Principaux renseignements
- Selon les institutions financières, les banques russes ne disposent pas de suffisamment de roubles pour financer la dette publique croissante.
- Les dépenses militaires colossales entraînent une aggravation du déficit budgétaire.
- Le Kremlin oblige les banques d’État à acheter des obligations afin d’éviter un effondrement financier.
Les institutions financières russes ne disposent actuellement pas de suffisamment de roubles pour acheter des obligations fédérales, sur lesquelles le ministère des Finances compte pour compenser le déficit budgétaire. Taras Skvortsov, directeur financier et vice-président de la Sberbank, a déclaré qu’une énorme fuite de capitaux d’environ 2 000 milliards de roubles (environ 21,8 milliards d’euros) depuis janvier a plongé le secteur bancaire dans une grave pénurie de liquidités. C’est ce que rapporte The Moscow Times.
De ce fait, les banques privilégient les prêts à la clientèle plutôt que les obligations d’État. Ces dernières ne sont particulièrement attractives que lorsqu’il y a suffisamment de capitaux excédentaires disponibles et que leur rendement est suffisamment élevé.
Dépenses militaires provoquent une crise budgétaire
Cette crise budgétaire est en grande partie due aux dépenses militaires liées à l’invasion de l’Ukraine, qui se sont avérées bien plus élevées que prévu initialement. Selon certains rapports, les dépenses de défense pourraient dépasser le budget prévu de 4 à 5 000 milliards de roubles (44 à 55 milliards d’euros), ce qui nécessiterait 2 à 3 000 milliards de roubles (22 à 33 milliards d’euros) d’emprunts supplémentaires.
Alors que le gouvernement avait initialement prévu 4 400 milliards de roubles (48 milliards d’euros) de financement sur les marchés, l’effondrement des cours des obligations et la forte hausse des taux de rendement ont contraint le ministère des Finances à suspendre les adjudications d’obligations en juillet. Ces turbulences ont entraîné pour les banques des pertes de réévaluation négatives d’un montant total de 200 milliards de roubles (environ 2,2 milliards d’euros).
Perspectives sombres pour l’économie russe
Les perspectives économiques restent incertaines. Les analystes de Gazprombank s’attendent à ce que le déficit budgétaire réel en 2026 puisse atteindre le double des objectifs officiels. Selon certaines estimations, ce déficit pourrait s’élever à 7 500 milliards de roubles (82 milliards d’euros).
La situation est encore aggravée par une récession économique attendue au second semestre. En conséquence, les recettes provenant de l’impôt sur le revenu des particuliers, des bénéfices des entreprises et de la TVA pourraient, selon les estimations, baisser de 800 milliards de roubles (8,7 milliards d’euros). Ilya Sokolov, de l’Université financière russe, prévient que le déficit budgétaire devrait encore s’aggraver cet automne, car les attaques de drones contre les raffineries pèsent sur les recettes pétrolières et gazières, malgré la stabilité des prix mondiaux.
La Banque centrale intervient
Afin de combler les déficits sur le marché financier, la Banque centrale a injecté 2 300 milliards de roubles (25 milliards d’euros) dans le système bancaire. En conséquence, la dette totale des établissements de crédit envers l’autorité de surveillance a atteint 6 000 milliards de roubles (65,6 milliards d’euros).
La gravité de la situation ressort également de la part des dépenses militaires, qui représentaient récemment 39 pour cent des dépenses publiques totales. Pour combler ce déficit budgétaire croissant, le Kremlin a obligé les banques d’État à acquérir pour 75 milliards d’euros d’obligations fédérales, en utilisant les liquidités fournies par la Banque centrale. (lv)
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