« Les entreprises crypto vont simplement perpétuer les défauts de la finance »

Pour sa rentrée, le magazine institutionnel du FMI dénonce « le charme superficiel des cryptomonnaies » et réfute leurs prétendues vertus.

« Au cours des 14 années qui ont suivi l’apparition du bitcoin, les partisans de la crypto ont promis que les cryptomonnaies allaient révolutionner l’argent, les paiements, la finance, ou tout cela à la fois. Ces promesses n’ont pas été tenues et semblent de plus en plus irréalisables ».

Hilary J. Allen, experte en droit bancaire et professeure de droit à l’American University Washington College of Law, n’y va pas avec le dos de la cuiller. Sa tribune dans le magazine F&D de septembre dédié à la révolution monétaire s’attaque frontalement aux artifices de la crypto.

Évoquant d’abord spécifiquement « l’illusion de la décentralisation » entretenue depuis Bitcoin, la Pr Allen assure plus globalement que les cryptos ne remédieront pas aux défauts de la finance. Au contraire.

Problème d’ordre politique

Spécialiste de la réglementation de l’industrie bancaire, l’auteure ne peut que concéder le « problème réel et urgent » de l’inclusion financière, ainsi que les nombreux autres et profonds travers de la finance traditionnelle. Ces dysfonctionnements ont fourni les munitions nécessaires aux lobbyistes, venture-capitalists et entreprises crypto pour « leur mise en accusation très lucide et convaincante » de notre système financier actuel.

« Les plus grandes banques ont eu des résultats terribles à la veille de 2008 (et certaines d’entre elles en ont encore) ; beaucoup de gens sont mal desservis par le système financier actuel ; aux États-Unis, en particulier, le traitement des paiements est trop lent », note Hilary J. Allen.

Avant d’objecter qu’il s’agit de problèmes politiques plutôt que technologiques. Autrement dit, tant que les questions politiques sous-jacentes ne sont pas résolues, bitcoin et consorts ne changeraient pas la donne. « Les nouveaux intermédiaires crypto qui émergeront ne feront que perpétuer les problèmes existants », insiste-t-elle.

Pas de solutionnisme technologique

Encore une fois, la Pr Allen a conscience que des mises à niveau restent nécessaires dans les systèmes actuels. Mais elle assure qu’il existe déjà pour ces problèmes « des solutions technologiques plus simples et centralisées, comme c’est le cas pour les paiements en temps réel. »

« Malheureusement, la crypto n’est pas à la hauteur de ses prétentions en matière de décentralisation, et les booms et les krachs pourraient avoir de larges conséquences économiques si la crypto est intégrée au système financier traditionnel et devient capable d’interrompre le flux de capitaux vers l’économie réelle », s’inquiète Hilary J. Allen.

Pour protéger l’économie au sens large, poursuit-elle, les régulateurs devraient ne pas se laisser influencer et prendre des mesures afin « d’ériger un pare-feu entre la crypto et la finance traditionnelle ».

Interdiction bancaire

Freiner l’adoption des cryptomonnaies n’aurait rien de savant, dixit l’auteure. Il suffirait, en première priorité, d’interdire aux banques d’émettre ou de négocier tout actif cryptographique, y compris les stablecoins « qui sont rarement utilisés pour les paiements dans le monde réel ; ils facilitent surtout les investissements crypto ». D’ailleurs, affirme la professeure Allen, ces mesures pourraient être réalisées dans le cadre des lois bancaires existantes, souvent sans amendements.

Cependant, l’opposante aux cryptos attend des décideurs politiques qu’ils promulguent de nouvelles lois ou règles qui ciblent plus directement l’industrie du bitcoin.  Compte tenu de l’absence d’avantages de la cryptomonnaie, une interdiction pure et simple pourrait même être appropriée. Et de conclure : « Essayer d’adapter les crypto-actifs et les blockchains pour résoudre les problèmes de la finance ne fera, selon toute vraisemblance, qu’empirer les choses ».

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