La place du président du CD&V vacille, mais Joachim Coens n’a pas l’intention de s’effacer: J-C veut ressusciter sa présidence

Joachim Coens (CD&V) se bat pour sa survie. Il met tout en œuvre pour devenir le « candidat du consensus » qui dirigera bientôt le CD&V dans une nouvelle dynamique : la vice-présidence du parti a été offerte à la députée Nawal Farih (CD&V), confidente de Sammy Mahdi (CD&V). Mais cette offre de paix a été rejetée ; Coens n’avait pas nommé de vice-présidents depuis deux ans. Les chrétiens-démocrates continuent de débattre avec un manque de clarté au sommet : qui est aux commandes maintenant ?

Dans l’actualité : Coens prend la parole à Anvers pour son « congrès booster », mais défie en même temps un parti divisé.

Les détails : Son voyage au Congo oriental, pendant les vacances de Pâques, où il a été ému par un projet de construction dans une petite école de Goma, a inspiré Joachim Coens.

  • « Donnons aux enfants des racines et des ailes ». Cette phrase, dans le hall d’entrée de la petite école africaine, a tellement touché le président du CD&V qu’il y a attaché tout son discours ce samedi, devant ses collègues de parti.
  • Le CD&V s’est réuni en congrès pour « se renouveler » et « remettre le message au centre des préoccupations », comme l’avait annoncé Coens dans la presse la semaine dernière. Bien que le prince héritier fantôme, Sammy Mahdi, l’ait qualifié sur Radio 1, ce matin, comme « une sorte de réception du Nouvel An reportée ».
  • Dans son discours, M. Coens a parlé des « besoins fondamentaux de la population qui est sous pression » :
    • « Aujourd’hui, nos racines semblent menacées. Dans un monde en mutation, de nombreuses personnes se sentent de moins en moins en sécurité. Si les traditions, les normes et les valeurs disparaissent, où pouvons-nous trouver quelque chose à quoi nous accrocher ?
    • « Dans le même temps, de nombreuses personnes ont le sentiment que leurs ailes ont été coupées. Avons-nous encore assez d’occasions de voler ? Si nous travaillons, entreprenons et contribuons, alors nous ne devrions pas finir dans la misère ou nous sentir en insécurité, n’est-ce pas ? »
    • Coens n’a manifestement pas fait d’analyse du CD&V à proprement parler, mais a systématiquement parlé des « partis du centre », qui ne parviennent pas à « nommer et répondre aux préoccupations des gens ordinaires ». « Ils sont devenus trop élitistes, trop néolibéraux, trop déracinés. Trop de raisonnements à partir de leur propre situation confortable (…). En conséquence, les extrêmes, tant de gauche que de droite, gagnent du terrain. »
  • « Et ce vide doit être comblé par un véritable centre populaire », a déclaré le président actuel, qui a immédiatement révélé sa nouvelle vidéo pour le parti (qui ne travaillera plus avec des images de stock de type américain, mais désormais avec des « vraies gens »). La ligne centrale est celle-là : « du et pour le peuple ».
  • Remarquable : le mot « président » ou « chef » n’est pas apparu une seule fois dans le discours. Une ombre silencieuse. Mais personne ne pouvait nier qu’en même temps, c’était le thème du congrès : « Qui prendra le parti en main ?

L’essentiel : la tentative de Coens de se rapprocher du camp du Mahdi a échoué.

  • La semaine dernière, l’information résonnait déjà au sein du parti et, au grand dam du 89 rue de la Loi, le siège, elle a également filtré dans le Het Nieuwsblad : la députée Nawal Farih avait reçu une offre de Coens pour devenir vice-présidente du parti. « Incroyable », c’est ainsi que l’on qualifie cette fuite dans l’entourage de Coens, où l’on trouve particulièrement gênantes les « pirouettes » et « orientations » de certains au sein du parti, à propos du rôle du président.
  • Car Farih a refusé l’offre, selon le camp Coens, principalement pour des raisons pratiques. Mais en même temps, ce rejet est aussi très symbolique : la Limbourgeoise est connue comme l’une des rares personnes prometteuses du groupe parlementaire du CD&V, et surtout, elle est très proche de Sammy Mahdi, le nom qui revient sans cesse pour succéder à Coens.
  • Coens voulait-il indirectement faire la paix avec le camp Mahdi, et construire à nouveau des ponts, pour assurer sa réélection ? Selon certains initiés, oui. Mais la tentative, aujourd’hui ratée, semble également maladroite avec le recul.
  • Au 89 rue de la Loi, la recherche de nouveaux vice-présidents s’inscrit dans le cadre du « renouvèlement de tous les organes décisionnels du parti, y compris la Commission du parti et le Conseil du parti ». « Il ne reste plus que quinze personnes à coopter dans le Conseil du Parti, cinq jeunes talents ont déjà été cooptés jeudi dernier. La composition sera alors complète et la nomination des (nouveaux) vice-présidents, désignés par le président, pourra suivre », explique le porte-parole du parti.
  • Le rejet, et surtout la fuite, ont une fois de plus ouvert la porte à toutes sortes de spéculations au congrès sur la façon dont les choses devraient se passer au sommet. « C’est bien beau, mais en faisant une opération de marketing, nous n’avons toujours pas résolu le problème fondamental », a déclaré un dirigeant du parti.
  • Interrogé à ce sujet, Coens lui-même n’a pas voulu entrer dans les détails : « Je trouve bizarre que les gens qualifient maintenant cette conférence de « marketing », nous avons eu une très longue préparation, pour travailler sur nos trois thèmes : les revenus, une vie saine et un foyer sûr. »
  • Jeudi soir, le président du CD&V a également dû faire face à un conseil de parti, au cours duquel la direction a été vivement critiquée. Ce n’est pas illogique : contrairement aux groupes politiques, ce conseil est composé de personnes qui ont beaucoup moins à perdre et qui peuvent parler beaucoup plus librement. Mais là encore, des fuites décrivent Coens comme « en colère » au cours de la réunion. Il aurait frappé durement certains orateurs et aurait même quitté la réunion.
  • « Incroyable. Cette réunion a été complètement calme, pendant quatre heures. Nous avons écouté attentivement, j’ai répondu et noté les analyses de ce qui n’allait pas. Mais qu’en est-il ensuite ? Allez. Qui en profite ? », nous répond une autre source présente sur place.

