journal allemand Die Welt que les écologistes avaient révisé leur point de vue sur l’énergie nucléaire, en se basant « sur la science » : « Bien sûr, l’énergie nucléaire est durable. La quantité de déchets est très faible par rapport à l’énorme quantité d’énergie neutre en CO2 produite par une centrale. Ces déchets peuvent être stockés en toute sécurité, contrairement aux gaz à effet de serre émis par une centrale au charbon ou au gaz ».
- Dans la municipalité d’Eurajoki, où se trouve Onkalo, les habitants se sont battus pour se voir attribuer le site d’enfouissement. « Cela a vraiment été ressenti comme une victoire », s’est réjoui la maire Vesa Lakaniemi au site d’information néerlandais NOS.
- L’élimination des déchets nucléaires est non seulement synonyme d’emplois, mais aussi de recettes fiscales supplémentaires pour cette ville isolée. Le producteur d’énergie nucléaire Posiva alimente lui-même les caisses de la ville.
- En outre, Eurajoki compte déjà trois réacteurs nucléaires actifs, à la centrale nucléaire d’Olkiluoto. Le dernier, Olkiluoto 3, a été le premier réacteur nucléaire commandé en Europe après la catastrophe de Tchernobyl en 1986. Lorsqu’il sera pleinement opérationnel, il fournira à lui seul une capacité de 1600 MW au réseau électrique finlandais. Cela représente environ 15% de la demande du pays.
« There is no alternative » (TINA)
À cela s’ajoute le fait que, en ce qui concerne l’élimination, les Finlandais n’avaient pas vraiment d’autre choix.
- Juhani Vira, un physicien spécialisé dans les déchets nucléaires, a déclaré à De Morgen : « En fait, il n’y a pas d’alternative. Nous avons une loi qui interdit l’exportation des déchets dangereux. Des méthodes permettant de transformer les matières radioactives en un produit inoffensif sont en cours de développement, mais elles ne permettront jamais de traiter tout le combustible nucléaire usé. »
Comment ça marche ?
Possibilités techniques : le sous-sol granitique de la Finlande, vieux de près de deux milliards d’années, se prête parfaitement au stockage en couche géologique profonde. C’est-à-dire le stockage dans une couche de terre si stable que tout ce que vous y enterrez y reste à jamais.
- « Il est intéressant de noter ici que ce sous-sol granitique fait partie du ‘bouclier baltique‘, qui n’a connu aucune activité tectonique au cours des 600 derniers millions d’années », souligne Manuel Sintubin, géologue à la KU Leuven, contacté par nos soins.
Mais comment fonctionne cette élimination ?
- Les déchets nucléaires seront d’abord introduits dans des tubes en acier inoxydable, qui seront ensuite scellés. « Cet emballage garantit qu’aucune radiation ne s’échappe », explique le média néerlandais De Correspondent.
- Ils finiront ensuite dans des capsules de cuivre de plusieurs mètres de long. Ceux-ci disparaitront chacun dans un puits. Enfin, ces tunnels et puits excavés seront remplis d’argile.
- Ainsi, selon les Finlandais, Onkalo sera « totalement inaccessible ». Et là, nous entrons dans le vif du sujet du stockage en couche géologique profonde. « La sécurité passive, sans aucune intervention humaine », précise Manuel Sintubin. Aucun contrôle ou surveillance n’est nécessaire, et les déchets sont à l’abri des influences extérieures destructrices telles que les guerres ou les catastrophes environnementales.
- « Cette méthode devrait permettre de limiter l’exposition aux radiations pendant des dizaines de milliers d’années », peut-on lire sur le site du radiodiffuseur public finlandais YLE.
- « C’est le seul moyen de ne pas transmettre cet héritage nucléaire aux générations futures », conclut l’universitaire belge.
Et maintenant ? L’autorisation définitive de stocker les déchets à Onkalo devrait être délivrée en 2024.
Merci à Manuel Sintubin pour sa contribution
(OD)