‘Nous continuerons’ : le patron de Twitter répond à Trump

EPA-EFE/MICHAEL REYNOLDS

La guerre est déclarée entre Twitter et le président des États-Unis qui a pourtant fait de l’oiseau bleu son réseau social favori. En cause, deux tweets dont la véracité a été remise en doute, sous forme de fact checking, renvoyant à deux articles de presse. Devant les menaces de Donald Trump, Jack Dorsey défend la nouvelle politique de sa plate-forme.

Retour sur les faits: ce mardi, Twitter a mis ses menaces à exécution. Et pas auprès de n’importe qui. C’est le compte personnel de Donald Trump, 52.000 tweets et 80 millions d’abonnés au compteur, qui en a fait les frais.

En cause, deux tweets qui remettaient en cause le prochain scrutin présidentiel: le milliardaire républicain affirmait qu’en raison de la pandémie et du vote par correspondance, le scrutin serait nécessairement ‘frauduleux’. Avant d’accuser le gouverneur de Californie de donner des consignes de vote en distribuant des bulletins à tous les habitants.

Sous ces deux tweets est apparu une invitation à ‘vérifier les faits’. Ces deux liens renvoyaient à deux articles de presse, de CNN et du New York Times, deux médias taxés à de multiples reprises de réservoir à ‘fake news’ par le président.

Dès le lendemain, un Donald Trump furieux commençait sa journée en écrivant plusieurs tweets incendiaires comme il en a l’habitude. Le président menaçait de réguler les réseaux sociaux, voire de les supprimer, se privant ainsi de son principal canal de communication. On n’est pas à une contradiction près.

‘Menace à la LIBERTÉ D’EXPRESSION’, tempêtait-il. Donald Trump aime interpréter la réalité à sa guise. Le Washington Post, média qu’il qualifie ‘d’Amazon Washington Post’ en référence à son propriétaire, Jeff Bezos, avec qui il a plusieurs oignons à peler, recensait quelques 18.000 fake news dans ses tweets à ce jour. Twitter s’est finalement décidé à agir.

Mais pourquoi maintenant ? La politique du réseau social de Jack Dorsey fait sa mue. Contrairement au Facebook de Mark Zuckerberg, pour qui une société privée n’a pas à réguler les messages politiques, Twitter, dans sa lutte contre la désinformation, a décidé d’agir. La publicité des contenus politiques est révolue, il est aussi possible de signaler un message frauduleux d’une personnalité publique, le tout en complétant le tweet incriminé de liens vers des articles de presse, ce qui s’est passé ce mardi.

Un cheminement exponentiel: le 2 avril, le réseau social supprimait carrément deux tweets du président brésilien Jair Bolsonaro sur l’hydroxychloroquine et la remise en cause de la distanciation sociale.

Effrayé par les menaces de Donald Trump, Jack Dorsey ? Pas vraiment. Le boss de Twitter se justifie sur son propre réseau social où il se fait très rare:

‘Juger par eux-mêmes’

Face aux menaces que subissent ses employés par les pro-Trump, Jack Dorsey se présente comme le seul responsable de cette décision. Une décision qui ne remettra pas en cause sa nouvelle politique: ‘Nous continuerons de signaler des informations incorrectes ou contestées sur les élections à travers le monde.’

Il se défend, estimant que cela ne fait pas de Twitter, ‘un arbitre de la vérité’. Jack Dorsey affirme que le but est de ‘relier les points des déclarations contradictoires et de montrer les informations en litige afin que les gens puissent juger par eux-mêmes’. Ce qui n’est pas tout à fait la même chose que de supprimer des tweets, comme l’a fait le réseau social pour le président brésilien.

Mais le CEO de Twitter estime que ‘les tweets d’hier peuvent induire les gens en erreur en leur faisant croire qu’ils n’ont pas besoin de s’inscrire pour obtenir un bulletin de vote’. Ce qui l’a poussé à agir.

Par cette modération indirecte, Twitter répond aux critiques dont font l’objet les réseaux sociaux de manière régulière: laisser se répandre des fausses informations qui changent les votes et influencent l’opinion publique.