La Turquie peut-elle remplacer la Chine comme « usine du monde » ?

La situation économique turque est fort délicate depuis plusieurs mois, les dévaluations successives de la monnaie du pays ayant plongé sa population dans une inflation sans commune mesure avec celle que nous vivons en Europe occidentale. Mais une livre turque faible, combinée avec la situation géographique très avantageuse de ce pays au carrefour de l’Europe et de l’Asie pourrait, à terme, avoir des conséquences économiques bien plus favorables.

La Turquie a enregistré en 2021 des exportations record relève BFM Business : le pays a exporté pour 225,4 milliards de dollars l’an dernier et vise 300 milliards en 2023. Et le faible taux de la livre devrait contribuer à faire pencher la balance commerciale en ce sens. En outre, depuis la Turquie, il est possible de rejoindre l’Union européenne par voie de terre, et éviter ainsi les tarifs devenus prohibitifs du fret maritime depuis la reprise économique post-coronavirus. Deux facteurs qui, combinés, font de la Turquie une très bonne candidate pour récupérer les chaînes de production basées en Extrême-Orient, et que la hausse des coûts du transport maritime ne rend plus si compétitives.

Une monnaie faible qui attire les multinationales

« De nombreuses multinationales font des démarches pour s’approvisionner davantage en Turquie », affirme Burak Daglioglu, président du Bureau d’investissement de la présidence turque. Des grands noms de l’automobile et du textile ont déjà passé le pas. De quoi apporter de l’eau au moulin du président Recep Tayyip Erdoğan, qui veut rendre vendeur le label « made in Türkiye », le nom qu’Ankara souhaite imposer aux dépens de « Turkey » à l’international, à cause de son double-sens avec la dinde en anglais. De là à penser que le président Erdoğan, qui espère être réélu en 2023, mise sur une livre faible pour doper les exportations et la croissance, malgré sa volonté affichée de relever le pouvoir d’achat des Turcs, il n’y a qu’un pas.

Pour y parvenir, le pays bénéficie aussi d’une main d’œuvre qualifiée et d’infrastructures bien développées, tandis que les salaires restent bas et que la monnaie s’est dévaluée : le revenu minimum net turc équivaut actuellement à 315 dollars.

Dangereuse proximité syrienne

Là où le bât blesse, c’est que si la Turquie est la porte de l’Europe d’un côté, de l’autre elle est aussi celle du Proche-Orient. Et les investisseurs ne sont pas toujours rassurés par la longue frontière commune que le pays partage avec la Syrie plongée dans la guerre civile depuis des années, d’autant que la Turquie y est largement impliquée militairement.

En outre, la proximité des élections de 2023 ne plaide pas vraiment en faveur de la stabilité du pays tant tout semble possible, et l’effondrement de la livre turque est également problématique pour l’industrie en raison de la dépendance du pays aux importations d’énergie et de certains matériaux de base.

La Turquie a donc très certainement une carte à jouer dans un contexte de perte d’attrait de l’Asie comme manufacture du monde, mais elle n’est pas la seule : d’autres pays, en Europe orientale par exemple, comme la Bulgarie ou la Roumanie, partagent beaucoup des avantages qu’à la Turquie pour séduire les multinationales.

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