Et maintenant ? Une décision semble inévitable, mais dans la tradition démocrate-chrétienne, personne ne plante le poignard avec force et profondeur.

  • Dans la rue de la Loi, les métaphores bibliques sont parfois entendues à propos du CD&V. La longue épreuve que le parti doit maintenant traverser, avec un président clairement blessé et dont il n’est pas du tout certain qu’il puisse rester en place, est immédiatement comparée au chemin de croix.
  • C’est aussi vrai en interne: Coens lui-même plaisante parfois sur la résurrection. Et bien sûr, le calendrier chrétien comporte encore quelques dates autour desquelles des métaphores peuvent être mises en avant : il y aura bientôt l’Ascension. Peut-être aussi pour Coens.
  • Pour l’instant, la décision concernant une course présidentielle anticipée a été reportée à la prochaine réunion du Conseil du parti, le 12 mai. À ce moment-là, Coens devra faire une « proposition de calendrier électoral », mais des personnalités telles que Hilde Crevits (CD&V) et Vincent Van Peteghem (CD&V) ont déjà indiqué que l’incertitude ne peut pas durer jusqu’à la fin de l’année.
  • En même temps, la situation au sein du CD&V est typique de la culture du parti dans ce pays : les choses sont parfois moins brutales qu’avec les libéraux ou les socialistes. Avec un inconvénient: les blessures continuent à s’envenimer. Cette situation s’est appliquée à un moment donné à Yves Leterme (CD&V) et des années plus tard également à Kris Peeters (CD&V).
  • La question est de savoir si une date consensuelle peut être trouvée, dans les plus de deux semaines qui nous séparent du 12 mai. Il appartiendra aux leaders tels que Crevits et Van Peteghem de ne pas jouer les Ponce Pilate cette fois-ci, et de se laver les mains d’une course décisive à la direction.
  • Les experts du parti soulignent d’ailleurs qu’il existe une forte pression au sein du CD&V pour nommer une personnalité « par consensus » au sommet du parti. Les faits leur donnent raison :
    • 1999 : Stefaan De Clerck, sans candidat rival
    • 2003 : Yves Leterme, sans contre-mandat
    • 2004 : Jo Vandeurzen, contre les « outsiders » Pieter De Crem et Karel Van Butsel. Le candidat de l’establishment, Vandeurzen, a finalement gagné.
    • 2008 : Marianne Thyssen, sans candidat rival
    • 2010 : Wouter Beke, sans candidat rival
    • 2013 : Wouter Beke, sans candidat rival
    • 2016 : Wouter Beke, sans candidat rival
    • 2019 : Joachim Coens, contre six challengers, et une victoire étroite au deuxième tour contre Sammy Mahdi.
  • À l’exception de 2004, il n’y a jamais vraiment eu de « match ouvert » au CD&V avant 2019. Et plus exceptionnel encore : lors de la dernière élection, pour la première fois, il n’y a pas eu de candidat « du parti ». Vincent van Peteghem, l’actuel vice-premier ministre, l’était peut-être le plus, mais il n’a pas non plus reçu de soutien clair et ouvert de la part du sommet à l’époque, et a perdu de manière plutôt surprenante au premier tour.
  • Aujourd’hui, Coens ne reçoit aucun soutien ouvert de la part des ministres, pas même de ceux qu’il a lui-même choisis. Et beaucoup, d’autre part, soulignent que « si Mahdi le veut, c’est pour lui ». La question est de savoir s’il lâchera son poste attractif de secrétaire d’Etat à l’Asile et Migration.
  • Mais dans tous les cas, ce qui a été le plus entendu au sein de CD&V, également au Congrès est que « cela ne peut pas durer des mois ». Il y a donc de fortes chances qu’une décision soit prise avant l’été.

