Réacteurs nucléaires français à l’arrêt: des symptômes d’une plus grave maladie?

EDF a récemment annoncé revoir la production nucléaire à la baisse, passant d’entre 300 et 330 térawattheures à 295 et 315 térawattheures. Sur le mois de février, des arrêts de réacteurs étaient prévus pour maintenance annuelle, mais trois réacteurs de plus ont dû être arrêtés, pour suspicion de corrosion, s’ajoutant à une liste de cinq autres déjà mis à l’arrêt pour les mêmes raisons. Le parc nucléaire français est effectivement vieillissant.

Pourquoi est-ce important ?

Les centrales nucléaires françaises sont l'épine dorsale de l'énergie européenne, EDF étant le plus gros producteur d'énergie nucléaire du continent. Elles permettent des ajustements dans le marché de l'énergie intégré. Quand elles toussent, tout le marché européen de l'énergie s'enrhume, écrivions-nous hier. Avec le prix du gaz qui flambe, de nombreux pays européens se retournent vers la France pour acheter de l'énergie, mettant de la pression sur le réseau qui tourne déjà au ralenti.

Un parc vieillissant

  • La France compte 56 réacteurs, répartis sur 18 centrales. Celle de Gravelines, près de Dunkerque dans le Nord, compte six réacteurs, et est la plus puissante de France (32,6 TWh à l’année). Avec celles du Bugey (Ain), Tricastin (Drôme) et Dampierre (Loiret), elle est la plus vieille du réseau (début des constructions : 1975). La plus récente (mise en oeuvre : 1997) est celle de Civaux (Vienne).
  • La durée de vie est de 40 ans, en principe. La centrale de Fessenheim a par exemple été fermée en 2020, après 42 ans de fonctionnement. D’autres réacteurs, fonctionnant encore avec du graphite, avaient déjà été arrêtés.
  • 40 ans n’est pas une date limite en soi : aux Etats-Unis, la limite a été repoussée à 60 ans. Mais certains réacteurs français ont déjà dépassé cette limite, et l’Autorité de la sûreté nucléaire préconise de faire des travaux pour pouvoir continuer à exploiter les centrales de manière sûre.

Corrosion

  • Des problèmes de corrosion sont apparus, au niveau des soudures des coudes de tuyauterie, dans la centrale 1 de Civaux. Il s’agit d’un problème inquiétant, note BFM Business, et EDF a décidé d’inspecter tout le réseau, d’où l’arrêt de certains réacteurs.
  • Cette tuyauterie sert au refroidissement du réacteur en cas d’accident, des fissures ne sont donc pas anodines. Il est donc primordial d’effectuer des réparations.
  • Mais actuellement, ces fissures ne sont pas un risque pour la sécurité. Elles ont été constatées lors d’un contrôle de routine.
  • Un problème de vieillissement? Non, pourrait-on répondre, car la centrale est la plus récente à avoir été mise en service.
  • 17 réacteurs seront à l’arrêt en mars, prévoit le gestionnaire du réseau RTE. En février, avant l’arrêt de ces trois réacteurs de plus, entre 9 et 13 réacteurs devaient être à l’arrêt. 2022 devrait être la pire année de production d’électricité depuis 1991 pour EDF.

Âge = plus d’accidents potentiels?

  • Pour les opposants du nucléaire, l’âge avancé des centrales, et ces nombreuses mises à l’arrêt récentes, sont un argument qui plaide pour la dangerosité du nucléaire. Dans les faits, c’est plus difficile à dire.
  • Le plus grave accident avait eu lieu en 1980 à Saint-Laurent-des-Eaux. Il y avait eu une fusion partielle du coeur, et la gravité avait été de 4 sur 7 (Tchernobyl et Fukushima sont par exemple de 7/7, à titre de comparaison).
  • Des centaines d’incidents de niveau 0 ou 1 ont lieu tous les ans, mais ceux-là sont sans conséquence. Le niveau 2 est déjà plus rare : en septembre dernier, un ouvrier avait été contaminé à Cruas-Meysse, lors d’une maintenance. Selon EDF, il n’y aurait pas eu de conséquences sur sa santé.

La production d’électricité est la principale inquiétude

  • Il s’agit de la plus basse production d’électricité en 30 ans. Le black-out était notamment un risque sérieux, mais n’a finalement pas (encore) eu lieu. Mais l’année prochaine, le risque de coupures pourrait être encore plus sérieux, si la météo est moins favorable que cette année-ci.
  • Le problème d’approvisionnement est encore aggravé par la crise des prix du gaz. Les pays européens viennent acheter de l’électricité produite à partir du nucléaire à la France, moins chère que le gaz ou celle produite par le gaz. Cela met encore plus de pression sur le réseau.
  • L’hiver prochain, la production d’électricité pourrait être encore plus faible. Les coupures de courant pourraient réellement être de mise, et les prix devraient augmenter considérablement (là où la France est aujourd’hui encore relativement épargnée par l’inflation). La demander restera forte, car la relation avec la Russie, tendue, risque de garder un impact sur les prix du gaz.

EPR, la centrale du futur?

  • Le chantier accumule du retard, mais le premier EPR (réacteur européen à eau pressurisée) devrait être prêt en 2023. Un chantier qui va de déboires en déboires, comme un signe de mauvaise augure pour la construction des prochains réacteurs de type EPR. La France mise cependant dessus pour rafraîchir son parc, et Macron devrait annoncer ce jeudi différents projets qui vont être lancés.
  • Ces réacteurs, plus puissants et réputés plus sûrs, ne seront pas une solution immédiate. Les constructions mettront des dizaines d’années. A court terme, la situation devrait donc rester tendue.
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