Pourquoi le nouveau missile de croisière de Kim est un signe inquiétant de l’escalade de la course aux armements dans la péninsule coréenne

La Corée du Nord a annoncé qu’elle avait testé avec succès des missiles de croisière nouvellement développés, capables d’atteindre une portée beaucoup plus longue que leurs prédécesseurs. Il s’agissait du premier essai de missile du pays en six mois et d’une nouvelle indication que la course aux armements entre la Corée du Nord et la Corée du Sud reprend dans la péninsule coréenne.

Pourquoi est-ce important ?

Rivales, les armées de la Corée du Nord et de la Corée du Sud s'arment de missiles de plus en plus puissants. Ils peuvent voler plus loin, ont un pouvoir de destruction plus important et sont plus difficiles à intercepter.

Lors des essais qui ont eu lieu samedi et dimanche, les missiles nord-coréens ont atteint des cibles situées à 1.500 kilomètres après plus de deux heures de vol. C’est du moins ce qu’a déclaré l’agence centrale de presse officielle de la Corée du Nord. Les missiles auraient changé de trajectoire et effectué des cercles avant d’atteindre leurs cibles. Les médias d’État du pays ont également indiqué que leur dirigeant, Kim Jong-un, n’avait pas assisté aux essais, alors qu’il supervise habituellement tous les essais d’armes majeurs de ces dernières années. La Corée du Nord affirme que le missile de croisière à longue portée est « une arme stratégique de grande importance » et fait partie d’un plan d’armement que Kim a annoncé lors du congrès du parti en janvier.

Une série de résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies interdit à la Corée du Nord de développer ou de tester des missiles balistiques, mais pas des missiles de croisière. Mais ces derniers essais montrent que la Pyongyang a continué à améliorer son arsenal de missiles alors que les négociations sur le désarmement nucléaire avec les États-Unis étaient au point mort.

Le rôle de Trump et de Biden dans la nouvelle course aux armements

Selon l’annonce faite par les médias d’État, les nouveaux missiles offrent à la Corée du Nord un moyen de dissuasion efficace contre « les manœuvres militaires des forces ennemies ». La Corée du Sud et les États-Unis ont organisé un exercice militaire conjoint de neuf jours en août. Ce type d’exercice entre les deux alliés a souvent incité la Corée du Nord à effectuer ses propres exercices militaires ou essais d’armes. Les essais de Pyongyang ont également eu lieu alors que des signes indiquent que Séoul est en train d’accélérer rapidement son propre programme d’armement.

Les négociations internationales ayant peu progressé pour empêcher la Corée du Nord d’étendre son arsenal, la Corée du Sud a commencé à construire des missiles plus puissants, ainsi que ses propres systèmes de défense antimissile pour contrer les menaces nord-coréennes.

Par exemple, la Corée du Sud a testé avec succès ce mois-ci son premier missile balistique lancé par un sous-marin. Bien que les Sud-Coréens aient refusé de divulguer des détails, les médias locaux ont rapporté que le SLBM (missile balistique lancé par sous-marin, ndlr) a été lancé à partir du sous-marin d’attaque Dosan Ahn de classe Changho, récemment construit. La Corée du Nord a commencé à tester des SLBM en 2015 et a signalé un essai réussi l’année suivante.

Ces dernières années, les États-Unis ont assoupli les directives relatives aux missiles balistiques que la Corée du Sud pourrait développer. Celles-ci imposent des restrictions sur la portée des missiles et la puissance des ogives qu’ils transportent. Après que la Corée du Nord a lancé son premier missile balistique intercontinental en 2017, Donald Trump, le président de l’époque, a relevé la limite de la charge utile des missiles balistiques sud-coréens. Lors du sommet de mai entre le président Biden et son homologue sud-coréen, Moon Jae-in, les alliés ont convenu de mettre fin aux directives sur les missiles tout court, ouvrant ainsi la voie à la Corée du Sud pour développer des missiles de plus longue portée.

Une offre de missiles de plus en plus puissants

La Corée du Nord a réagi avec colère à la levée de la limitation des missiles, la qualifiant de « rappel brutal de la politique hostile des États-Unis ». La suppression de ces limites permet à la Corée du Sud de construire des missiles balistiques dotés d’ogives plus grosses, qui ont une puissance destructrice leur permettant de viser les bunkers souterrains où la Corée du Nord conserve son arsenal nucléaire et où ses dirigeants se cacheraient en cas de guerre.

Lorsque le Premier ministre sud-coréen a visité l’Agence de développement de la défense de son ministère de la Défense l’année dernière, il a déclaré que la Corée du Sud avait « mis au point un missile balistique à courte portée doté de l’une des plus grosses ogives du monde », une référence apparente au Hyunmoo-4, qui, selon les experts, peut couvrir toute la Corée du Nord avec une charge utile de deux tonnes.

Lors de son dernier essai de missile, le 25 mars, la Corée du Nord a déclaré avoir lancé un nouveau missile balistique doté d’une ogive de 2,5 tonnes. Ce mois-ci, des informations sont apparues dans les médias sud-coréens selon lesquelles le Sud était en train de mettre au point une arme encore plus puissante : un missile balistique à courte portée dont la charge utile peut atteindre trois tonnes.

Les armées rivales s’arment donc de missiles de plus en plus puissants qui peuvent voler plus loin, ont un pouvoir de destruction plus important et sont plus difficiles à intercepter.

Les tensions sur la péninsule coréenne ont déjà fortement augmenté en 2017, lorsque la Corée du Nord a testé trois missiles balistiques intercontinentaux (ICBM) et effectué son sixième essai nucléaire souterrain, ce qui a entraîné des sanctions de l’ONU. À la suite de ces essais, le pays a affirmé avoir la capacité de frapper le territoire continental des États-Unis avec une ogive nucléaire.

« De nets progrès dans la technologie des armes de la Corée du Nord »

Trump a rencontré Kim à trois reprises entre 2018 et 2019, mais les deux dirigeants ne sont pas parvenus à un accord sur les sanctions et les programmes nucléaire et de missiles du Nord. Lors de parades militaires organisées en octobre et en janvier derniers, la Corée du Nord a dévoilé ce qui semblait être des missiles balistiques intercontinentaux et des sous-marins nouvellement développés. L’organisme de surveillance nucléaire des Nations unies a déclaré le mois dernier que le pays semblait avoir redémarré un réacteur dans son principal complexe nucléaire.

Mais la Corée du Nord s’est abstenue de tester un ICBM et n’a pas non plus effectué d’essais nucléaires depuis 2017. Le dernier défilé militaire, organisé jeudi pour marquer le 73e anniversaire du gouvernement, n’a pas non plus servi à exhiber de nouvelles armes. Mais Pyongyang a donc effectué des essais réussis d’un nouveau missile de croisière à longue portée le week-end dernier.

Selon les analystes militaires, celui-ci représenterait une nette avancée dans la technologie des armes de la Corée du Nord, lui permettant potentiellement d’éviter les systèmes de défense et de frapper la Corée du Sud ou le Japon. Il n’est pas certain que la Corée du Nord maîtrise la technologie nécessaire pour fabriquer des ogives nucléaires suffisamment petites pour être transportées par un missile de croisière, mais Kim Jong-un a déclaré au début de l’année que la mise au point de bombes plus petites était un objectif prioritaire.

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