La fuite des cerveaux cachée de l’Italie: l’exode qui inquiète Mateo Renzi

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Des données, publiées le 27 février dernier par le service de sécurité sociale britannique, révèlent que plus de 44.000 Italiens se sont inscrits l’année dernière à la sécurité sociale du Royaume Uni, et y ont obtenu un numéro d’identification (NINo, pour National Insurance Number) pour pouvoir travailler au Royaume-Uni. C’est 66% de plus qu’un an plus tôt, selon les chiffres du ministère de l’Intérieur, et 3 fois plus que les chiffres officiels italiens, selon lesquels 16.000 Italiens ont émigré au Royaume Uni.

Beaucoup de ces migrants ne veulent pas perdre les droits qu’ils ont acquis en Italie, notamment leurs droits à l’assurance maladie, et ne s’inscrivent pas sur le registre des Italiens vivant à l’étranger, l’AIRE, ce qui explique cette discordance des chiffres. 

Selon les chiffres du journal italien La Repubblica publiés vendredi, l’Italie comptait plus de 3,3 millions de chômeurs à la fin du mois de janvier, soit 8,6% de plus que l’année dernière. Le taux de chômage des jeunes s’établit désormais à environ 42%.

Plus de 80% des personnes qui ont obtenu un NINo l’année dernière étaient âgés de moins de 34 ans.  42% avaient même moins de 24 ans. Avant le déclenchement de la crise, ces chiffres tournaient autour de 30%.

Cette diaspora italienne constitue une grande menace pour le pays, et elle est bien plus importante que ces chiffres ne le laissent à penser. Le Royaume-Uni n’est en effet que la cinquième destination des Italiens candidats à l’émigration, après l’Allemagne, la Suisse, la France et la Belgique.

Le nouveau premier ministre, Matteo Renzi, a promis des mesures radicales pour stimuler le marché du travail, moderniser le système éducatif et simplifier l’administration publique, mais on ne sait pas encore comment il pourra les mettre en œuvre.

La proportion des personnages âgées de plus de 65 ans en Italie est la troisième plus importante du monde après celles du Japon et de l’Allemagne, ce qui signifie que, comme ces pays, l’Italie connaît un très grave problème de vieillissement de sa population. En outre, la proportion de citoyens italiens qui ont atteint le niveau d’éducation le plus élevé est la seconde plus faible de tous les pays de l’OCDE, après la Turquie.

L’exode massif de ces jeunes éduqués est donc une catastrophe pour le pays, et il est comparable à celui de l’élite intellectuelle espagnole. En effet, au cours des quatre dernières années, plus de 40.000 scientifiques espagnols ont émigré dans d’autres pays tels que le Royaume-Uni, l’Allemagne et la Suisse, mais aussi en Amérique latine. Les analystes craignent que cette fuite des cerveaux espagnols aura bien plus de conséquences pour le pays que le départ des immigrants peu qualifiés.

« Cela peut sembler brutal de le dire ainsi, mais je suis moins préoccupé par le départ de deux millions de travailleurs peu qualifiés que par le départ de 20.000 entrepreneurs et scientifiques», a expliqué Antonio Cabrales, un Espagnol qui enseigne l’économie à l’University College de Londres, au Financial Times. « Il y a assez de travailleurs sans qualification à travers le monde. Mais les gens avec des idées et les entrepreneurs ont d’autres options », ajoute-t-il. Il redoute le creusement de la base scientifique que le pays a mis tant de difficulté à développer au cours des dernières décennies.

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