Quand la BCE présente Bitcoin comme « le Graal des paiements transfrontaliers »

Ne nous y méprenons pas, la gendarmette monétaire n’a pas subitement rejoint la communauté des crypto-fidèles. Mais entre les lignes d’une énième étude vomissant le BTC, un responsable de la Banque centrale européenne en salue les propriétés « révolutionnaires ».

La quête du Saint-Graal des paiements internationaux. Une recherche aussi ancienne que le commerce international. Découvrir LA solution pour assurer des paiements immédiats, bon marché, universels et sécurisés. Spoiler, il ne s’agit pas du bitcoin, concluent les deux signataires de l’étude diffusée par la Banque centrale européenne (BCE) ce lundi.

Ce document n’exprimerait pas « nécessairement » la position de l’institution, assure l’avertissement liminaire en première page. Le premier auteur, Ulrich Bindseil, n’en reste pas moins directeur général des infrastructures de marché et des paiements à la BCE. Et il conserve une dialectique qui ne s’écarte pas d’un iota de la ligne idéologique dure du banquier central.

  • Ainsi, l’analyse bancaire statue qu’il est « peu probable que le bitcoin soit le Saint Graal des paiements transfrontaliers » et énumère trois raisons principales. Le mécanisme sous-jacent de preuve de travail (proof-of-work), l’un des piliers technologiques du réseau décentralisé, serait « intrinsèquement inefficace ». En tout cas comparé à un des systèmes centralisés ou semi-centralisés tels que la monnaie de banque centrale et les transferts entre comptes de banques commerciales.  
  • Ensuite, les avantages supposés de Bitcoin en matière de paiements transfrontaliers ne seraient que « le résultat de lacunes réglementaires, qui seront toutefois comblées lorsque les autorités réaliseront que ces lacunes ont considérablement réduit l’efficacité de la réglementation en matière de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme et ont permis à Bitcoin de devenir le principal moyen de paiement illicite au niveau mondial. (Sic)
  • Enfin, le bitcoin ne conviendrait même pas comme système de paiement national, car il reste « intrinsèquement instable en termes de pouvoir d’achat », la volatilité de son prix le disqualifiant comme unité de compte et n’offrant pas la stabilité requise pour un moyen de paiement.

Bref, une approche traditionaliste, digne de la BCE, mais aussi sans grande démonstration, articulée sur base de données objectivées et raisonnements mathématiques ou réseautiques.

Voilà, ça, c’était pour les épines. À la BCE, on n’a pas pour habitude de faire une fleur aux cryptomonnaies. Car idéologiquement, elles descendent de Bitcoin, modèle d’un monde alternatif sans banques.

Mais qui dit épines, dit aussi roses.

Apte à être LA solution fintech ?

Dans les 59 pages de cette pseudo-quête du Graal des paiements, qui loue au passage l’innovation promise par les monnaies numériques de banques centrales (MNBC), apparaissent ainsi des vertus concédées au Bitcoin.

Le directeur général des infrastructures de marché et des paiements de la BCE reconnaît diplomatiquement que « le réseau Bitcoin dispose de certaines propriétés qui sembleraient le rendre potentiellement apte à être le Saint Graal des paiements transfrontaliers ». Surtout complété par des couches transactionnelles supplémentaires du réseau Lightning pour assurer une plus grande vitesse et une plus grande capacité de traitement. « En supposant qu’elles soient efficaces », prennent la peine de tempérer les auteurs.

Parmi les trois principales propriétés, apparaît d’abord l’unicité de Bitcoin : un seul système peut être utilisé tel quel dans le monde entier, sans qu’aucun autre lien ne soit nécessaire. « Les paiements transfrontaliers en bitcoins semblent aussi efficaces que les paiements nationaux en bitcoins, sans qu’aucun investissement supplémentaire ne soit nécessaire », soulignent les chercheurs, expliquant également le fait que la conversion des devises s’effectue en dehors de Bitcoin, chaque utilisateur en demeurant libre et responsable.

Seconde propriété de Bitcoin lui prêtant l’apparence du « Graal des paiements », l’absence d’intermédiaires. Cette désintermédiation laisse supposer un potentiel d’efficacité élevé et empêche les risques liés aux défaillances opérationnelles ou financières des intermédiaires.

Enfin, le responsable de la BCE et son cosignataire font remarquer que les fournisseurs d’actifs crypto (CASP) ont entre-temps mis au point des services relativement efficaces de conversion des monnaies nationales en bitcoins. « Cependant, dans le même temps, aucun intermédiaire n’est nécessaire dès lors qu’un utilisateur dispose d’une quantité suffisante de bitcoins pour les services de paiement et que l’utilisateur est à l’aise pour accepter les importantes variations de valeur (ainsi que les profits ou pertes qui en découlent) », insistent les auteurs.

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