‘On pourrait déjà être à 20.000 tests par jour depuis longtemps’

Philippe De Backer, federaal minister bevoegd voor de taskforce voor de levering van medische hulpmiddelen
Philippe De Backer, federaal minister bevoegd voor de taskforce voor de levering van medische hulpmiddelen – Isopix

On le sait. Après les masques, le nombre de tests effectués par jour est l’un des plus grands défis de cette crise sanitaire. Vendredi, la Première ministre a promis 25.000 tests quotidiens ‘voire plus’, comme le recommandait le groupe d’experts pour le déconfinement. Les labos universitaires accusent le ministre Backer de s’être planté sur la méthode. Ce dernier veut aller de l’avant.

Fin mars. Le tout fraîchement nommé Philippe De Backer (Open VLD) a la lourde tâche de s’occuper de l’approvisionnement en masques et en tests. La Belgique a raté son départ, il fallait corriger le tir dans les plus brefs délais.

Très vite, le ministre promet 10.000 tests PCR par jour. Ils doivent servir à mieux nous rendre compte de la situation. Et d’adapter notre politique de confinement. Les hôpitaux, puis les maisons de repos sont priorisés. Il faut détecter les infectés et les isoler.

Un mois plus tard, certains doutent qu’on n’ait jamais atteint cette barre de 10.000 tests par jour. Les chiffres de Sciensano, communiqués oralement, oscillent entre 5.000 et 10.000. Le ministre De Backer affirme que l’on se situe maintenant entre 10.000 et 15.000. Selon l’OCDE, le 26 avril, la Belgique testait 17,8 personnes pour 1.000 habitants, en dessous de la moyenne. Au Luxembourg, c’est plus du triple.

Les causes de notre déficit de tests sont connues: critères trop stricts au niveau des personnes à tester, manque de réactifs, et manque de personnel pour les analyser.

Mais sur ce dernier point en particulier, tout le monde n’est pas d’accord avec le ministre De Backer. Dans une carte blanche parue dans Le Soir, le comité de direction du Laboratoire hospitalier universitaire de Bruxelles (dont dépendent les hôpitaux Erasme, CHU Saint-Pierre, Brugmann, Bordet et Huderf) accuse le ministre de s’être planté de méthode. En ayant privilégié l’industrie pharmaceutique au détriment des laboratoires universitaires.

Pour les signataires de la carte blanche, leurs capacités sont sous exploitées et plus de 50 laboratoires agréés seraient dans la même situation. ‘Au regard des chiffres trop bas de testing, on a réalisé qu’on avait loupé une occasion énorme en Belgique qui nous aurait permis d’avoir la force de frappe nécessaire pour tester suffisamment au moment du pic’, explique le professeur Frédéric Cotton, chef du service de chimie médicale au LHUB-ULB.

Ces laboratoires ont en fait été sondés. Mais le ministre a estimé que leur capacité à se fournir en réactifs n’était pas suffisante. Il s’est alors tourné vers des entreprises comme GSK sous l’égide de l’université de Louvain (KUL). Frédéric Cotton estime que son laboratoire a été exclu trop rapidement: ‘On a vraiment été choqué par la méthode. On a reçu un formulaire Google hyper mal foutu qui nous posait cinq questions : « Quelle méthode utilisez-vous ? Sur quel appareil ? Avec quel réactif ? Combien pouvez-vous faire en une semaine ? D’ici deux semaines ? Et d’ici trois semaines ? » On n’a ensuite plus jamais eu de nouvelles.’

Il ajoute que le système mis en place par le ministre était une fausse bonne idée: ‘À ma connaissance, aucun autre pays que la Belgique n’a misé sur ce genre de méthode. On pourrait déjà être à 20.000 tests par jour depuis longtemps si on avait aussi fait travailler les laboratoires universitaires en parallèle.’

Et maintenant ?

La Belgique a donc manqué une marche à l’allumage, semble avoir pataugé pendant le pic, mais doit maintenant regarder de l’avant. Ces 25.000 tests, Frédéric Cotton y croit d’ailleurs: ‘Cela devient possible avec l’élargissement des critères qui est officiel depuis vendredi. Si toute la chaîne s’active et fonctionne, on va s’approcher des 25.000.’

Le ministre contredit la version du labo universitaire bruxellois, mais veut aussi regarder vers l’avenir: ‘Je comprends leur frustration, mais ils n’avaient pas les réactifs ! Tant mieux si ça a changé, ils vont pouvoir être en première ligne à 100 % pour la suite.’

Concrètement, les médecins généralistes vont pouvoir entrer dans la danse et effectuer des tests. Ces tests seront ensuite envoyés dans les différents labos (privés et publics) pour analyses. Un doute subsiste encore sur le remboursement de la procédure. Mais le ministre promet mettre tout ça en place d’ici le 4 mai.

Au niveau des réactifs, le ministre veut centraliser les commandes. Le gouvernement travaille avec le fournisseur ThermoFisher. ‘Ils nous ont donné des garanties et peuvent même augmenter les livraisons’, rassure De Backer dans De Tijd.

Il faut mettre en place sans plus tarder ces 25.000 tests quotidiens. Que cela devienne la norme. Car demain, une autre priorité pointera le bout de son nez: les tests sérologiques. Ils doivent déterminer la réponse des anticorps face au virus, pour aller petit à petit vers une immunité collective.