Les réseaux chinois de propagande s’attaquent massivement à la BBC

Le média britanniques est la cible d’attaques ciblées qui l’accusent de livrer une vision tronquée et sinistre de la Chine. Une opinion défendue par des armées de trolls et qui fleurit depuis quelques semaines sur tous les réseaux sociaux. Comme une grande opération de propagande numérique.

Si Pékin gonfle ses muscles, sur le terrain militaire comme sur le plan de la guerre commerciale, c’est sur le champ de bataille de l’information que le gouvernement chinois est le plus agressif. Selon une étude réalisée par des analystes de la compagnie de cybersécurité Recorded Future, la Chine n’hésite pas à coordonner des attaques en ligne ciblées sur de grands médias occidentaux, dans le seul but de saper leur crédibilité. Et la BBC est une cible privilégiée.

Les trolls de l’Empire

Ce sont des centaines de petits soldats informatiques qui critiquent constamment le travail du grand média britannique, sur des sites de fake news ou via une multitude de profils différents sur les réseaux sociaux qui ne semblent exister que dans ce but. Des attaque trop coordonnées pour être le fruit du hasard. Et selon la compagnie informatique, ces armées de trolls portent la marque de l’Empire du Milieu.

Ce véritable réseau de propagande en ligne accuse principalement la BBC d’instaurer un « filtre » dans sa manière de représenter la République populaire selon Charity Wright, l’analyste qui a mené cette étude: « Ce qui m’a le plus frappé, c’est l’échelle de cette campagne: à quel point elle était étendue, et le nombre de posts consacrés à cette construction particulière d’un récit que nous avons trouvés. »

Trop morose pour être vrai ?

Concrètement, ces trolls accusent massivement le média britannique de ne présenter la Chine que sous l’angle d’un pays mal développé, de n’utiliser que des images trop ternes ou trop sinistres pour représenter le pays, ou encore que ce dernier semble monotone et dénué de liesse dans les reportages de la BBC. Une accusation souvent résumée par le terme « filtre de morosité » (gloom filter).

« L’alignement de cette campagne avec les objectifs de la République populaire de Chine dessine une image claire de comment la Chine conduit des opérations d’information à grande échelle pour contrer les critiques, et pour censurer les médias étrangers » résume la chercheuse. « Une grande partie de leurs podcasts et de leurs photos accusant la BBC se retrouvaient sur des sites Web marginaux. Certains d’entre eux sont associés à des adwares et des malwares. Puis d’autres semblent simplement ressembler à des sites d’information en chinois ou en anglais. C’était le même récit encore et encore, ce qui a rendu cette campagne très facile à identifier. Il n’y avait pas de liste de sources, pas de liste d’auteurs. C’était juste un texte de présentation. »

Ambiance 1984

Sur les 6 derniers mois, ce sont pas moins de 11.000 références en mandarin au « gloom filter » qui sont apparues sociaux, et pour moitié, ces commentaires ont moins d’un mois. En anglais, l’expression “BBC underworld filter” fleurit aussi depuis quelques semaines : on la retrouve tant sur Facebook que sur YouTube, Instagram, Twitter, Weibo, et autres.

Une présence aussi massive que coordonnée selon Mme Wright : « Dans certains cas, cinq à dix comptes se soutenaient et se défendaient mutuellement dans les commentaires contre les Occidentaux. Ce que nous avons vu dans le passé avec ces types de campagnes, c’est qu’ils veulent cibler les publics occidentaux qui parlent anglais, mais également la diaspora chinoise à travers le monde. »

Des méthodes de manipulation de l’opinion que même George Orwell n’aurait pas osé imaginer.

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