L’UE ‘triche-t-elle’ sur son plan d’émissions neutres?

La Commission européenne a récemment annoncé qu’elle ambitionnait de réduire les émissions de l’UE de 55% d’ici 2030, sur base des chiffres enregistrés en 1990. Ses plans ont été critiqués car ils incluent non seulement les émissions provenant de la combustion de combustibles fossiles et de la production de ciment, mais aussi de l’élimination du CO2 par des ‘puits de carbone’ comme les forêts ou le sol.

Même si la législation ne précise pas ce que l’on entend par ‘élimination’, l’inclusion éventuelle de puits de carbone naturels a été qualifiée de ‘tricherie’ par  Greenpeace et par le WWF, comme l’indique le quotidien The Next Web. Ces accusations sont-elles justifiées?

Pour comprendre cela, nous devons nous rappeler que pour atteindre l’objectif de l’Accord de Paris, qui vise à maintenir le réchauffement climatique ‘bien en dessous de 2°C’,  il reste à la planète moins de 12 ans d’émissions actuelles de CO2 avant que son capital ne soit épuisé. La seule façon de respecter ce budget est de capturer et stocker des quantités massives de CO2.

Ce qui est généralement négligé, c’est que depuis le début de l’industrialisation, la majeure partie du CO2 émis (57%) a été ‘reprise’ dans des processus naturels, alors que les émissions des combustibles fossiles, la production de ciment et la déforestation ont augmenté de façon exponentielle (1,65% par an depuis 1850).

350 grammes

À eux seuls, les processus terrestres absorbent environ un tiers des émissions de CO2 émises par l’homme. Ainsi pour chaque kilo de carbone émis par une voiture ou une centrale électrique, près de 350 grammes finiront dans un tronc d’arbre, dans une feuille ou se décomposeront dans le sol. 

Il est difficile de dire pourquoi les puits de terre sont en pleine croissance, mais ce phénomène est probablement lié à une augmentation du CO2 dans l’atmosphère et aux produits chimiques qui contiennent de l’azote. Ces derniers sont souvent exploités dans l’agriculture et dans l’industrie. Ils se retrouvent ensuite dans les sols et dans les feuilles, et font pousser les plantes et les forêts plus rapidement.

En incluant ces puits de carbone, l’UE ‘gonfle’ les émissions qu’elle ambitionne de réduire, celles-ci se chiffrant en réalité entre 50% et 53%.

L’ajout du qualificatif ‘émissions nettes’ risque aussi de tout changer, si cette formulation est adoptée. Bruxelles pourrait déduire des émissions polluantes des industries, des automobiles ou encore de l’agriculture, le CO2 capté par les puits à carbone naturels, comme les forêts.

Un manque de transparence?

S’il est facile de mesurer les gaz à effet de serre émis par chaque pays européen, ce n’est pas le cas pour le CO2 capté par les puits naturels. ‘On estime, par exemple, à 30% la marge d’erreur dans la mesure de la quantité de carbone stockée par les forets.

En outre, si on sait à peu près comptabiliser la captation de CO2 passée, prévoir ce qu’il en sera à l’avenir est beaucoup plus dur, ne serait-ce que parce que la capacité de stockage des forêts varie d’une année à l’autre, en fonction d’un grand nombre de facteurs. 

Mais que se passerait-il si, à un moment donné dans le futur, l’UE produit des données qui montrent que son puits de carbone a augmenté? La quantité de combustibles fossiles que l’UE serait obligée de diminuer serait réduite (mais le budget de carbone mondial pour respecter l’Accord de Paris, lui, resterait inchangé).

Compte tenu de ce que nous savons sur le puits de carbone terrestre mondial, il est probable que le puits de carbone de l’UE doublera environ entre 1990 et 2030 et que le plan proposé par l’UE soit un plan en ‘trompe l’oeil’.