Face à une inflation toujours plus élevée, les banques centrales revoient à tour de bras leur taux d’intérêt à la hausse. Or, pour l’instant, cette stratégie ne semble pas porter ses fruits. Il apparait qu’un élément central ait été oublié dans cette lutte contre l’inflation : maintenir les devises stables.
Alors que le dollar ne fait que se renforcer, de nombreuses devises à travers le monde perdent de leur valeur. La livre sterling a atteint un niveau historiquement bas ce lundi, avant de remonter, pendant que l’euro continue de flirter avec la parité. Ces fluctuations des devises montrent un désintérêt des banques centrales et gouvernements pour maintenir des devises stables, selon Steve Forbes, président de Forbes Media. Pourtant, cela devrait être l’une de leurs priorités de la bataille contre l’inflation galopante.
« Aucun banquier central aujourd’hui – presque aucun – ne parle de monnaies stables. Il s’agit de déprimer l’économie pour lutter contre l’inflation », a-t-il souligné lors de la Forbes Global CEO Conference de ce lundi, à Singapour.
L’homme a critiqué la position des économistes et décideurs politiques vis-à-vis de l’inflation. Selon lui, ils s’en tiennent à un dogme standard pour freiner la hausse des prix en augmentant leurs taux d’intérêt, sans regarder au-delà ni prendre des mesures pour consolider les devises.
« Il n’est pas nécessaire d’appauvrir les gens pour vaincre l’inflation »
Il a pris comme exemple la réaction du président américain Ronald Reagan contre l’inflation dans les années 80. En plus de la hausse spectaculaire des taux d’intérêt de plus de 20% par la Fed, le président a réduit les impôts sur les ménages les plus aisés et introduit la déréglementation pour stabiliser l’économie et augmenter la production. En parallèle, il a coordonné les efforts mondiaux pour vendre des dollars et acheter d’autres devises.
« Aujourd’hui, malheureusement, non seulement l’administration Biden dresse des obstacles pour faire face aux problèmes du côté de l’offre, mais aussi la Réserve fédérale et d’autres banques centrales pensent qu’il faut déprimer l’économie pour faire baisser l’inflation », a déclaré Forbes. Il a par ailleurs contesté l’idée selon laquelle la récession serait la seule solution pour lutter contre l’inflation.
« Ils le font en augmentant artificiellement les taux d’intérêt. Donc, ils ont moins de personnes employées… ce n’est pas le vrai remède », a-t-il déclaré. « Le vrai remède est de stabiliser la monnaie. Il n’est pas nécessaire d’appauvrir les gens pour vaincre l’inflation. »
Déséquilibre monétaire
Dans le contexte actuel, renforcer le dollar n’est pas une bonne chose, car cela signifie des exportations plus chères, mais aussi des problèmes de réserves de change plus faibles. Pour éviter cela et freiner l’inflation, Forbes a suggéré d’utiliser l’or pour stabiliser les devises. Le dollar américain pourrait être lié à l’or, afin de lui donner une valeur fixe.
« L’or conserve sa valeur intrinsèque mieux que toute autre chose sur terre… l’or n’est pas parfait en tant que valeur stable, mais il est meilleur que tout ce que nous avons trouvé depuis plus de 4.000 ans », a souligné Steve Forbes. « Avec des devises instables, vous obtenez des investissements à long terme moins productifs, ce qui est essentiel à la croissance économique. »
Cette solution a déjà fait ses preuves par le passé. Forbes a en effet rappelé l’introduction de l’étalon-or de Bretton Woods à la fin de la Seconde Guerre mondiale, lorsque le dollar était fixé à l’or et les autres devises au dollar. À l’époque, les taux de croissance économique étaient beaucoup plus élevés.
Notons tout de même que le système de Bretton Woods s’est effondré dans les années 70.
Reste que la dépréciation des devises autres que le dollar reste un problème qui continuera de se renforcer sans intervention de la part des banques centrales et gouvernements. Malheureusement, les décideurs politiques et économiques semblent trop engagés dans leur stratégie d’augmentation des taux d’intérêt pour adopter d’autres mesures qui pourraient épargner les devises.