Joe Biden va reconnaître le génocide arménien lors d’une déclaration historique: la Turquie montre les crocs

Rencontre entre Erdogan et Biden en 2016, lorsque ce dernier était le vice-président des USA. (Kayhan Ozer/Presidential Press Service, Pool via AP, File)

Jusqu’à présent, aucun président américain n’a qualifié les massacres d’Arméniens perpétrés par l’Empire ottoman lors de la Première guerre mondiale de génocide. Joe Biden pourrait bien devenir le premier de l’Histoire. La Turquie a déjà prévenu que cela aura des conséquences.

D’après plusieurs médias américains bien informés (le New York Times et CNN, notamment), Joe Biden s’apprête à reconnaître le génocide arménien ce samedi 24 avril. Un acte qu’il devrait accomplir en ce jour de commémoration du massacre d’environ 1,5 million d’Arméniens par l’Empire ottoman, entre 1915 et 1923. La Maison Blanche n’a pas confirmé l’information, sa porte-parole Jen Psaki se contentant d’indiquer que l’administration ‘en dira davantage le jour de la commémoration’.

Mis au parfum de cette probable intervention du président américain, le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, a réagi. ‘Les déclarations qui n’ont aucune valeur juridique contraignante n’auront aucun avantage, mais elles nuiront aux liens’, a-t-il prévenu, lors d’une interview accordée au média Haberturk.

Depuis Jimmy Carter, tous les présidents américains ont fait des déclarations publiques pour commémorer les atrocités commises à l’encontre des Arméniens pendant la Première guerre mondiale, sans toutefois qualifier ces massacres de génocide.

Aucun de ses prédécesseurs n’a osé

Biden avait promis durant la campagne électorale qu’il reconnaîtrait le génocide arménien s’il devenait président. Par le passé, Barack Obama avait émis pareille promesse. Pourtant, lors de ses huit années de présidence, il avait fini par toujours éviter de prononcer ce mot. Les aléas de la diplomatie de l’époque l’avaient mené à ne pas franchir le cap, la Turquie étant notamment un important allié dans la lutte contre l’État islamique.

Durant son mandat, Donald Trump avait lui aussi refusé d’utiliser le terme génocide. À plusieurs reprises, il avait même demandé à ses alliés républicains de bloquer une résolution du sénat reconnaissant le génocide arménien. La proposition, lancée par le démocrate Bob Menendez, avait finalement été adoptée en décembre 2019. Une décision historique qui avait mis Ankara en colère. ‘Le comportement de certains membres du Congrès américain nuit aux relations turco-américaines […] La résolution américaine qui est passée aujourd’hui au Sénat met en péril l’avenir de nos relations bilatérales’, avait déclaré le directeur de la communication de la présidence turque Fahrettin Altun. 

Trump avait préféré désigner ce massacre comme ‘l’une des pires atrocités de masse du XXe siècle’, évitant le terme ‘génocide’ pour ne pas s’attirer les foudres de Recep Tayyip Erdoğan. Durant le mandat du président républicain, les relations américano-turques n’ont malgré tout pas été au beau fixe. Elles ont notamment été endommagées par l’achat par la Turquie d’un système de défense antimissiles tusse ainsi que par des violations présumées des droits de l’homme par les forces soutenues par la Turquie en Syrie. En décembre dernier, l’administration Trump avait d’ailleurs lancé des sanctions – toutefois considérées comme assez faibles – à l’égard de la Turquie, alors que Trump avait qualifié Erdogan d’‘ami’ un an plus tôt.

Depuis son entrée en fonction, Biden n’a pas encore discuté avec son homologue turc. Durant la campagne électorale, une interview vidéo tournée en décembre 2019 avait provoqué un tollé en Turquie. Le futur président américain avait qualifié Erdogan d’‘autocrate’, critiqué la politique turque envers les Kurdes et appelé à soutenir l’opposition. Plus récemment, le président turc a qualifié de ‘vraiment inacceptables’ les propos incendiaires tenus par Biden au sujet de Vladimir Poutine.

Le premier échange entre Biden et Erdogan devrait justement avoir lieu ce jeudi, durant un sommet sur le climat organisé par les États-Unis. Une quarantaine de leaders mondiaux y sont conviés, dont le président turc.

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