« Investir dans les cryptomonnaies est contraire à l’éthique »

Voici ce que conclut l’analyse menée par deux professeurs d’économie américains pour « combler le fossé flagrant sur la question » dans la littérature académique.

« Le premier article académique du genre », revendiquent Michael Conklin et Ruben Ceballos, tous deux professeurs d’économie et de finance à l’Angelo State University. En préambule de leur contribution à paraître dans la FSU Business Review, ils promettent ainsi une analyse éthique approfondie de l’investissement en cryptomonnaies selon l’approche utilitariste classique.

Il s’agit d’une méthode pour tenter d’objectiver l’examen de la nature éthique des choses, en considérant une action « bonne » s’il en résulte « le plus grand intérêt pour le plus grand nombre de personnes ». Ce qui n’empêchera manifestement pas les auteurs d’adopter une position subjective et moralisatrice à l’égard de cette industrie crypto pesant des milliers de milliards de dollars.

« Les opinions à propos de l’éthique de l’investissement dans les cryptomonnaies sont aussi diverses que les avis sur la rentabilité future de ces mêmes placements », remettent en contexte Conklin et Ceballos.

Pour en donner un exemple radical, les auteurs citent d’un côté les partisans qui prêtent au bitcoin et autres monnaies numériques des vertus salvatrices dans les pays du tiers-monde (en offrant à la population une alternative monétaire en-dehors de régimes oppressants).

Ils ne manquent pas ensuite de remémorer la punchline du Prix Nobel d’économie de 2008, Paul Krugman, qui très tôt avait condamné la volatilité, l’inefficacité comme moyen de paiement et le danger que cela représentait pour les banques centrales dans une tribune du New York Times intitulée Bitcoin est le Diable.

À géométrie variable

En une vingtaine de pages, Conklin et Ceballos passent alors les cryptomonnaies au crible de l’investissement éthique en abordant les considérations habituelles quant à l’impact environnemental, le soutien des transactions illégales, l’accaparement de fonds qui pourraient être destinés à des placements « plus productifs », la responsabilité sociale, etc. Autant d’éléments qui les poussent à conclure que « comparées aux traditionnelles actions et obligations d’entreprises, les cryptomonnaies sont un investissement contraire à l’éthique ».

Ils concèdent que l’investissement éthique renvoie à une « variété de philosophies », certaines conceptions reposant sur le boycott de tout ce qui touche au tabac, à l’alcool, aux armements, au nucléaire, tandis que d’autres s’appuient sur la promotion de la diversité, de l’émancipation de la communauté, de solutions respectant l’environnement.

« Certaines données suggèrent que les entreprises qui se concentrent sur les principes visés par l’investissement éthique ont historiquement surperformé celles qui ne le font pas », estiment bon de souligner les auteurs, évoquant les résultats d’une approche intégrée de l’investissement ESG. Tout en devant concéder que les principes ESG demeurent « si vagues » que des entreprises cotées pourraient être exclues ou incluses selon l’application des critères. S’ensuit pourtant un apparent plaidoyer à charge contre les cryptomonnaies.

Polluantes, criminelles, antisociales…

Sur l’aspect écologique, les auteurs arrivent ainsi à minimiser l’impact d’un ExxonMobil, l’une des plus grandes sociétés pétrolières et gazières internationales cotée, face aux « dommages environnementaux causés par le minage de Bitcoin ». Car arrêter la production de BTC n’entraînerait pas, elle, « l’arrêt des transports aériens, des générateurs de secours, du chauffage et de la climatisation à grande échelle ».

Sur l’aspect criminel, Conklin et Ceballos énumèrent comme autant de clichés le rôle majeur du bitcoin dans la crise des opioïdes aux Etats-Unis, « en facilitant largement l’achat de fentanyl depuis des labos chinois », dans l’épidémie de ransomwares, dans le commerce sur le dark web, sans insister sur les contre arguments que les auteurs jugent « simplement pas assez solides » pour se défendre des accusations.

Sur l’aspect utilitariste, les deux professeurs de l’université texane se montrent moins subjectifs et plus logiques. Ils déplorent le fait que « l’argent investi dans une cryptomonnaie ne puisse pas simultanément être investi dans des actions ou des obligations ». Autrement dit, l’un des effets négatifs des bitcoins et autres jetons digitaux est celui des vases communicants: « toute chose constante par ailleurs, augementer l’investissement dans les cryptomonnaies diminuent les autres investissements ».

En théorie, il est vrai que lorsque les gens investissent dans des actions et des obligations, les entreprises sont en mesure de s’engager dans de nombreuses activités favorables.

« L’augmentation des investissements peut permettre à une entreprise d’embaucher plus de travailleurs, ce qui produit de nombreux effets positifs sur la société, tels que l’augmentation de la base imposable, la diminution de la dépendance à l’égard de l’aide sociale, l’amélioration de la qualité de vie, réduisant le risque d’activités criminelles », rappellent les auteurs.

Toutes ces vertus ne se retrouvent pas dans l’investissement en cryptomonnaies, extrapolent-ils alors. La décentralisation du réseau Bitcoin ferait que la structure n’emploie pas directement des travailleurs et ne résulterait pas dans la création de nouveaux produits.

Pire que mieux

Sur le plan de la responsabilité d’entreprise, Conklin et Ceballos abordent ensuite le cas des entreprises classiques qui ont décelé « le potentiel de rendements phénoménaux en investissant dans les cryptomonnaies » telles que Tesla, Square et MicroStrategy. Ils estiment que ces sociétés, qui ont investi sans détour quelque 4 milliards de dollars dans le bitcoin, sont bien trop petites pour en tirer d’éventuelles conclusions. Mais ils trouvent intéressant de ne pas les retrouver dans le classement 2021 des « entreprises les plus éthiques du monde« .

Les auteurs semblent vouloir se dédouaner moralement en offrant un petit paragraphe d’une dizaine de lignes seulement au thème « En faveur de l’investissement crypto ». Mais, même s’ils avouent le sujet tellement dépendant de l’appréciations personnelle des coûts et bénéfices », Michael Conklin et Ruben Ceballos ne peuvent qu’en arriver à la conclusion que placer de l’argent dans les cryptomonnaies n’est pas éthique.

« La seule problématique environnementale pourrait suffire à atteindre cette conclusion », insistent-ils. « Bien qu’il y ait certainement des aspects positifs à l’investissement en cryptomonnaies, les aspects négatifs l’emportent de loin. Oui, dans des cas extrêmes, les crypto-monnaies pourraient servir aux dissidents politiques en évitant la confiscation de leur argent. Mais cela ne s’appliquerait que dans des scénarios très limités ».

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