La BCE en panique? Sa communication est critiquée de tous bords: « pas de message cohérent », « elle regarde par la fenêtre »

L’inflation continue d’augmenter, et tous les regards sont tournés vers la BCE. Va-t-elle durcir sa politique monétaire? La semaine dernière Lagarde semblait l’indiquer, mais cette semaine, elle a changé son discours à nouveau… à quoi joue-t-elle? Des observateurs pensent que la présidente de la BCE est en panique, d’autres estiment qu’elle n’a aucune vision à long terme et ne réagit qu’après-coup, pour ne facher aucun des deux camps.

La Banque centrale européenne est-elle en panique? Habituellement, c’est le mot le plus éloigné des qualificatifs la concernant, la Banque centrale étant supposée représenter la stabilité. Mais deux observateurs de premier plan le pensent, rapporte l’agence Reuters.

L’annonce d’une possibile hausse des taux d’intérêt, la semaine dernière, a eu un impact sur les marchés. Elle était quelque peu surprenante, car Lagarde a toujours semblé fermement opposée à une hausse des taux, en maintenant que l’inflation n’était que temporaire. Les investisseurs l’ont pris au pied de la lettre, et les principaux indices ont donc subi par la suite de légères secousses.

« On passe de la patience à la panique »

« Il ne peut y avoir qu’une seule conclusion : la mission de communication a échoué. On passe de la patience à la panique », critique ainsi Carsten Brzeski, économiste chez ING. Il pense notamment à l’ancien président de la BCE, l’actuel premier ministre italien Mario Draghi : « Si vous comparez cela à l’ère Draghi, il est extrêmement difficile pour le marché de savoir qui écouter ».

La confiance des investisseurs en la communication de la BCE est un élément précieux, notamment pour gérer les évaluations des marchés.

Lagarde souhaite garder un consensus entre les différents responsables de la BCE. Mais elle est confrontée à une minorité qui veut adopter une position forte immédiatement, et réduire les mesures de relance dès la réunion de ce jeudi, indiquent des sources à Reuters.

« Lagarde a paniqué, et a également adopté un discours plus dur, pour éviter un retour aux désaccords publics de l’ère Draghi (en particulier en Allemagne) », analyse le conseiller économique en chef d’UniCredit Erik F. Nielsen. « Si l’institution est dirigée par quelqu’un qui oscille entre les deux camps, il est difficile de donner un message cohérent. »

Hausse des taux d’intérêt?

Selon des analystes, une ou plusieurs hausses devraient bien avoir lieu en 2022, et la BCE devrait également arrêter son programme de rachat d’obligations. Le taux de dépôt de la BCE est actuellement de -0,5%, et les marchés monétaires s’attendent à ce qu’il remonte à 0 avant décembre.

Mais devant le Parlement européen, lundi, Christine Lagarde a fait quelque peu marche arrière, en indiquant qu’il n’y avait pas de signes qu’un « resserrement durable » était nécessaire. Pour l’économiste Paul Donovan, d’UBS Global Wealth Management, il s’agit d’un retour en arrière qui manque d’expertise.

Ce manque de communication claire a ses effets sur le marché des obligations. La Grèce et l’Italie notamment voient les taux d’intérêt sur les obligations à dix ans augmenter, alors qu’ils ont besoin des rachats de la BCE pour garder une balance positive, pour bien naviguer à travers la crise sanitaire. Ils ont augmenté respectivement de 1,8 à 2,5% et de 1,4 à 1,8%, en l’espace de quelques jours. Les primes de risque ont également augmenté, contrairement aux obligations allemandes, réputées comme les plus sûres et souvent prises comme référence pour évaluer les risques des autres.

« Regarder par la fenêtre »

Une dernière et rare critique est encore lancée par Vitor Constancio, ancien vice-président de la BCE : « Les banques centrales doivent être tournées vers l’avenir et doivent donc utiliser des modèles et des projections, en ajoutant, bien sûr, une part de jugement. Mais regarder par la fenêtre, mesurer la température, et décider, est une très mauvaise stratégie pour la politique monétaire ».

Il fait ainsi référence au discours plus dur choisi par Lagarde, suite à deux mois consécutifs de forts taux d’inflation. Selon lui, la BCE manque ainsi de vision à long terme et d’esprit d’appréhension.

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