Poutine envoie valser la diplomatie: « C’est le début de la fin de son régime »

Dans un discours qui étonne même les spécialistes, Vladimir Poutine a déclaré unilatéralement reconnaitre les deux républiques séparatistes de Donestk et Louhansk dans le Donbass, en Ukraine. C’est l’escalade tant redoutée.

Dans l’oukaze reconnaissant le DNR et le LNR, Poutine ordonne à l’armée russe d’y « maintenir la paix ». Au même moment, les premières colonnes russes rentraient dans le Donbass. Une violation du territoire ukrainien et de sa souveraineté qui enclenchera sans doute la réaction de Kiev: le début d’une escalade dont personne ne connait la fin.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a déjà indiqué qu’il ne céderait « pas une pacerelle du pays » et qu’il ne craignait « rien ni personne ».

Plus tôt, devant le Conseil de sécurité russe, Poutine a employé des mots qui ont étonné les experts. Le journaliste du Monde, correspondant à Moscou, Benoït Vitkine, liste les expressions qui ont échappé au président russe et qui montrent toute sa rancoeur:

  • « La folie qui entoure la création de l’Ukraine »;
  • « L’injustice de son départ de l’URSS »;
  • « La trahison de nos valeurs communes »;
  • « Le foyer terroriste qu’est devenue la Crimée »;
  • « La corruption de Kiev »;
  • « Le génocide dans le Donbass ».

Pour les Occidentaux, voilà comment Poutine se justifie: « Vous ne voulez pas être nos amis, très bien, mais pourquoi faire de nous des ennemis? La réponse est simple : ils ne veulent pas de ce grand pays souverain qu’est le nôtre. C’est la politique traditionnelle des États-Unis. »

Vladimir Poutine isolé ?

« Il a perdu le contact avec la réalité. » Cette expression date de 2014 lors de l’annexion de la Crimée et vient de la bouche d’Angela Merkel. Aujourd’hui, l’Allemagne est bien dépourvue. Elle qui pensait être l’un des rares États à pouvoir avoir une influence sur Moscou, c’est raté. Et Nord Stream 2 n’y changera rien.

Au point de se demander si Vladimir a encore toute sa tête ou s’il s’enferme dans un délire paranoïaque. Pour Tatiana Stanovaya, membre du Conseil scientifique de l’observatoire de la Russie, « Poutine est passé du côté sombre de l’Histoire. C’est le début de la fin de son régime, à qui il ne reste plus que le recours aux baïonnettes. Poutine se trompe sur le degré de soutien potentiel à ‘opération de sauvetage russe’ en Ukraine, qui va évidemment suivre. Et il surestime profondément le niveau de soutien que la population russe lui apportera. Il n’y aura pas de manifestations, comme je l’ai écrit. Mais il ne recevra pas non plus de large soutien ».

Quelle réponse de l’Occident ?

Indépendantes dans les faits depuis 2014, les deux provinces séparatistes abritent 3,8 millions d’habitants russophones. Un quart de la population dispose même d’un passeport russe. Les conflits entre indépendantistes et pro-kiev ont déjà fait 14.000 morts dans la région.

À l’annonce de Poutine, les scènes de joie étaient plus que modérées à Donetsk, où l’on sait que les jours à venir seront sans doute extrêmement tendus.

Du côté occidental, le président Emmanuel Macron, dont les efforts auront été vaincs, « condamne la décision de Poutine » et demande « une réunion d’urgence du Conseil de sécurité des Nations unies et des sanctions européennes ».

Le président américain Biden dit avoir « signé un décret exécutif pour empêcher la Russie de tirer profit de ses violations flagrantes du droit international ». Il continue « de consulter étroitement nos Alliés et nos partenaires, y compris l’Ukraine, sur les prochaines étapes. »

Le chancelier allemand Olaf Scholz n’a lui pas encore réagi officiellement. Pékin, de son côté, n’a pas condamné spécifiquement la Russie et a appelé les deux acteurs de la crise de « faire preuve de retenue et d’éviter toute action susceptible d’alimenter les tensions ».

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