Le travail à domicile permanent sera-t-il la norme en 2030 ? Les conséquences sociétales seraient colossales…

Associated Press

Le patron de Twitter, Jack Dorsey, a annoncé à ses employés qu’ils pourraient désormais continuer à travailler de chez eux, et ce de manière permanente s’ils le souhaitent. Même lorsque la pandémie de coronavirus sera terminée. D’autres entreprises suivront sans doute. Un changement de paradime.

Le coronavirus teste les capacités des pays riches en matière de travail décentralisé. Si Twitter est suivi, l’impact sur la vie privée et publique à long terme pourrait être énorme. Pensez à la circulation, à l’urbanisme, à la structure et à la valeur des biens immobiliers, à la productivité des employés et aux effets psychologiques engendrés par le fait de travailler là où l’on vit, pour ne citer que quelques exemples.

Une enquête de la Deutsche Bank montre qu’une majorité des personnes sont favorables à la poursuite du travail à domicile de manière permanente.

Selon une étude de l’Université de Chicago, cela ne pose pas de problème. Les chercheurs estiment que 37% des emplois peuvent être effectués à domicile. Dans certains secteurs (TIC et tâches administratives), ce pourcentage dépasse les 50%. Des chiffres qui contrastent fortement avec les données actuelles.

Des calculs effectués par le SPF Mobilité et Transports avant l’éclatement de la crise du coronavirus ont montré que 17% des travailleurs belges faisaient du télétravail. La grande majorité d’entre eux, c’est-à-dire 12% des travailleurs au total, le faisaient en moyenne un jour par semaine. Et près de 4% des travailleurs travaillaient deux jours par semaine à domicile. Le potentiel de croissance est donc bien là.

Ces 17% de télétravailleurs ont par ailleurs permis d’éviter 5% des déplacements domicile-travail.

Doublement du nombre des télétravailleurs après la pandémie

Après la crise sanitaire, on s’attend à un doublement du nombre de personnes travaillant au moins un jour par semaine depuis leur domicile. Des recherches menées à l’université de Stanford montrent que cela donnera des résultats mitigés. La productivité des personnes travaillant à domicile augmente en moyenne de 13%, mais leur motivation et leur créativité diminuent. Ces personnes ont également moins de chances d’être promues. En outre, elles effectuent plus d’heures lorsqu’elles sont à la maison plutôt qu’au bureau. En Belgique, cela représente en moyenne une heure supplémentaire, aux États-Unis jusqu’à trois heures.

Selon les chercheurs, le scénario idéal serait un mélange des deux. Deux à trois jours par semaine de travail à domicile et les autres jours au bureau. De cette manière, la productivité serait assurée, la motivation et la créativité ne seraient pas perdues et les conséquences pour les villes et l’immobilier ne seraient pas extrêmes.

La technologie peut résoudre beaucoup de choses, mais ‘the magic happens when we’re together’

EPA/LAURENT GILLIERON

Néanmoins, certains mettent en garde contre les conséquences négatives pour les personnes qui peuvent travailler à domicile, notamment parce que l’employeur en fait la promotion et qu’il préfère souvent ainsi éviter les réunions de groupes trop importants.

‘Les gens ne sont pas faits pour se connecter uniquement via la technologie. Nous avons besoin de relations humaines pour grandir et survivre’, estime Jason Hirschhorn, le PDG de Media REDEF: ‘Les meilleures idées, les meilleures solutions que j’ai rencontrées au cours de ma carrière sont toujours nées lorsque nous partagions un même espace avec différentes personnes’. La technologie peut résoudre beaucoup de choses, mais ‘the magic happens when we’re together.’

Lorsque les gens commenceront à travailler massivement et de façon permanente à partir de chez eux, beaucoup finiront par quitter les villes les plus chères pour des zones rurales meilleur marché. Cela aurait à son tour un impact majeur sur les trajets domicile-travail, l’immobilier et toutes les activités centrées autour des lieux de travail: bureaux, mais aussi cafés, restaurants, supermarchés, etc.

VR et AR: c’est une fois de plus la technologie qui va totalement changer le monde du travail

EPA-EFE/Lise Aserud NORWAY OUT

Dans la Silicon Valley, les employés décentralisent leur travail depuis un certain temps déjà. Facebook, Apple et Google travaillent sur de nouvelles technologies de réalité augmentée (AR) et virtuelle (VR) qui faciliteront considérablement le travail à distance.

Au début de l’année, Mark Zuckerberg a prédit que les nouvelles lunettes de réalité augmentée modifieraient radicalement notre relation avec la technologie ‘au cours de cette décennie’. Le patron de Facebook a mentionné le travail à distance comme l’un des principaux changements et avantages. Il s’inquiète du fait que certaines villes soient devenues inaccessibles financièrement et de l’inégalité croissante qui en résulte.

La AR et la VR donnent aux gens le sentiment d’être au même endroit alors qu’ils sont en fait à l’autre bout du monde. Imaginez que vous puissiez vivre n’importe où dans le monde et travailler dans un endroit complètement différent, car vous y seriez présent virtuellement. Si tout se passe comme prévu, d’ici 2030, selon Mark Zuckerberg, ce sera une réalité.