Principaux renseignements
- Les Ukrainiens se sentent de plus en plus en insécurité et indésirables en Pologne.
- Les élections présidentielles de mai 2025 ont renforcé le sentiment anti-ukrainien, notamment à cause de campagnes de désinformation.
La communauté ukrainienne en Pologne s’inquiète de la montée de la xénophobie anti-ukrainienne. Depuis les élections présidentielles de mai, marquées par des propos haineux sur l’immigration, les témoignages d’insécurité se sont multipliés.
La situation a été révélée au grand jour lorsque la journaliste ukrainienne Zoriana Varenia a rendu publiques ses expériences de trois attaques distinctes sur les réseaux sociaux. Son récit a suscité une vague de témoignages similaires de la part d’autres Ukrainiens et a mis en évidence les inquiétudes croissantes au sein de la communauté.
Harcèlement et intimidation quotidiens
La journaliste ukrainienne Zoriana Varenia, qui vit en Pologne depuis neuf ans, se dit choquée par le niveau de haine, de désinformation et de manipulation dont elle a été témoin. De nombreux Ukrainiens sont victimes de harcèlement verbal et d’intimidation lorsqu’ils parlent ukrainien en public, et n’osent souvent pas signaler ces incidents par crainte de réactions négatives.
La Maison ukrainienne en Pologne, qui soutient les deux millions d’Ukrainiens vivant en Pologne, confirme que ces incidents sont de plus en plus fréquents. Les enfants sont victimes de harcèlement à l’école, les adultes évitent de parler ukrainien et certains essaient même de supprimer leur accent. Bien que les statistiques officielles sur les crimes haineux soient rares en raison du sous-signalement et de la difficulté
Point tournant
Les élections présidentielles de mai 2025 sont généralement considérées comme un tournant. La rhétorique anti-ukrainienne a été au cœur de la campagne, attisée par le parti conservateur Droit et Justice (PiS) et les groupes d’extrême droite, qui ont remporté plus de 20 pour cent des voix au premier tour.
La propagande diffusée par la Russie et ses partisans a encore exacerbé les tensions historiques. La question de l’immigration ukrainienne a été exploitée, avec des allégations infondées selon lesquelles les Ukrainiens bénéficieraient d’un accès préférentiel aux services publics, abuseraient des programmes sociaux et contribueraient à l’augmentation de la criminalité. Cette rhétorique a persisté malgré la prospérité de l’économie polonaise, qui dépend fortement de la main-d’œuvre ukrainienne pour combler ses pénuries.
Myroslava Keryk, présidente de la Maison ukrainienne en Pologne, exprime sa déception que même des voix libérales aient contribué au sentiment anti-ukrainien. Elle critique la rhétorique nuisible du gouvernement et le rôle de certains médias dans la diffusion de fausses informations à des fins lucratives.
Le veto du président Nawrocki sur un projet de loi visant à étendre l’aide aux réfugiés ukrainiens a encore attisé la haine en ligne. Environ 60 pour cent des Polonais ont soutenu ce veto.
L’impact de la désinformation
L’ampleur de la désinformation est alarmante. Après l’intrusion de drones russes dans l’espace aérien polonais ce mois-ci, de nombreux commentaires en ligne ont accusé l’Ukraine d’être responsable de l’incident.
La journaliste ukrainienne Olena Babakova souligne que l’État polonais applique deux poids deux mesures lorsqu’il s’agit des citoyens ukrainiens. Alors que la Pologne tolère les milices d’extrême droite qui effectuent des patrouilles anti-immigrés à la frontière, le gouvernement renvoie les jeunes Ukrainiens dans une zone de guerre pour des infractions mineures. Cela crée un environnement dans lequel les Ukrainiens se sentent comme des citoyens de seconde zone, malgré leur contribution au pays. (fc)
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