Près de 99% des emplois ont été maintenus malgré la crise: peut-on parler de ‘calme avant la tempête’?

L’Horeca est l’un des secteurs les plus touchés par la crise sanitaire.Carsten Koall/Picture Alliance

Si les pertes d’emplois étaient proportionnelles à la récession économique, des centaines de milliers d’emplois belges seraient actuellement menacés. Mais un tel ‘massacre social’ est à exclure à l’heure actuelle, à moins qu’il ne s’agisse d’une période de sursis ? 

La Banque Nationale affirme qu’au deuxième trimestre de cette année, 4,87 millions d’habitants travaillaient, soit 54.000 personnes de moins par rapport au pic observé en décembre dernier (4,92 millions d’emplois).

Que cela signifie-t-il?

Les dommages causés sur l’emploi par la pandémie restent très limités: près de 99% des emplois ont été maintenus, malgré la crise.

Ces chiffres cachent bien sûr des différences sectorielles. L’industrie de l’hôtellerie et de la restauration, le secteur de la distribution et les contrats d’intérimaires ont été plus particulièrement touchés. Mais dans les secteurs de la construction, de l’informatique ou de l’immobilier, entre autres, il n’y a pratiquement pas eu de pertes d’emplois. Dans le secteur de la santé et de la protection sociale, on observe que 10.000 emplois supplémentaires ont été perdus par rapport à l’année précédente.

Selon la Banque Nationale, les pertes d’emplois touchent particulièrement les salariés sous contrat à durée déterminée. Cela concerne, par exemple, les travailleurs temporaires, les travailleurs occasionnels et les étudiants.

La situation reste stable chez les travailleurs indépendants au sens large( à l’exception des secteurs le plus touchés) bien qu’il est possible que leurs revenus soient actuellement plus bas qu’en temps normal.

Conclusions préliminaires

Il semblerait donc que les entreprises aient remercié leurs employés ponctuels (sous contrats à court terme) pour conserver leurs salariés, ce qui signifie que l’économie belge restent globalement intacte. En revanche, la Banque Nationale constate qu’aucun nouvel emploi n’a été créé. 

Le paradoxe

L’économie a été durement touchée par la crise et ces pertes d’emplois, qui restent plutôt limitées, contrastent fortement avec la récession économique belge.

Le produit intérieur brut ( PIB) l’indicateur de l’activité économique, a chuté de 14,4 % au deuxième trimestre par rapport à l’année précédente. Une baisse  qui est principalement imputable au consommateur, qui a économisé sur tout et qui a dépensé moins pour les articles de la consommation quotidienne, les gros achats et le tourisme.

Les CA des entreprises belges – à l’exception de l’agriculture et du secteur financier –  se chiffraient à 267,6 milliards d’euros au deuxième trimestre, soit une baisse de 19,3 % par rapport à la même période de l’année précédente, rapporte l’office statistique Statbel.

Si les pertes d’emplois avaient été proportionnelles à ces diminutions, pas moins de 700.000 personnes auraient perdu leur emploi

Et pour le futur?

Les chiffres provisoires confirment que certaines mesures, comme le chômage temporaire par exemple, ont dissuadé les entreprises de licencier immédiatement leurs employés. 

  • Durant le mois de juillet, pas moins de 340.000 employés  percevaient une allocation de chômage temporaire, soit moins d’un tiers des chiffres enregistrés au mois d’avril (1,17 million, selon les chiffres de l’Office national de l’emploi (Rijksdienst voor Arbeidsvoorziening, RVA).
  • Le chômage temporaire était censé expirer à la fin du mois d’août, mais le gouvernement a décidé de le prolonger jusqu’à la fin de l’année. La grande question est de savoir si  cette mesure sera suffisante pour survivre à la crise sans occasionner trop de pertes d’emplois supplémentaires.
  • Tout dépendra en effet de l’évolution de l’épidémie. Tant que les consommateurs resteront craintifs et surveilleront leurs dépenses, l’économie continuera d’en pâtir. Il en est de même pour la vague de faillites attendue par les experts,  qui selon eux, devrait arriver d’ici quelques mois.