Pendant ce temps au MR : vite, éteindre la polémique.

  • Les conséquences politiques du débat entre Georges-Louis Bouchez et l’extrême droite, au nord du pays, ont connu une issue ce week-end. Le MR a tué dans l’oeuf toute polémique en rédigeant un communiqué dès le samedi pour éviter davantage de nuisance. La veille, un communiqué conjoint d’Ecolo, du PS, de DéFI et des Engagés, demandait une réponse claire de la part des libéraux: le MR et son président allaient-ils respecter les engagements pris, en ne débattant plus avec l’extrême droite ?
  • La réponse fut oui, le MR a réaffirmé « son engagement à respecter, sans aucune exception, l’ensemble des dispositions adoptées dans les chartes de la démocratie et le code de bonne conduite entre partis démocratiques ». Signés en 1999 et confirmés en 2002, ces textes visent à instaurer un cordon sanitaire politique autour des idées d’extrême droite.
  • Un désaveu pour Georges-Louis Bouchez ? Plutôt la nouvelle démonstration d’une certaine fracture au sein du MR, avec notamment les sorties de Jean-Luc Crucke et Sabine Laruelle dans la presse, qui ont condamné un tel débat avec le Vlaams Belang.
  • D’autres ténors comme Pierre-Yves Jeholet et Willy Borsus ont surtout voulu éteindre l’incendie. « Quand on voit deux partis de la majorité signer la tribune avec un troisième qui n’en fait pas partie [Les Engagés], cela doit nous servir de signal », explique une source libérale au Soir.
  • Ce n’est pas la première fois que la place du MR dans la majorité est remise en cause en Wallonie et en Fédération Wallonie-Bruxelles, Les Engagés pourraient très bien venir combler le vide si on leur demandait. Mais plus que le MR, c’est son président et ses méthodes qui énervent les autres partis.
  • Rien de neuf toutefois. Le Montois, fidèle à lui-même, ne compte d’ailleurs pas se laisser dicter sa conduite par des menaces. La question est plutôt interne: GLB sera-t-il l’homme qui négociera les prochaines négociations gouvernementales en 2024, s’il est réélu en 2023 ? La question peut se poser pour celui qui tente d’affiner le programme de son parti et qui a pris beaucoup de place depuis son élection contre Denis Ducarme.
  • En attendant, Bouchez est venu livrer ses explications ce matin dans la matinale de Bel RTL: « Je me suis adapté aux règles des médias flamands. Je suis très présent dans les médias du nord du pays. Je rappelle que j’ai été invité par la télévision publique flamande, pas dans l’arrière-salle d’un café. »
  • Le Montois dit toutefois stop au débat avec l’extrême droite, il appuie « sur le bouton pause », mais veut revoir les textes: « Des engagements qui datent de plus de 20 ans, il faut les adapter à l’époque actuelle (…). J’ai entendu la polémique, on respectera ces textes. Mais on va les retravailler, on va en discuter. On va également en discuter avec les partis flamands, mais on ne peut pas travailler en 2022 avec des textes qui ont plus de 20 ans. À une époque où l’état du populisme et de l’extrémisme en Europe n’est pas du tout au même niveau qu’il l’était il y a 20 ans. »
  • Sur ce point d’ailleurs, le président du PS, Paul Magnette, lui aussi invité sur Bel RTL, est d’accord avec le libéral: « On va retravailler sur ces textes, car c’est vrai qu’ils ont vingt ans, et qu’entre temps il y a beaucoup de choses qui ont changé, et les réseaux sociaux sont apparus. »
  • Mais pour Magnette, il faut maintenir le cordon sanitaire: « En Flandre, on a banalisé l’extrême droite, ils sont premiers dans les sondages. En France, on a banalisé l’extrême droite, ils sont au 2e tour avec presque un Français sur deux. Les médias ont encore une fonction de légitimité (…). Bouchez a commis une faute. Son parti l’a reconnu puisqu’il a dit qu’il n’y aurait plus ce type de débat. »
  • Étendre le cordon sanitaire au PTB, comme l’a suggéré Mathieu Michel (MR), secrétaire d’État à la Numérisation, et insinué Bouchez ? « Non, le PTB, ce n’est pas la même chose, c’est une manière [pour Georges-Louis Bouchez] de noyer le poisson. C’est un parti certes démagogique, et je serais le premier à m’en plaindre avec le Parti socialiste, mais on ne peut pas dire que ce soit un parti raciste et xénophobe qui menace la démocratie », répond le président socialiste.
  • Même son de cloche chez François Desmet (DéFI) ou chez Ecolo: le PTB ne sera pas inclus dans le cordon sanitaire. À près de 20%, boycotter le PTB serait sans doute contre-productif et poserait des problèmes démocratiques. Du coup, on se demande bien en quoi le texte va être « réadapté » ?
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