Capitaliser sur le réchauffement climatique en modifiant le climat, c’est le pari (controversé) de cette startup

Si le réchauffement climatique pousse certains à se bouger pour trouver des solutions, notamment politiques et scientifiques, pour lutter contre ce phénomène qui menace le bien-être de l’humanité, d’autres y voient une opportunité de se faire de l’argent. Le capitalisme n’a rien de nouveau, mais il est d’autant plus dérangeant lorsqu’il peut nuire à la recherche scientifique sérieuse, voire à l’humanité.

L’actualité : la startup américaine Make Sunset affirme pouvoir modifier le climat à l’aide de ballons météorologiques destinés à libérer des particules de soufre réfléchissantes dans l’atmosphère.

Dans les faits : la startup assure avoir procédé à deux lancements au mois d’avril. Les ballons – très rudimentaires – transportant du dioxyde de soufre gonflés à l’hélium ont ainsi été lâchés pour rejoindre la stratosphère, avec l’espérance qu’à cette altitude, ils éclatent et libèrent les particules.

  • Make Sunsets n’indique pas si cela a réussi et encore moins si cela a eu les effets escomptés, à savoir modifier le climat, puisque les ballons ne transportaient aucun équipement de surveillance.

Le détail : l’essence de la géo-ingénierie repose sur l’idée de réfléchir davantage de lumière solaire dans l’espace, afin de manipuler le climat en imitant un processus naturel qui se produit à la suite de grandes éruptions volcaniques.

  • L’idée a en effet été conceptualisée en 1991, à la suite de l’éruption du volcan Pinatubo. Les chercheurs ont constaté que la température moyenne sur Terre avait baissé en raison de la dispersion de particules de soufre provenant du volcan dans la stratosphère.
    • Entre 1992 et 1993, la température moyenne sur tout le globe avait baissé de 0,4°C.

Une démarche jusqu’ici défendue

S’il n’est techniquement pas compliqué de libéré du soufre dans la stratosphère, les scientifiques se sont jusqu’à présent abstenus de tester cette théorie en plein air. Ou tout du moins, ne s’en sont pas vantés, et ce, tout simplement parce que cette méthode est controversée.

  • Les effets réels et conséquences d’une telle manipulation à grande échelle sont encore inconnus.
  • Ils pourraient avoir des effets secondaires dangereux, avec des répercussions plus importantes dans certaines régions du monde, provoquant ainsi des conflits géopolitiques.

Le profit avant tout

L’affirmation de Make Sunsets questionne, notamment dans la sphère scientifique, car sa démarche ne semble être liée à aucun engagement public ni examen scientifique.

  • Pour les chercheurs, l’objectif de Make Sunsets est justement de susciter la controverse plutôt que de démontrer une quelconque avancée scientifique.
  • D’autant plus que la startup cherche déjà à se faire de l’argent en proposant d’acheter des « crédits de refroidissement » pour ses futurs lancements
  • L’effort de commercialisation est d’ailleurs pointé du doigt par les scientifiques qui soulignent que le champ d’études de la géo-ingénierie n’en est encore qu’à un stade précoce.

Des critiques qui sont tout à fait fondées pour le cofondateur et PDG de l’entreprise, Luke Iseman. La démarche de la startup est à la fois entrepreneuriale et provocatrice, un « acte d’activisme en géo-ingénierie ».

  • En procédant de la sorte, il espère contribuer à alimenter le débat public et à faire avancer les choses, afin que des expériences de terrain à petite échelle soient réalisées.
  • De plus, il estime que les critiques à son encontre ne sont pas chères payées pour faire avancer la science à l’heure où la crise climatique ne cesse de se faire plus pressante.

Faire plus de mal qu’autre chose

Outre les critiques directes à l’encontre du projet de Make Sunsets, les scientifiques estiment que le projet de la startup aura des conséquences néfastes sur la recherche. Le financement pourrait être réduit, de même que le soutien du gouvernement vis-à-vis d’une recherche fiable, tout en alimentant les appels à restreindre les études.

Et pourtant : Make Sunsets prévoit de lancer davantage de ballons en 2023.

  • L’entreprise prévoit d’améliorer ses ballons en augmentant les charges utiles de soufre, mais aussi en ajoutant des équipements de télémétrie et autres capteurs.
  • Les ballons pourraient d’ailleurs être réutilisables.
  • Enfin, la startup prévoit de publier des données après les lancements.
  • Elle prévoit en tout cas de vendre des « crédits de refroidissement » à 10 $ le gramme de particules libérées dans la stratosphère. Un gramme suffirait à compenser l’effet de réchauffement d’une tonne de carbone pendant un an, selon Make Sunsets.
  • Cette dernière aurait déjà levé 750.000 dollars de financement et vendu plusieurs crédits de refroidissement.

De belles promesses qui reposent, pour l’instant, sur du vent. « D’un point de vue commercial, les effets de refroidissement et les risques réfléchis ne peuvent actuellement pas être quantifiés de manière significative, ce qui fait de l’offre une forme spéculative de ‘crédit indésirable’ qui n’aura probablement pas de valeur pour les marchés du crédit climatique », a écrit Kelly Wanser, directrice exécutive de SilverLining, une organisation à but non lucratif qui soutient les efforts de recherche sur les risques climatiques et les interventions potentielles, dans un mail envoyé au MIT Technology Review.

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