Dans sa 20e étude sur le marché de l’automobile, le cabinet de conseil AlixPartners souligne la montée en puissance irrésistible des constructeurs chinois. Ils obligent les constructeurs traditionnels, notamment en Europe, à ajuster leurs stratégies pour défendre leurs parts de marché.
L’industrie automobile européenne se concentre sur Tesla, mais c’est une erreur, car c’est la Chine le challenger

Pourquoi est-ce important ?
Une nouvelle étude confirme ce que l'on pensait depuis un certain temps. Le fait que la Chine soit aujourd'hui le plus grand exportateur de voitures n'a pas seulement de vastes implications économiques ; la qualité des voitures chinoises est également telle que les constructeurs européens semblent désespérément à la traîne.Dans l’actualité : Le secteur automobile européen est confronté à plusieurs défis.
- Selon les prévisions d’Alix Partners, le nombre de véhicules vendus devrait atteindre 17,4 millions dans quatre ans. Une baisse de 16 % par rapport à la période précédant la pandémie de Covid-19 (20,8 millions en 2019).
- À titre de comparaison, en Chine, le nombre de véhicules atteindra près de 30 millions d’ici 2027 (+17 % au cours de la même période). La Chine occupera alors confortablement la place de premier marché automobile mondial.
- Ces évolutions du marché obligent les constructeurs automobiles européens à s’adapter à des conditions changeantes. Ils doivent élaborer de nouvelles stratégies pour rester compétitifs.
C’est la Chine, et non Tesla, qui est le challenger
Zoom sur la situation : au début du mois, le journaliste Greg Ip a écrit dans le Wall Street Journal que « les voitures électriques fabriquées en Chine sont devenues des concurrents redoutables pour leurs homologues occidentaux ».
- L’étude d’Alix Partners le confirme. « Les constructeurs automobiles chinois ont fait des progrès significatifs en matière de technologie, de qualité et de prix ces dernières années, ce qui les rend de plus en plus attrayants pour les consommateurs.
- Le succès des constructeurs chinois sur le marché de l’automobile est le résultat direct de l’attention qu’ils portent aux véhicules électriques. En plus de leur capacité à progresser rapidement dans ce domaine.
- Les constructeurs automobiles européens ne doivent pas seulement rivaliser avec l’offre croissante des Chinois. Ils doivent également se conformer à des normes d’émission plus strictes et au passage à la mobilité électrique.
- Selon les calculs d’Alix Partners, les 21 matières premières nécessaires à la production d’une voiture électrique en Europe ont également doublé de prix au cours des trois dernières années.
Le modèle allemand doit être revu
Quel est le problème ? Les marques allemandes, qui sont le visage de l’industrie automobile européenne, ont connu des décennies de succès. Grâce à la qualité de leurs moteurs, de leurs boîtes de vitesses et de tout ce qui fait la Deutsche Qualität, écrit L’Opinion. Mais l’essor des batteries électriques a fait disparaître une grande partie de cette avance. Ce qui oblige à revoir (partiellement) le modèle allemand.
- En conséquence, les marques allemandes perdent des parts de marché en Chine, où elles sont supplantées par des modèles chinois.
- Selon les données d’AlixPartners, les modèles chinois domineront le marché intérieur dès cette année. Une petite révolution qui se propage également au-delà des frontières.
L’essor chinois difficilement arrêtable
Quelles sont les implications ? Selon Luca de Meo, PDG de Renault, la progression des constructeurs automobiles chinois est encore à peine stoppée. « La Chine et les États-Unis, avec l’aide de l’IRA, pratiquent le protectionnisme, et l’Union européenne doit trouver les moyens de se protéger, non pas pour défendre une industrie du passé, mais pour faire croître l’industrie de l’avenir. «
- Car si l’on dit souvent que les modèles chinois sont moins chers parce qu’ils ne seraient pas du même niveau, la réalité est différente.
- Les Chinois ont compris qu’ils pouvaient s’imposer dans l’industrie automobile internationale en se concentrant sur les véhicules électriques plutôt qu’en essayant de dépasser les constructeurs européens dans le domaine des véhicules à carburant traditionnel.
- Les acheteurs de voitures d’aujourd’hui accordent plus d’importance à la technologie électronique grand public et aux systèmes avancés d’aide à la conduite. Dans ce domaine, les marques chinoises ont pris de l’avance.
- Les véhicules électriques chinois sont équipés de systèmes de divertissement avancés, voire de microphones pour le karaoké, et d’écrans multiples. Ils représentent l’appareil numérique le plus avancé sur roues.
Prendre des risques ou sombrer
Quelle sera la prochaine étape ? La vitesse à laquelle les nouveaux véhicules sont mis sur le marché devient cruciale.
- Les constructeurs automobiles occidentaux doivent suivre la même voie et être prêts à prendre des risques similaires à ceux d’une start-up.
- « Les constructeurs automobiles européens sont malheureusement désespérément en retard sur les produits de consommation numériques. Ils sont confrontés à quelque chose qu’ils ne comprennent tout simplement pas », écrit EuroIntelligence.
- Cela signifie qu’ils doivent repenser leurs méthodes de production, faire des choix drastiques quant au contenu de leurs produits et adapter les technologies si nécessaire.
- L’Europe tentera très probablement de protéger ses constructeurs automobiles nationaux en imposant des droits d’importation. Cela peut fonctionner ici, mais ne changera rien dans les pays du Sud. Là-bas, les gens seront toujours heureux de commercer avec la Chine et de bénéficier de voitures bon marché.
(JM)