Le ‘jour du dépassement’ a reculé de trois semaines : comment est-il calculé ?

Ce samedi, la Terre vivra le reste de l’année à crédit. L’homme aura épuisé toutes les ressources naturelles que mère Nature peut lui apporter en 1 an. C’est ce qu’on appelle le ‘jour du dépassement’. Ce jour fatidique a reculé de trois semaines cette année. Mais sa méthode de calcul soulève de nombreuses contestations.

Chaque année, sur base des calculs du Global Footprint Network, la WWF tire la sonnette d’alarme. Les humains vivront ‘à crédit’ sur les ressources des générations futures jusqu’au 31 décembre. Et cette année, ce jour tombe ce samedi 22 août.

En 2019 et 2018, ce jour de conscientisation des masses est tombé le 29 juillet. Le 1er août en 2017, le 5 août en 2016. En fait, il faut remonter à 2005 pour retrouver une date postérieure au 22 août. Ainsi de suite jusqu’au 31 décembre, une année d’équilibre, qui n’aurait plus été atteinte depuis 1970 selon les calculs actualisés (en 2017) du Global Footprint Network. La dernière anomalie dans cette fuite en avant remonte à 2009, après la crise financière de 2008, où on observe un recul de 4 jours par rapport à l’année précédente.

Globalement, les années 70 correspondent au mois de décembre, les années 80 au mois de novembre, les années 90 au mois d’octobre, les années 2000 aux mois de septembre et d’août, avec 2 percées en juillet (2018 et 2019).

https://www.overshootday.org/

Pour chaque pays, le Global Footprint Network est en mesure de déterminer qui vit au-dessus de ses moyens en termes de ressources naturelles.

https://www.overshootday.org/

Dans son rapport 2020, le GFN explique d’emblée que le covid-19 a largement influencé les données en sa possession, et que ‘d’autres recherches’ doivent encore estimer ‘en profondeur’ l’impact de la pandémie sur notre empreinte écologique. Le jour du dépassement pourrait donc se situer potentiellement plus loin que le 22 août. L’organisation a toutefois repéré 3 tendances à la baisse de notre empreinte écologique:

  • Dans nos émissions de carbone.
  • Dans l’alimentaire et l’agriculture.
  • Dans la production liée aux forêt.

Un calcul controversé

Le calcul repose sur l’empreinte écologique mondiale. Un concept développé par Mathis Wackernagel, docteur en planification communautaire et régionale, et actuellement président du Global Footprint Network.

  • J est le jour de dépassement (compté à partir du 1er janvier).
  • B est la biocapacité ou capacité de production biologique de la planète en hectare global (hag).
  • est l’empreinte écologique de l’humanité hectare global (hag).

Alors bien sûr, cette méthode de calcul est critiquée. Dans les deux sens: certains pensent que le résultat est sous-estimé, d’autres, qu’il est surestimé. Les derniers parlent carrément de non-sens. Les principales critiques fustigent le manque de rigueur scientifique, le choix de facteurs arbitraires, une nomenclature trompeuse ou encore un manque de transparence. Pour donner un exemple concret, certains scientifiques reprochent au GFN d’intégrer la capacité de la Terre à absorber le CO2, ce qui peut difficilement être lié à la capacité de la Terre à produire des ressources naturelles.

Sur le point de la transparence, l’organisation de défense de l’environnement semble avoir fait un effort. Sur son site, on peut retrouver toutes les données utilisées pour arriver au constat final. Mais face à une telle complexité, il est certain que la méthode de calcul requiert des choix, et donc de l’arbitraire. Le GFN explique que son calcul se base sur 15.000 données de chaque pays pour une année, et que ces données proviennent toutes des statistiques de l’ONU. Problème: les données de l’ONU arrivent généralement avec ‘un retard de trois ans’, ce que le GFN admet volontiers, et que ça l’oblige à aller chercher des ‘données plus actuelles et d’avoir recours à l’extrapolation’.

Une réponse honnête à défaut de répondre aux interrogations.

Sensibilisation

Mais le GFN a surtout un rôle de sensibilisation. Comme le montrent les différentes campagnes lancées sur son site. La presse répond présente avec plus 6 milliards de mentions depuis la création de ce rapport annuel. Le GFN veut aussi apporter un message positif et de ne pas être uniquement dans l’alarmisme.

De quoi convaincre ses détracteurs ? Sans doute pas. Mais il y a néanmoins un consensus scientifique pour dire que nous n’allons pas dans la bonne direction, tant en termes de dérèglement climatique que de biodiversité ou du manque de certaines ressources naturelles.

Si vous ne faites pas partie des sceptiques, vous pouvez même calculer votre propre empreinte via cet outil.