Si on veut découvrir des civilisations extraterrestres, il faudrait chercher de grandes quantités de fer – Mais pas trop non plus

Si les astronomes à la recherche d’indices de vie – actuelle ou déjà éteinte – sur d’autres planètes se consacrent surtout à la quête de l’eau liquide, d’autres éléments entrent en jeu dans cette étrange alchimie qu’on ne comprend pas encore tout à fait et qui provoque l’apparition de la vie.

Parmi ces composants essentiels à la soupe primordiale, des chercheurs pointent le rôle majeur que joue le fer. Mais celui-ci pourrait être plus complexe encore: certains chercheurs avancent que la quantité de fer disponible sur un astre influence directement ses chances de développer des formes de vie plus évoluées.

L’eau, le fer et le sang

« La quantité initiale de fer dans les roches terrestres est définie par les conditions d’accrétion planétaire au cours desquelles le noyau métallique de la Terre s’est séparé de son manteau rocheux », explique Jon Wade, planétologue à l’université d’Oxford, dans un communiqué. « Trop peu de fer dans la partie rocheuse de la planète, comme sur Mercure, et la vie parait peu probable. Trop de fer, comme sur Mars, et l’eau peut-être difficile à maintenir à la surface pendant une période adéquate pour qu’une forme de vie complexe apparaisse ».

Visiblement, notre planète bleue bénéficiait des quantités exactes de fer nécessaires. Car on l’oublie souvent, mais le fer est bel et bien un besoin vital, les personnes sujettes aux carences peuvent en témoigner. Mais ce n’est pas là une particularité de notre espèce : le fer est indispensable pour la majorité des êtres vivants, en intervenant dans les réactions biochimiques de la vie cellulaire. C’est lui qui sert à transporter l’oxygène nécessaire au fonctionnement de l’organisme, via les globules rouges présents, sous différentes variantes, chez la majorité des êtres vivants complexes. Un ensemble de phénomènes biologiques qualifié de métabolisme du fer.

La Grande Oxydation

Le fer est en outre capable de se dissoudre dans l’eau, offrant ainsi ses bienfaits aux créatures qui se développent dans un écosystème aquatique dans une véritable orgie ferreuse. Mais celle-ci a fini par s’interrompre il y a 2,5 milliards d’années avec le phénomène de la Grande Oxydation. Le fer dissout dans l’eau ou l’atmosphère se raréfie, laissant la place à un autre élément : l’oxygène. Or, celui-ci était toxique à la majorité des microorganismes de l’époque, tandis que leur précieux fer se raréfiait. Ils ont donc dû évoluer pour survivre à ce qui semble bien avoir été une grande extinction des êtres vivants unicellulaires et anaérobies, qui se passent très bien d’oxygène. Pour que la vie continue, il a fallu passer à plus complexe, savoir mieux capter le fer et apprendre à tirer de l’énergie de l’oxygène.

« Cela implique que les conditions pour soutenir l’apparition de formes de vie simples ne sont pas suffisantes pour assurer également l’évolution ultérieure vers des formes de vie complexes », remarque Hal Drakesmith, biologiste à l’université d’Oxford. « Une sélection plus poussée par de graves changements environnementaux peut être nécessaire. De tels changements à l’échelle planétaire peuvent être rares ou aléatoires, ce qui signifie que la probabilité d’une vie intelligente peut également être faible. »

De retour dans l’espace et à notre époque, cela donne une idée de ce qu’on pourrait trouver sur une lointaine planète propice à la vie: du fer en suffisance qui garantirait l’apparition d’un bouillon primordial plein de cellules, certes. Mais pas trop non plus, sinon il se peut que la vie se contente bien de cette première étape et n’évolue pas vers quelque chose d’un peu plus prometteur. Mais peut-être décalquons-nous un peu trop notre propre évolution sur des mondes lointains, alors que la vie a sans doute plus d’imagination que ça. Mais c’est notre seul sujet d’observation.

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