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Plus personne ne doute du scénario de la stagflation : voici ce qu’en disent les plus grands experts

Plus personne ne doute du scénario de la stagflation : voici ce qu’en disent les plus grands experts
El-Erian, Roubini & Hanke – Getty Images

L’économie américaine pourrait être rassurée par la dernière tendance de l’inflation et celle de la croissance et de l’emploi. Mais selon ces experts, elle ne serait pas sortie d’affaire de sitôt : la stagflation l’attend au tournant.

Pourquoi est-ce important ?

Les Etats-Unis sont la première puissance économique mondiale. Une récession ou une stagflation auront aussi des répercussions ailleurs. La stagflation est aussi le scénario privilégié en Europe.

Les faits : deux tendances importantes.

  • D’un côté, jeudi dernier, les États-Unis ont publié le taux d’inflation que le pays a connu au mois d’octobre : 7,7%, en glissement annuel. C’est moins que les 8,2% constatés en septembre, et moins que les estimations. Pour d’aucuns, c’est le signe que le pic d’inflation est bien dépassé outre-Atlantique.
  • D’un autre côté, il y a le chiffre de la croissance. Au premier et au deuxième trimestre, le PIB s’est légèrement contracté, mais au troisième, il a rebondi de 2,6%. Le marché du travail tient aussi le coup : en octobre, 261.000 emplois sont venus s’ajouter, ce qui est plus que prévu. Le taux de chômage, avec 3,7%, est toujours très bas.
  • Les Etats-Unis pourraient alors être amenés à penser que le pire est derrière eux, que l’inflation est vaincue et que le PIB repart à la hausse, évitant ainsi la récession.

Mais : les experts restent circonspects. Ces économistes de renom, relayés par Markets Insider, s’alarment sur les risques de stagflation : un cauchemar économique où se mêlent croissance lente, taux d’emploi qui baisse et inflation que les banques centrales ne parviennent plus à baisser.

Mohammed El-Erian, économiste en chef pour Allianz et doyen du Queen’s College de Cambridge.

  • Pour El-Erian, les États-Unis sont en route vers la stagflation. La croissance lente de cette année et l’inflation la plus élevée connue en quarante ans en seraient la preuve. La Fed n’a pas immédiatement réagi à l’inflation (qui a dépassé le seuil de 2% il y a plus de 20 mois), et doit maintenant sortir les armes lourdes pour essayer de la freiner. Ce qui peut avoir des impacts négatifs sur la croissance. Mais la Fed ne peut que continuer à augmenter les taux, selon l’expert.
  • « Je ne pense pas qu’ils puissent s’arrêter maintenant. Parce que leur crédibilité est tellement entamée que s’ils devaient s’arrêter maintenant, les gens diraient immédiatement : ‘C’est la Réserve fédérale des années 1970. C’est la Fed qui fait des volte-face incessantes, et nous aurons une stagflation prolongée », s’exprimait-il en octobre. « Je vous dirais que les conséquences de cela sont pires que les conséquences de la poursuite de la Fed ».

Nouriel Roubini, connu sous le nom de « Dr Doom » pour avoir anticipé la crise de 2008, professeur d’économie à la New York University.

  • Roubini avertit d’une crise stagflationniste de la dette, provoquée par une inflation élevée et une dette élevée (la dette américaine vient de dépasser 31.000 milliards de dollars). Cette crise serait un mélange de l’effondrement financier de 2008 et de la stagflation des années 70.
  • Cela aura un impact sur la bourse : en cas de ralentissement légér, le S&P 500 chuterait de 10%, et en cas de ralentissement plus sévère, l’indice phare baisserait jusque 2.700 points, soit une chute de plus de 30%, en plus des déconvenues de cette année. Les obligations et autres dettes s’effondreraient également. Une baisse qui est susceptible de continuer pendant des années. « Nous pourrions nous rapprocher d’une période comme celle que nous avons connue entre 1973 et 1982, où les stocks ont chuté et sont restés très, très bas pendant une longue période… Nous pourrions connaître un krach à long terme », prévient-il.

Steve Hanke, professeur d’économie à l’université John Hopkins.

  • Pour Steve Hanke, l’inflation élevée et les chances de récession sont un signal d’alarme. Dans ce contexte, la Fed peut très rapidement pousser l’économie dans la stagflation, l’année prochaine. Il note encore un autre signe important de ralentissement : l’argent en circulation est en baisse, c’est-à-dire que les consommateurs américains ont moins de cash et mettent moins d’argent sur leurs comptes épargne. L’argent épargné lors de la pandémie, vue comme une résistance face au ralentissement à venir, est aussi parti en fumée.
  • « À cause de la mauvaise gestion monétaire de la Fed, la monnaie au sens large aux États-Unis s’est contractée de 1,1% au cours des 7 derniers mois », explique-t-il. « Avec cette contraction, une récession est à portée de main. En 2023, nous verrons une inflation persistante et une récession : une stagflation ».

Les prévisions

Par leurs déclarations, les 3 économistes rejoignent les dernières prévisions du FMI, qui voit l’inflation persister en 2023, la croissance mondiale ralentir, avec le risque d’une crise de la dette alimentée par la hausse des taux d’intérêt.

En Europe, la Commission européenne voit une récession poindre le bout de son nez au 4e trimestre et une croissance très faible en 2023. L’inflation devrait rester haute l’année prochaine avec une moyenne de 6,1%. Soit le scénario d’une stagflation.

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