Les réacteurs nucléaires belges coûtent plus cher à la Belgique qu’elles ne rapportent ; De Wever plaide en faveur de leur nationalisation


Principaux renseignements

  • Au final, la Belgique enregistre une perte sur les réacteurs nucléaires de Tihange 3 et de Doel 4.
  • Les recettes issues de la vente d’électricité sont largement compensées par les remboursements élevés et les garanties accordées aux partenaires privés.
  • Le Premier ministre De Wever propose une nationalisation totale afin de supprimer les subventions coûteuses accordées à des entités étrangères.

Le gouvernement fédéral belge a déjà dépensé plus de 27 millions d’euros pour subventionner la poursuite de l’exploitation des réacteurs nucléaires de Tihange 3 et de Doel 4. Bien que l’État soit devenu copropriétaire de ces centrales à l’automne dernier et tire des revenus de la vente d’électricité, ces gains ont été contrebalancés par les coûts de l’accord, comme le montre une enquête menée par VRT NWS.

L’accord « Phoenix »

Le fardeau financier résulte de l’accord « Phoenix » conclu fin 2023 par le précédent gouvernement De Croo. En vertu de cet accord, l’État belge détient une participation de 45 pour cent, tandis qu’Engie-Electrabel en détient 45 pour cent et Luminus 10 pour cent.

Un élément clé de cet accord est la garantie d’un rendement de 7 pour cent pour les partenaires privés. Par conséquent, alors que l’État a tiré près de 31 millions d’euros des ventes d’électricité, il a dû verser 58 millions d’euros à Engie et Luminus pour respecter ces rendements garantis, ce qui s’est traduit par une perte nette.

Hausse des coûts de modernisation

Au-delà des paiements immédiats, l’État est responsable de 45 pour cent des coûts de modernisation de ces réacteurs, estimés à environ un milliard d’euros. Les détracteurs et les experts du secteur suggèrent qu’Engie aurait pu gonfler ces coûts en mettant en œuvre des normes de sécurité excessivement onéreuses ou en facturant des honoraires élevés aux sous-traitants. L’investissement devant être amorti, des dépenses d’investissement plus élevées entraînent des coûts à long terme plus importants pour l’État.

Prix d’exercice

Afin de minimiser ses propres risques, Engie s’est assuré un « prix d’exercice » pour l’électricité. Si les prix du marché tombent en dessous de ce tarif garanti (actuellement de 90,13 euros par MWh), le contribuable belge couvre la différence.

Alors que le gouvernement précédent affirmait que la production annuelle élevée des réacteurs finirait par générer des milliards de bénéfices, l’actuel gouvernement De Wever se montre bien plus sceptique. Le ministre de l’Énergie, Mathieu Bihet, a qualifié ce rendement de 7 pour cent d’excessif et a tenté de négocier un prix d’exercice plus bas, bien que les négociations se soient apparemment enlisées en novembre.

Arguments en faveur de la nationalisation

Les experts préviennent que si les prix du marché baissent de manière significative dans les années à venir, le gouvernement pourrait devoir verser des subventions s’élevant à des centaines de millions d’euros plutôt qu’à quelques millions.

Ce risque financier a probablement incité le Premier ministre De Wever à proposer récemment que l’État rachète l’intégralité des réacteurs nucléaires d’Engie. La nationalisation éliminerait la nécessité de garantir des rendements et d’accorder des subventions à des entités étrangères, même si cela signifierait que l’État belge assumerait tous les risques opérationnels et les pertes potentielles.

Évaluation de la viabilité future

Le gouvernement évalue actuellement la valeur totale et la viabilité de ses sept réacteurs. Une décision finale quant à l’opportunité de procéder à une reprise totale et d’abandonner l’accord Phoenix est attendue cet automne.

(at)

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