La chute du gouvernement flamand se rapproche après des positions irréconciliables : le président du CD&V se montre intraitable

Comment maintenir le gouvernement flamand en place ? Après une nuit de sommeil, les ministres se retrouvent pour reparler de la même chose : l’indexation des allocations familiales. Seulement, les positions n’ont pas changé, bien au contraire. Alors que le ministre-président flamand, Jan Jambon (N-VA), n’a pas fait de sortie médiatique, le président de CD&V, Sammy Mahdi, a déboulé dans les studios de télévision, pour « tracer une ligne rouge » et déclarer « que les principes comptent ». « Mahdi’s march of the folly« , c’est ainsi qu’on appelle son attitude ailleurs dans la coalition : Mahdi ne laisse aucune marge de manœuvre à ses ministres pour faire des compromis, jouant ainsi avec le feu. On court vers la fin du gouvernement. Ce n’est d’ailleurs pas inconsidéré : ce week-end déjà, des scénarios circulaient au sein du cd&v sur un éventuel retrait du gouvernement. Cela ne serait même pas si mal pour Mahdi : deux dossiers particulièrement délicats, Ventilus et le dossier de l’azote, doivent être tranchés et penchent inévitablement en défaveur du CD&V « Qu’ils partent seulement ! », réagit la N-VA.

Dans l’actualité : « Non, un départ du CD&V du gouvernement flamand n’aidera pas les familles flamandes », affirme Mahdi sur VTM.

Les détails : Dans le même temps, il ne baisse pas la barre d’un millimètre dans ses positions sur les allocations familiales, traçant « une ligne rouge ». Ainsi, la chute devient très proche.

  • « Le CD&V a précisément réduit les allocations familiales, pour se battre ensuite pour leur augmentation. » C’est un ancien président de parti cynique, John Crombez (Vooruit), qui a commenté l’ensemble du spectacle entourant le gouvernement flamand.
  • Le fait est que l’empressement avec lequel le président du CD&V, Sammy Mahdi, s’est précipité dans les studios, hier, et a également fait circuler un mail à ses tous ses partisans, n’atténue en rien l’atmosphère de crise autour de Jambon I, le gouvernement flamand. Au contraire.
    • « Il y a des moments qui sont tellement fondamentaux qu’il faut tracer une ligne rouge », a fait valoir Madhi.
    • « Le CD&V est souvent considéré comme le parti qui va plier ou baisser son pantalon à la fin. Mais mon parti a des principes ainsi qu’une attitude pragmatique », a-t-il assuré.
    • « Nous pouvons faire les deux : investir dans les allocations sociales, ainsi que veiller à ce que la large classe moyenne soit également aidée. Il existe des ressources pour cela. »
    • « Qualifier nos demandes de « clientélistes » est une mauvaise compréhension du défi que les parents doivent relever chaque jour pour continuer à offrir un foyer chaleureux à leurs enfants », a-t-il écrit à ses partisans dans son mail.
    • « Nous ne sommes pas à la table des négociations pour marquer des symboles, mais pour leur arracher un maximum d’aide concrète. »
  • Cette attitude de Mahdi marque sans aucun doute des points auprès du camp orange, où certains sont depuis longtemps agacés par le rôle de second plan du parti, dans l’ombre de la grande N-VA. Peu de voix dissidentes au sein du groupe parlementaire flamand : tout le monde se range derrière le chef de parti.

L’essentiel : le gouvernement flamand vacille donc vraiment.

  • Aujourd’hui, cette position offensive du président du CD&V est à haut risque : il ne reste aucune marge de compromis, dans les trois jours qui restent avant que la déclaration de septembre, reportée, ne doive être présentée ce jeudi.
  • « La marche de la folie de Mahdi », c’est ainsi que l’attitude du président du CD&V a été qualifiée parmi les partenaires de la coalition : un choix obstiné qui va à l’encontre de leurs propres intérêts fondamentaux, et alors que des choix alternatifs existent. « C’est contraire à leur ADN politique », conclut l’un d’eux. Avec une fin sanglante, on le craint.
  • Car personne au sein et autour du gouvernement flamand ne voit actuellement comment trouver un compromis, face à une telle position tranchée. Et il est hors de question pour la N-VA et le ministre-président Jan Jambon de se plier aux exigences du CD&V, après la profonde humiliation que Mahdi leur a infligée lorsqu’il a laissé « Sterke Jan« , dans toute son impuissance, se rendre au Parlement flamand pour une « marche de la honte ».
  • Même du côté de l’Open Vld, la ligne a été fixée en substance, au bureau du parti, hier, et elle est répétée aujourd’hui : l’indexation complète des allocations familiales n’est « tout simplement pas une option ». En d’autres termes, on ne va pas céder, juste parce que Mahdi s’est arrêté devant les studios de télévision. D’autant plus que la N-VA et l’Open Vld ne comprennent pas que leurs partenaires de coalition ne veuillent pas concentrer les ressources précisément sur ceux qui en ont vraiment besoin.
  • Des blessures profondes ont été infligées. Tant à la N-VA qu’à l’Open Vld, ils insistent sur le fait qu’à un moment donné, le duo ministériel des chrétiens-démocrates, Benjamin Dalle et Jo Brouns, s’est mis d’accord, avant d’être ostensiblement rattrapé par le président de leur propre parti. Une prise d’otage qui a laissé tout le monde perplexe, et qui a finalement laissé un Jambon furieux.
  • Un son de cloche différent se fait entendre chez les chrétiens-démocrates : « Ce n’est pas vrai, nous n’avons jamais été d’accord », entend-on dans l’entourage d’un ministre cd&v. Ils y affirment que « ce dossier était sur la table depuis quatre mois, tout le monde a eu le temps de se rendre compte de son importance pour nous ».
  • L’accusation de mauvaise gestion du temps pointe en direction de Jambon, qui a été mis sous pression à plusieurs reprises ces dernières semaines pour accélérer sa déclaration de septembre. Jambon a rejeté ces appels, qui ont pourtant été formulées de manière très tranchante par les partenaires de la coalition, mais aussi dans ses propres rangs.
  • Cette crise renforce une fois de plus l’image d’un Jambon qui n’est plus « Sterke Jan ». Plusieurs fois déjà, des collègues du parti ont suggéré de remplacer Jambon, par le passé. Ce n’est plus le cas aujourd’hui : même à la N-VA, on fait désormais bloc derrière le leader, « qui a tout fait pour trouver un compromis ». Mais en même temps, l’odeur de l’échec s’accroche fortement à Jambon. D’autant plus qu’il n’y a pas de solution évidente pour sortir de cette crise.

