Le MR souhaite mettre en place un cordon sanitaire contre le PTB-PVDA en Wallonie


Principaux renseignements

  • Le ministre-président wallon Adrien Dolimont souhaite, avec le MR, exclure le PTB-PVDA des réformes démocratiques en Wallonie.
  • Des experts remettent en question la légalité de ce blocage sélectif.
  • Le MR se sert de cette hostilité pour bloquer de futures coalitions de gauche.

Le débat autour d’un blocage politique contre le PTB en Wallonie a été relancé par le ministre-président wallon Adrien Dolimont.

« Partis démocratiques »

Lors d’une conférence de presse, via Le Soir, consacrée aux négociations budgétaires, il a lancé un appel en faveur de la constitution d’une majorité des deux tiers afin de mettre en œuvre des réformes au niveau des provinces. Dans cet appel, Dolimont a explicitement évoqué les « partis démocratiques ».

Lorsqu’on lui a demandé des précisions, Dolimont a spécifiquement cité le PS et Ecolo. Il a ainsi, de fait, exclu le PTB du spectre démocratique. Il a justifié cette position en affirmant que le MR évitait depuis longtemps de gouverner avec le PTB. Le ministre-président a exprimé le souhait d’éviter toute collaboration avec des formations qu’il considère comme non constructives.

Contraintes juridiques

La légalité et la faisabilité d’une telle exclusion font l’objet d’un débat parmi les experts. Pascal Delwit, professeur de sciences politiques à l’ULB, note que si un ministre-président dispose d’un pouvoir discrétionnaire pour choisir qui inviter lors de votes spécifiques, un « cordon sanitaire » total est impossible au sein des commissions parlementaires, où la représentation est fondée sur la proportionnalité.

De plus, Delwit fait valoir que le fait de qualifier un parti de non démocratique relève d’un jugement personnel de Dolimont plutôt que du résultat d’un processus formel fondé sur des critères.

Stratégie cohérente

Cette approche intransigeante s’inscrit dans la stratégie bien établie du MR. Benjamin Biard, du centre de recherche Crisp, souligne que l’hostilité du parti envers le PTB est constante, citant des appels antérieurs en faveur d’un élargissement du blocus politique. En témoigne un accord provincial conclu à Liège, dans lequel les partenaires se sont engagés à rejeter toute alliance avec des partis d’extrême gauche ou d’extrême droite, une clause spécialement conçue pour viser le PTB.

Cela fait écho à un refus antérieur de Georges-Louis Bouchez de mettre à jour la Charte de la démocratie si celle-ci ne visait que l’extrême droite, car il estime que l’extrême gauche devrait être exclue de la même manière.

Crainte d’une coalition de gauche

Cette position marque toutefois un revirement par rapport à la ligne historique du MR. Le professeur Delwit rappelle que lors des élections de 2019, Georges-Louis Bouchez s’était auparavant opposé à un cordon sanitaire contre le PTB.

Ce changement de perspective pourrait être stratégique. En diabolisant le PTB, le MR pourrait tenter d’empêcher d’éventuelles coalitions futures entre le PS, Ecolo et le PTB en vue des élections de 2029 et 2030, notamment après avoir constaté la formation d’une telle alliance à Mons à la suite des élections locales de 2024. (fc)

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