L’administration Biden ne sait pas comment réagir au jeu de Poutine et tergiverse sur les sanctions promises

Sans surprise, l’annonce du président russe Vladimir Poutine de la reconnaissance de l’indépendance des républiques séparatistes de Luhansk et de Donetsk et le franchissement de la frontière par ses troupes ont attiré les condamnations des Européens et des Américains, ainsi que des promesses de nouvelles sanctions.

Mais l’administration du président américain Joe Biden se trouve devant un arsenal bien démuni dans ce domaine : difficile de trouver une réponse appropriée qui ne nourrirait pas l’escalade guerrière, alors que la Russie fait déjà l’objet de sanctions diplomatiques et économiques croissantes depuis des années.

Nier toute souveraineté à l’Ukraine

Selon le Washington Post, un fonctionnaire américain ayant requis l’anonymat rappelle que le discours stupéfiant de Vladimir Poutine de cette nuit peut se résumer à la négation de toute souveraineté à l’État ukrainien : « C’était un discours adressé au peuple russe afin de justifier la guerre. » Reste à prouver que cela soit efficace dans un pays dont la population est déjà confrontée à de nombreuses difficultés économiques dans sa vie quotidienne. Mais les USA n’ont que ce levier-là à disposition.

De nouvelles sanctions seront imposées dans un avenir proche, mais l’administration américaine n’a pas précisé leur ampleur réelle, malgré des déclarations qui avancent que ça sera fait dans la journée. Le président Biden a publié un décret qui interdit tout nouvel investissement, échange ou financement par des personnes américaines à destination, en provenance ou dans les régions prorusses de Donetsk et Lougansk. Même son de cloche de l’Union européenne, qui fait savoir qu’elle allait sanctionner « ceux qui sont impliqués » dans la décision de Vladimir Poutine de reconnaître l’indépendance de ces territoires ukrainiens. Sauf que ces régions séparatistes vivent depuis huit ans sous perfusion de Moscou et n’ont que bien peu d’échanges avec l’occident.

A l’Europe, on se tâte

Les ambassadeurs des États membres de l’UE se réuniront mardi matin pour discuter d’éventuelles sanctions contre la Russie. Un diplomate européen a déclaré que la réunion serait un « point d’information » pour les représentants, mais qu’elle examinerait également la manière de donner suite à la déclaration faite lundi par les dirigeants de l’UE selon laquelle le bloc « réagirait par des sanctions contre ceux qui sont impliqués dans cet acte illégal ». Certains États membres souhaitaient que les sanctions soient limitées en réponse à l’action du président russe Vladimir Poutine dans l’est de l’Ukraine, tandis que d’autres souhaitent que l’éventail complet des sanctions discutées ces dernières semaines soit déployé dès maintenant.

La situation est très inconfortable pour la Maison Blanche : depuis des semaines, Biden et ses alliés ont averti la Russie qu’une invasion entraînerait de sévères sanctions sur le secteur financier russe, ainsi que des restrictions à l’exportation qui entraveraient l’économie du pays. Maintenant, ils doivent décider si la décision de Poutine de déplacer les forces russes dans les territoires séparatistes constitue le type d’invasion qui déclencherait des mesures aussi concrètes.

Comment faire de son pays un paria international

Les USA et leurs alliés se retrouvent devant le fait accompli : les Russes occupent le terrain – des territoires officiellement ukrainiens, même si Kiev ne les contrôlait plus depuis longtemps. Un coup osé de plus dans la partie d’échec entamée par un insondable Vladimir Poutine, et l’escalade du conflit reste toujours possible.

Mais le président russe choisit donc ainsi de gommer toute ambiguïté sur la scène internationale : il n’a que mépris pour la souveraineté et l’intégrité territoriale d’un de ses voisins. Une scène sur laquelle il vient de pousser la Russie dans son entièreté, et pas pour y jouer un beau rôle. Alors que les condamnations tombent de toute part, la Russie risque de se retrouver encore plus isolée géopolitiquement. C’est le choix du seul contre tous, et il n’est pas garanti que les Russes acceptent sans broncher de le suivre sur cette voie.

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