Les importations de gaz américain vers l’Europe ont triplé : quel impact sur l’environnement ?

En réponse aux sanctions infligées à la Russie, l’Europe s’est tournée vers les États-Unis pour son gaz, sous la forme liquéfiée. Les importations de gaz naturel liquéfié (GNL) américain ont presque triplé depuis le début de la guerre, renforçant les inquiétudes concernant l’impact climatique de ces livraisons.

Depuis le mois de mars, l’Europe s’est massivement tournée vers le GNL pour remplacer ses importations de gaz naturel russe. Les exportations mondiales vers le vieux continent ont ainsi grimpé de 75% en glissement annuel et une grande partie d’entre elles provient des États-Unis. Le pays a en effet accepté d’augmenter ses livraisons de gaz naturel liquéfié vers l’Europe, soit une hausse de 15 milliards de mètres cubes rien que pour cette année.

« Les exportations de GNL des États-Unis vers l’Union européenne ont quasiment triplé », a déclaré la présidente de la Commission Ursula von der Leyen le mois dernier, mais cette hausse des exportations depuis le continent américain soulève de plus en plus de questions quant à leur impact sur le climat.

Retournement de veste

Jusqu’à présent, l’Europe boudait le GNL américain en raison du fait qu’il était plus cher, mais aussi réputé plus polluant que le gaz naturel russe. La guerre en Ukraine et la crise énergétique qui en a résulté ont cependant changé la donne.

Le fait est que la technique utilisée pour produire le gaz de schiste américain, à savoir par fracturation hydraulique, est largement interdite dans toute l’Union européenne en raison des dégradations qu’elle produit au niveau des écosystèmes, des nappes phréatiques, de l’air, mais aussi des eaux souterraines et de surface, du sol et du sous-sol.

Mais le GNL américain est également plus énergivore que le gaz russe en termes de transport puisqu’il doit être refroidi ( à -160 degrés Celsius) et pressurisé pour pouvoir être expédié outre-Atlantique par bateau.

Des facteurs qui ont certainement poussé le vice-chancelier allemand Robert Habeck à dire, quelques jours après le début de l’invasion de l’Ukraine, que les États-Unis n’étaient pas les seuls fournisseurs de GNL. Entretemps, les choses se sont aggravées, les importations de gaz naturel russe ont radicalement baissé, poussant l’Europe à revoir – du moins, en partie – ses principes en matière de fracturation hydraulique, mais aussi d’impact environnemental du transport du GNL américain.

Plus tôt ce mois-ci, le vice-chancelier allemand Habeck a annoncé la signature d’un protocole visant à maximiser l’utilisation de la capacité d’importations de GNL du pays. Les services énergétiques allemands se sont mis d’accord pour acheter du GNL quel qu’en soit le prix jusqu’en 2024, afin de garantir que les terminaux de regazéification annuels de l’Allemagne puissent être utilisés à leur pleine capacité.

Le GNL américain, une vraie alternative au gaz russe ?

« Il n’est actuellement pas possible de comparer les émissions du GNL américain au gaz russe en raison d’un manque de données », a déclaré Daniel Zavala, scientifique principal du groupe de campagne vert Environmental Defense Fund (EDF), cité par Euractiv.

Le fait est qu’il y a eu « beaucoup de progrès dans l’estimation des émissions de méthane des régions de production américaines », mais la Russie n’a pas fourni les données suffisantes pour comparer l’impact environnemental des exportations de GNL américain et celles réalisées par gazoduc.

Cependant, une analyse datant du mois de mars concluait que le gaz russe transporté vers l’Allemagne avait une empreinte carbone 2 à 3 fois supérieure aux exportations de gaz naturel liquéfié provenant des États-Unis ou du Qatar. Le groupe de réflexion écologiste Rocky Mountain Institute (RMI) est arrivé à cette conclusion en partant de l’hypothèse que les gazoducs russes laissaient s’échapper plus de gaz que les transporteurs américains – bien que la Russie assure que les fuites de méthane sont proches de zéro.  

Car si le gaz est considéré comme moitié moins polluant que le charbon, les fuites qui interviennent avant que le gaz ne soit brulé pour produire de l’électricité rejettent du méthane dans l’atmosphère, un gaz à effet de serre 27 à 30 fois plus impactant que le CO2 sur l’environnement sur une base de 100 ans.

Selon les chiffres de l’Agence internationale de l’Énergie (AIE), les fuites de méthane s’élèvent à 6.339.000 tonnes pour les États-Unis en 2021 et à 5.039.000 tonnes pour la Russie. À première vue, Moscou fait mieux, mais l’AIE souligne qu’elle ne dispose pas de suffisamment de données pour donner une bonne estimation.

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