Le Sénat américain veut enterrer tout projet d’un Instagram pour enfants

Le géant des réseaux sociaux a été convoqué devant le Sénat pour s’expliquer sur la connaissance de la firme de la dangerosité de son offre pour les plus jeunes. L’assemblée n’a pas hésité à comparer Facebook et surtout Instagram à l’industrie du tabac : toxique, consciente de sa dangerosité, et soucieuse de rendre accros les plus jeunes. De quoi enterrer durablement l’idée d’un Instagram pour enfants.

C’est un revers pour Mark Zuckerberg : son entreprise tentaculaire Facebook a été convoquée par le Sénat des États-Unis afin de s’expliquer sur son projet de lancer une version d’Instagram dédiée spécifiquement aux enfants, et ça s’est très mal passé.

Toute cette histoire s’est emballée très vite : il y a deux semaines, des documents internes à Facebook révélaient que le réseau social était conscient, depuis plusieurs années déjà, des effets néfastes d’Instagram – qui fait partie de la même entreprise – sur les adolescents. L’application accroit leur mal-être, influence leur représentation d’eux-mêmes, voire accentue des pensées suicidaires. Or, cette révélation est tombée au plus mauvais moment, ou parfaitement à point, c’est selon : on apprenait également que l’entreprise planifiait une version d’Instagram pensée pour les enfants, sans pub, avec des contenus appropriés et requérants l’autorisation des parents.

Facebook et Big Tobacco : même combat

La nouvelle avait provoqué une levée de boucliers, et Facebook avait annoncé la mise en suspens de ce projet. Mais cela n’avait pas dissuadé des sénateurs américains de convoquer la firme devant l’assemblée pour entendre ce qu’elle avait à dire sur les effets délétères que ces produits provoquent chez les plus jeunes, dont elle était, selon un lanceur d’alerte, parfaitement au courant.

Ce jeudi, c’est Antigone Davis, directrice de la sécurité globale chez Facebook, qui s’est présentée devant le pouvoir législatif des États-Unis. Mais les sénateurs, armés des révélations fuitées depuis la firme et d’études sur l’impact des réseaux sociaux sur le comportement des enfants, ne lui ont laissé aucun répit.

« Si nous avons affaire au monde réel de Facebook, où les garanties sont plus illusoires que réelles, il ne devrait pas y avoir d’Instagram pour les enfants, point final », a déclaré M. Blumenthal, dont la commission a organisé l’audition. « S’ils étaient vraiment engagés dans la sécurité des enfants, s’il y avait des preuves réelles, je pourrais penser différemment. Mais Instagram pour enfants, c’est tout simplement la même chose [que le vrai Instagram]. » Précédemment, les élus américains avaient même comparé Facebook à un géant de l’industrie du tabac, cherchant à rendre accro à ses produits une nouvelle génération dès le plus jeune âge.

Promotion de l’anorexie et de l’automutilation

Face à ces attaques, Antigone Davis avait bien peu d’options pour se défendre. Elle a bien tenté de retourner pour elle les résultats de l’étude, qui « peuvent rendre plus sensationnaliste l’impact négatif dans les résultats, et ignorent les interprétations potentiellement positives – par exemple, plus de la moitié des répondants déclarent eux-mêmes qu’Instagram améliore leur sentiment de solitude. Ce n’est pas une bombe. »

Mais l’argument n’a certainement pas eu l’effet escompté, pour Blumenthal: « Si, cette étude est bien une bombe. Il s’agit d’une preuve puissante, captivante et fascinante que Facebook connaît les effets néfastes de son site sur les enfants et qu’il a dissimulé ces faits et constatations. » Pour appuyer son propos, le sénateur a mené ses propres recherches : une équipe a créé un faux profil d’enfant de 13 ans – l’âge minimal requis sur Instagram – atteint de troubles de l’alimentation et de problèmes de confiance en soi. En moins d’une journée, ce compte ne recevait plus comme contenu recommandé que des profils promouvant l’anorexie ou des comportements dangereux, tels que l’automutilation.

Facebook se retrouve dans une véritable tourmente suite à la fuite de cette étude mettant en évidence la dangerosité de ses produits, et l’analogie avec le secteur du tabac, approuvée par une grande part de l’auditoire, ternira indéniablement son image. Et comme pour le tabac, si le produit de base est déjà nocif, le Sénat américain estime qu’il ne faut surtout pas l’adapter aux enfants.

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