La vue d’ensemble : Peut-être que le CD&V cherche plus qu’une crisette ?

  • Dans les couloirs du Parlement flamand, hier, une autre lecture, beaucoup plus sombre, a résonné au sein de la majorité : le président du CD&V a été rebaptisé « Sammy Sabotage ». Le sentiment prévaut que le Vilvoordien a délibérément poussé à un conflit, un clash, où il veut repousser les limites de ce que cette coalition peut encore lui offrir.
  • Car déjà au cours du week-end, des projets beaucoup plus avancés circulaient dans les cabinets du cd&v : et si on en arrivait à ce que le CD&V quitte carrément le gouvernement ? Cela semble contre-intuitif pour un parti qui semble si attaché au pouvoir, mais cette idée est bien vivante parmi les démocrates-chrétiens : l’opposition comme alternative.
  • Après tout, deux dossiers très délicats se profilent pour l’automne.
    • Tout d’abord, Ventilus, la ligne à haute tension de Flandre occidentale, pour laquelle personne n’a besoin d’une boule de cristal pour savoir ce qu’il en sera : la ligne sera installée en surface, et non en sous-terrain, comme le voulait le CD&V. Le problème est que Mahdi a fait des pieds et des mains dans ce dossier. Ce sera donc délicat, une fois le résultat tombé.
    • Et en plus, il y a le dossier de l’azote, et par extension toute la question du fumier. Mahdi s’est montré véhément sur cette question, allant même jusqu’à enfiler une salopette pour aller tourner une séquence dans la maison d’un éleveur de porcs, juste pour saisir la vive protestation des agriculteurs et du syndicat des agriculteurs. Le CD&V a également un nouveau ministre de l’Agriculture en la personne de Jo Brouns, après que Hilde Crevits (CD&V) a négocié un accord sur l’azote au sein du gouvernement flamand au printemps, à la grande colère de ses partisans agriculteurs. Il sera là encore extrêmement difficile de revenir en arrière sur le plan politique, malgré toutes les protestations (légales).
  • Pour Mahdi, le scénario d’un retrait du gouvernement flamand présente certainement l’avantage de pouvoir faire le ménage dans le parti, et de ne plus avoir affaire à un ministre flamand qu’il n’a pas choisi. Par le passé, la vice-première ministre Hilde Crevits (CD&V) a toujours pesé comme une ombre sur le président du parti : elle reste de loin la membre du CD&V la plus populaire.
  • Dans sa communication d’hier, Mahdi a insisté sur le fait « qu’une famille flamande moyenne ne sera pas aidée si le CD&V quitte le gouvernement flamand », afin de contrer quelque peu cette rumeur.
  • À la N-VA, ils ne sont pas impressionnés par cette menace, si elle existe, de quitter le gouvernement. « Qu’ils partent seulement ! », dit-on à la N-VA.
  • Et pourtant. L’effondrement du gouvernement ne rendrait les choses plus faciles, pour personne.
  • Mathématiquement, une coalition alternative reste extrêmement difficile : sans le CD&V, l’Open Vld et la N-VA devraient aller chercher Vooruit ou Groen pour une majorité de 63 sièges sur 124, mais ils n’auraient pas cette majorité sur les compétences régionales. Donc techniquement, le gouvernement deviendrait minoritaire sur certains dossiers.
  • Politiquement, c’est un scénario utopique, précisément parce que Vooruit ou Groen devraient alors plier. Or, ils ont tous les deux tiré sur la coalition, et sur Jambon. Il est impossible qu’il puisse encore se diriger vers une telle coalition alternative. Aucun des deux partis ne se voit donc entrer dans l’arène.
  • En même temps, toute cette crisette rappelle l’attitude de Kris Peeters (CD&V) au sein de la coalition suédoise. Le vice-premier ministre des chrétiens-démocrates s’est heurté de plein fouet au Premier ministre Charles Michel (MR) lors des discussions sur le budget 2016 et a même quitté la salle à un moment donné, empêchant Michel de se rendre dans l’hémicycle pour son discours de politique générale. Par la suite, le CD&V a payé en espèces cette relation dégradée avec le Premier ministre, sur à peu près tous les dossiers : rien ne leur a été accordé par le Seize. Ce sort menace bientôt également Brouns, Dalle et Crevits, si le CD&V venait à rester.
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