Le Royaume-Uni 2 ans après le Brexit: cela en valait-il la peine ?

Finalement, le Brexit n’aura pas eu un effet aussi  dévastateur sur l’économie britannique, contrairement à ce que certains analystes avaient prédit. Mais deux ans après le vote qui a décidé du divorce du Royaume-Uni d’avec l’Union européenne, l’économie britannique se dégrade lentement, mais sûrement. Les ménages britanniques se sont appauvris, les entreprises inquiètes gèlent leurs investissements, et le marché immobilier tourne au ralenti.

Avant ce référendum, le Royaume-Uni était l’une des économies les plus dynamiques du G7; aujourd’hui, elle en est la plus lente. Les incertitudes concernant le résultat des négociations minent la confiance des entreprises. Certaines ont déjà annoncé leur départ.

Bye-Bye, Airbus ?

C’est le cas d’Airbus, qui a menacé de quitter le Royaume-Uni si un accord n’est pas trouvé sur les conditions de mise en œuvre du Brexit. L’avionneur européen emploie près de 15.000 employés sur ses 25 sites de production britanniques, et il fait travailler 100.000 personnes au total, si l’on inclut les effectifs de ses 4.000 fournisseurs sous-traitants.

Le secteur bancaire de la City de Londres est quant à lui menacé de perdre près de 5.000 postes qui seront transférés dans d’autres places financières européennes.

La croissance britannique en berne

La croissance, qui s’était maintenue à 1,9% en 2016 et 1,8% en 2017, semble avoir entamé une glissade depuis le début de cette année. Au cours du premier trimestre 2018, l’économie britannique n’a crû que de 0,1 %, son rythme le plus lent en 5 ans. Selon la banque Natixis, si l’on prend en compte toutes ses conséquences, le Brexit a déjà coûté 2 points de PIB au Royaume-Uni, ce qui signifie une perte sèche de 45 milliards d’euros en deux ans.

« La croissance britannique est 2,1% plus faible au premier trimestre qu’elle ne l’aurait été si le maintien dans l’UE l’avait emporté”, a calculé le groupe de réflexion Centre pour la réforme européenne, basé à Londres. Le fisc britannique aurait été contraint de souscrire 43 milliards de livres (environ 49 milliards d’euros) par an d’emprunts publics supplémentaires, en raison de la baisse de ses recettes d’impôts liée au ralentissement de la croissance.

Le pouvoir d’achat de la population s’effrite

Pour la population, c’est sans doute la dépréciation de la livre qui est la plus durement ressentie. La devise britannique a perdu 15% de sa valeur dans le sillage du vote, atteignant le cours de 1,21 dollar, son plus bas niveau depuis 1985. Cette dépréciation a renchéri les importations, et poussé le taux d’inflation, qui avait atteint 3% sur un an en septembre dernier, son niveau le plus élevé depuis 2012.

Les salaires n’ont pas augmenté pour autant, malgré le faible taux de chômage (4,2%). Il en résulte une perte de pouvoir d’achat pour les ménages, que le gouverneur de la Banque d’Angleterre, Mark Carney, a évaluée à environ 900 livres (environ 1.020 euros) en moyenne.

Le commerce de détail a payé le prix fort de l’effritement du pouvoir d’achat des ménages britanniques. Toys R Us et Maplin, deux chaînes de grande distribution, ont mis la clé sous la porte. Leur homologue Marks and Spencer prévoit de fermer une centaine de magasins sur les 4 prochaines années.

Une pénurie de main d’œuvre

Ironiquement, compte tenu que la lutte contre l’immigration était l’un des arguments clés des tenants du Brexit, le Royaume-Uni est aussi confronté désormais à une pénurie de main d’œuvre qui impacte notamment les secteurs de la restauration, de l’agriculture et les hôpitaux. Les producteurs de fraises ne parviennent plus à trouver les travailleurs saisonniers dont ils ont besoin pour le ramassage des fruits, indique British Summer Fruits, le syndicat des producteurs de petits fruits d’été britanniques. Il affirme que près de 3 producteurs sur cinq rencontrent des difficultés pour recruter des saisonniers.

Enfin, le marché immobilier a marqué un fort ralentissement. A Londres, le nombre de ventes immobilières a quasiment atteint son plus bas niveau historique l’année dernière, d’après l’agent immobilier Foxtons. Après des années d’envolée des prix, on constate une stagnation du prix des logements.