Principaux renseignements
- L’Iran exploite des chaînes d’approvisionnement décentralisées et réparties dans le monde entier pour fabriquer des armes meurtrières à bas prix.
- Les drones kamikazes bon marché submergent les défenses aériennes coûteuses par leur nombre.
- La Chine facilite cette prolifération en fournissant des composants essentiels et en dissimulant les réseaux d’approvisionnement.
L’évolution du drone iranien Shahed représente un changement de paradigme dans la guerre moderne, caractérisé par le passage d’une production industrielle dirigée par l’État à l’utilisation de chaînes d’approvisionnement mondiales fragmentées.
L’Iran fabrique des drones meurtriers à partir de composants provenant du marché mondial
Alors que les innovations militaires traditionnelles, telles que l’AK-47, étaient le fruit d’industries nationales centralisées, le Shahed est le résultat d’une stratégie d’approvisionnement décentralisée. C’est ce qu’écrit Euronews.
Cette approche permet à des puissances de taille moyenne comme l’Iran de développer des armes létales et peu coûteuses en s’approvisionnant en composants sur divers marchés internationaux, la Chine servant de plaque tournante principale pour ces matériaux.
Escalade et létalité en Ukraine
Les récentes escalades en Ukraine mettent en évidence la létalité croissante de ces systèmes. En juillet, Kiev a été prise pour cible par une nouvelle version du Shahed équipée de turboréacteurs, qui ont triplé la vitesse du drone par rapport aux modèles à hélice.
Les services de renseignement ukrainiens identifient des usines chinoises comme la source de ces moteurs. Ces drones d’attaque « à sens unique », dont le coût peut descendre jusqu’à 20 000 dollars (17 160 euros), sont conçus pour submerger les défenses aériennes en forçant les adversaires à gaspiller des missiles intercepteurs coûteux sur des cibles bon marché.
La genèse des drones iraniens
Le développement du Shahed est né d’une nécessité. À la suite de la révolution de 1979 et des sanctions américaines qui s’ensuivirent, l’armée de l’air iranienne se retrouva paralysée, ce qui poussa les ingénieurs à se tourner vers les drones (UAV).
S’inspirant des modèles occidentaux – notamment ceux utilisés par les États-Unis, l’Allemagne de l’Ouest et Israël – , l’Iran est passé de drones de reconnaissance imprécis à des armes « kamikazes » de précision.
Le moteur constituait un obstacle majeur. L’Iran s’est d’abord procuré des moteurs Limbach de conception allemande par l’intermédiaire d’intermédiaires malhonnêtes. Finalement, une entreprise chinoise a racheté le fabricant allemand, facilitant ainsi l’accès de l’Iran à ce matériel essentiel.
Le rôle de la Chine dans la chaîne d’approvisionnement
Le rôle de la Chine va au-delà des ventes directes. Des enquêtes révèlent l’existence d’un réseau complexe de sociétés écrans, notamment à Hong Kong, utilisées pour dissimuler la destination des micropuces et des régulateurs de fabrication occidentale provenant d’entreprises telles que Texas Instruments et STMicroelectronics.
Bien que ces entreprises occidentales nient soutenir de telles applications militaires, leurs composants transitent souvent par des intermédiaires chinois avant d’atteindre Téhéran ou Moscou. Au fil du temps, l’Iran a réduit sa dépendance vis-à-vis de l’Occident, remplaçant les pièces européennes et américaines par des alternatives chinoises plus avancées, notamment des outils de navigation sophistiqués et des modems de communication.
Prolifération mondiale et guerre asymétrique
La prolifération de cette technologie est désormais un phénomène mondial. Au-delà du conflit en Ukraine, des drones de type Shahed ont été déployés au Mali par le Corps africain russe et ont causé des dommages importants aux intérêts américains à Bahreïn.
L’Iran a également exporté cette technologie vers des pays tels que l’Éthiopie, la Syrie et le Venezuela. Cette évolution a même influencé l’armée américaine, qui développe désormais ses propres drones abordables pour contrer cette menace asymétrique.
À mesure que les capacités de fabrication en Chine continuent de progresser, les experts prévoient que ces machines à tuer autonomes et peu coûteuses deviendront un élément permanent et omniprésent des conflits mondiaux.
(at)
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