Investir en pleine panique boursière en 9 questions

(EPA-EFE/BIANCA DE MARCHI)

Est-ce une bonne idée d’investir en pleine crise du coronavirus et de perturbations des marchés pétroliers ? Cela dépend de votre goût pour le risque et de votre horizon temporel. Mais une chose est sûre: le livret d’épargne sera l’option privilégiée par beaucoup.

1. Toutes vos actions doivent-elles être vendues?

Les gestionnaires d’actifs trouvent généralement que c’est une mauvaise idée. Appuyer sur le bouton de vente dans la panique boursière en tant que particulier n’est pas souvent conseillé. Si une action subit un coup dur en raison d’une baisse générale du marché, il vaut mieux rester sur place et attendre la fin de la crise. D’un autre côté, l’avenir est actuellement si trouble que personne n’ose vraiment exclure de nouvelles baisses de prix.

La décision de retrait dépend de deux facteurs personnels: votre sens du risque et la durée pendant laquelle vous envisagez d’investir dans l’action. En tout cas, le krach boursier prouve une fois de plus que c’est toujours une mauvaise idée d’investir avec l’argent dont vous avez besoin à court terme.

2. Y aura-t-il une remontée rapide vers les précédents niveaux de la bourse?

C’est presque impossible, surtout en ce qui concerne les récents niveaux records des marchés américains. Avant la crise du coronavirus, plusieurs indicateurs suggéraient déjà qu’une correction boursière était imminente. Les marchés boursiers américains ont été en hausse continue pendant environ 11 ans, le plus long boom de l’histoire financière. Donc, même l’épidémie, il y aurait peut-être eu une correction.

3. Combien de temps durera ce mauvais climat boursier?

La plupart des analystes financiers s’attendaient initialement à une crise relativement courte. Mais l’optimisme relatif a viré au pessimisme pour beaucoup après les évolutions dramatiques de la situation en Italie, troisième économie de la zone euro. La situation là-bas n’avait pas encore intégré au cours des actions.

Cependant, la goutte de trop du cocktail actuel est la chute spectaculaire des prix du pétrole. Aucun modèle financier n’en avait tenu compte.

En raison de l’imprévisibilité exceptionnelle de plusieurs facteurs déterminants – et de la réaction des gouvernements et des banques centrales – un climat boursier avec de fortes fluctuations est un scénario probable.

4. De quoi dépend une reprise durable des marchés boursiers?

Le monde financier est rivé sur trois questions cruciales. La première est d’ordre purement médical : le coronavirus  va-t-il se propager encore davantage? La deuxième question est son impact macroéconomique. Il est maintenant presque certain que l’Italie fera face à une année de récession. Il n’est pas exclu que le reste de la zone euro soit entraîné.

La troisième question porte sur les conséquences structurelles pour les chaînes d’approvisionnement dans le monde. De plus en plus d’entreprises reconnaissent que ce n’était pas une si bonne idée d’être aussi dépendantes de la Chine, l’usine du monde. Mais un approvisionnement plus local entraînera des coûts plus élevés.

5. Y a-t-il de bonnes affaires à faire?

C’est une stratégie risquée qui ne convient qu’aux audacieux au long cours. Mais deux arguments jouent en leur faveur: avec une punition linéaire de toutes les actions, il est probable que certaines actions individuelles seront sous-évaluées (et pourront donc plus facilement remonter). Deuxièmement: à chaque ordre de vente réussi, il y a un acheteur de l’autre côté qui trouve une opportunité dans le cours actuel. Alors pourquoi pas vous ?

D’un autre côté, rien n’est plus difficile que de prédire le plancher d’une action. « N’attrapez jamais un couteau qui tombe », est un adage bien connu dans le milieu de la finance. Il est plus prudent d’attendre que le taux montre les premiers signes de reprise. « Vous pourriez passer à côté des 10 à 15% de la reprise, mais c’est mieux que de se tromper complètement dans son investissement », explique Stephen Schwarzman, directeur général du géant de l’investissement Blackstone.

6. Les obligations et autres produits à revenu fixe sont-ils une option?

La valeur des obligations existantes augmente, car elles sont plus intéressantes que les futures obligations à taux d’intérêt plus bas. Cela offre un certain confort aux investisseurs dans les fonds obligataires et les fonds mixtes (en partie actions, en partie obligations).

Cependant, en raison des taux d’intérêt ultras bas, la question est de savoir si une entrée dans de nouveaux produits à revenu fixe vaut la peine. Bien que le retour soit garanti, votre argent sera également fixe et pour longtemps.

7. L’or ou le bitcoin sont-ils une option?

L’or est traditionnellement une valeur  refuge en cas de turbulences financières. Curieusement, cela ne s’est pas avéré être le cas lundi. Le prix de l’or avait grimpé à 1.690 $ l’once la semaine dernière, le plus haut niveau depuis 2013. Beaucoup s’attendaient à ce que l’or poursuive son ascension lundi pour dépasser 1.700 $, mais cela n’est pas arrivé. Après quelques heures de tergiversation, le taux était encore plus bas que vendredi.

Le bitcoin perd également en panache comme valeur refuge. Pourtant, les amateurs de cryptomonnaies en font la promotion comme une alternative crédible au système financier traditionnel. Mais à l’heure où on se parle, il semble que la monnaie virtuelle plonge comme les autres.

8. Que reste-t-il alors?

Peut-être que ne rien faire et simplement faire reposer votre argent sur un compte d’épargne est actuellement la meilleure option. La perte de valeur est limitée, car le ralentissement général de la croissance et les bas prix du pétrole vont freiner le niveau général des prix. Il n’y a donc pratiquement aucun risque de perte de valeur importante due à l’inflation. Et sur les titres à revenu fixe, la trésorerie présente l’avantage d’une disponibilité immédiate, ce qui la rend prête pour les opportunités futures.

Le livret d’épargne belge, doté d’un régime fiscal favorable, indique pour le moment le montant astronomique de plus de 280 milliards d’euros. Avec les turbulences financières actuelles, il y a de fortes chances que l’argent y reste, malgré les faibles intérêts d’épargne.

9. Peut-on espérer des intérêts plus élevés sur l’épargne?

Moins que jamais. L’intérêt est de 0,11% sur le minimum légal. Avant l’éclatement de la crise du coronavirus, certaines banques belges poussaient déjà à abaisser ce minimum, car un taux d’intérêt nul correspond davantage à la réalité économique. Dans le même temps, les banques centrales du monde entier baissent davantage leurs taux directeurs, le lobbying pour un taux d’intérêt d’épargne plus faible en Belgique ne diminuera pas.

Pour les épargnants belges, il n’y a rien d’autre à faire que de se réjouir de ces maigres revenus annuels de 0,11% et d’espérer une meilleure situation financière à l’avenir.

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