Les États-Unis doublent leur commande de nouveaux F-15EX pour pallier la pénurie de F-35


Principaux renseignements

  • L’armée de l’air américaine a plus que doublé ses commandes de F-15EX pour atteindre 267 appareils afin de pallier les retards de livraison du F-35.
  • La capacité de charge utile considérable et la durée de vie prolongée de la cellule justifient les coûts en forte hausse de cet appareil.

Dans le cadre d’un changement majeur de stratégie d’acquisition, l’armée de l’air américaine a plus que doublé son programme d’acquisition prévu d’avions F-15EX Eagle II, faisant passer l’objectif de 129 à 267 appareils en un seul cycle budgétaire. Il s’agit là de l’un des revirements les plus spectaculaires de l’histoire récente en matière d’acquisition de chasseurs.

Alors que cet avion était initialement présenté comme une alternative économique au F-35, la justification financière a changé. Le F-15EX coûte désormais presque autant que son homologue furtif, son prix de vente ayant augmenté de près de 20 pour cent pour atteindre environ 90 millions de dollars (près de 80 millions d’euros).

Problèmes techniques liés au F-35

Cette flambée des commandes est en grande partie une réaction aux difficultés techniques rencontrées par le F-35. Les retards dans les mises à jour logicielles critiques, notamment le « Technology Refresh 3 » et le « Block 4 », ont entraîné la livraison de Lightning II dotés de fonctionnalités radar limitées. Pour combler ce déficit de capacités qui en résulte, l’armée de l’air s’appuie sur le F-15EX, car celui-ci peut être acquis immédiatement à partir d’une chaîne de production en activité.

De plus, l’armée de l’air est confrontée à une pénurie d’avions de chasse opérationnels. Il en faudrait environ 300 de plus que le nombre actuellement disponible. Par ailleurs, les États-Unis doivent remplacer leurs flottes de F-15C, D et E obsolètes, dont une grande partie a fait son temps après des décennies de service.

Augmentation de la production

Les capacités de production de Boeing s’adaptent pour répondre à cette demande, avec des projets visant à doubler la production mensuelle à Saint-Louis d’ici début 2027.

Cette augmentation nationale est complétée par une forte demande internationale, des pays tels qu’Israël, le Japon, la Corée du Sud et l’Arabie saoudite passant des commandes, ce qui garantit que la chaîne de production restera active jusqu’à une bonne partie de la prochaine décennie.

Avantages stratégiques et capacité de charge utile

Bien qu’il ait perdu son statut d’appareil « abordable », le F-15EX offre des avantages stratégiques que le F-35 ne peut pas proposer. L’Eagle II affiche une durée de vie de 20 000 heures, dépassant largement les 8 000 heures de la cellule du F-35. De plus, il fait office de « magazine volant », capable de transporter environ 13 500 kilogrammes de munitions réparties sur plus de 20 points d’emport. Cela permet un modèle opérationnel synergique dans lequel les F-35 pénètrent dans l’espace aérien contesté pour identifier les cibles, tandis que les F-15EX fournissent une puissance de feu massive à distance, y compris de futures armes hypersoniques.

Cette stratégie est particulièrement cruciale pour les opérations dans le Pacifique. En basant des Eagle II à la base aérienne de Kadena et en intégrant des missiles antinavires à longue portée, l’armée de l’air met en place une capacité de frappe maritime conçue pour contrer les navires de guerre ennemis à distance. Les essais menés par le Pentagone ont également confirmé que les systèmes de guerre électronique de l’appareil sont efficaces même contre des menaces furtives avancées.

La nécessité opérationnelle prime sur les économies budgétaires

En fin de compte, la décision d’acheter 267 F-15EX ne repose plus sur des économies, mais sur une nécessité opérationnelle. L’armée de l’air privilégie la longévité de la cellule, la capacité de charge utile massive et la disponibilité immédiate plutôt que la promesse initiale d’une bonne affaire. Bien que l’armée paie désormais des prix équivalents à ceux d’un avion furtif pour un appareil non furtif, ce compromis est considéré comme un investissement nécessaire pour maintenir la préparation au combat dans un environnement à haut risque. (fc)

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