Le « momentum » derrière l’hydrogène vert continue de croître, mais le déploiement trop lent des incitations financières et les pressions sur les coûts pourraient retarder les projets à long terme, selon un nouveau rapport de l’AIE.
L’AIE : il est temps que les gouvernements saisissent le plein potentiel de l’hydrogène vert

Pourquoi est-ce important ?
L'adoption d'hydrogène à faibles émissions reste limitée alors que cette source d'énergie pourrait jouer un rôle essentiel dans la lutte contre le changement climatique. Il se distingue de l'hydrogène gris par sa fabrication, créé à partir de sources d'énergies renouvelables, et non des énergies fossiles. Il permet ainsi de décarboner des secteurs industriels difficilement électrifiables et offre une solution pour gérer l'intermittence des énergies renouvelables. Il est de plus intégrable à l'infrastructure existante et est associé à la capture de CO2.L’essentiel : Le nombre de projets d’hydrogène à faibles émissions produit à partir de l’électrolyse ne cesse de croître, relève l’Agence internationale de l’énergie (AIE).
- De 700 MW fin 2022, la capacité des électrolyseurs pour la production d’hydrogène pourrait atteindre 2.000 MW (2 GW) d’ici fin 2023, soit l’équivalent de 2 centrales nucléaires. Mais ce n’est que le début.
- Et si tous les projets annoncés se réalisent, y compris ceux qui sont au tout début de leur développement, un total de 420 GW pourrait être atteint d’ici à 2030 (+75 % par rapport à l’évaluation de 2022 de l’AIE). L’Europe a ici une carte à jouer, puisqu’elle pourrait accueillir un tiers de cette capacité.

Et pourtant : la part de l’hydrogène vert ne représente que 0,6% dans la demande totale d’hydrogène.
- Or la production de l’hydrogène non « vert » étant extrêmement énergivore, son aspect écologique perd tout son sens. En 2022, la production totale d’hydrogène a ainsi libéré environ 900 millions de tonnes de CO2 (900 Mt) dans l’atmosphère. Soit l’équivalent des émissions annuelles du secteur de l’aviation ou de 529 centrales à charbon de taillle moyenne.
- Notons par ailleurs que l’hydrogène, qu’il soit vert ou gris, n’est pas sans risques pour la planète. Les fuites d’hydrogène seraient ainsi 200 fois plus néfastes pour le climat que le CO2, selon le professeur Steven Hamburg, l’un des principaux auteurs des rapports du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat).
Défis économiques
En marge : L’hydrogène vert fait face à un long chemin semé d’embûches pour réaliser son plein potentiel, et des progrès encore trop lents.
- Selon l’AIE, les gouvernements font encore trop peu pour favoriser les projets dans l’hydrogène vert. Le manque de subventions n’incite pas les développeurs à casser leurs propres tirelires.
- À cela s’ajoutent l’inflation et les coûts d’emprunt plus élevés à cause de la hausse des taux d’intérêt, qui augmentent donc les coûts pour les développeurs.
- Le coût d’installation des électrolyseurs a aussi considérablement augmenté ces dernières années en raison de la hausse des coûts des matériaux et de la main-d’œuvre (+9% par rapport à 2021, mais jusqu’à +40% en Europe).
- De plus, les délais entre les annonces politiques en faveur de l’hydrogène vert et leur mise en œuvre pratique ralentissent.
Une occasion manquée : Au-delà des avantages purement écologiques, l’hydrogène vert peut stimuler les économies nationales en créant de nouvelles chaînes d’approvisionnement, note l’AIE.
- Le rapport de l’AIE suggère ici plusieurs mesures pour réduire les risques et améliorer la viabilité économique de l’hydrogène à faibles émissions créé à partir de l’électrolyse :
- La mise en place de davantage de mécanismes de soutien : L’investissement dans les électrolyseurs augmente rapidement, mais nécessiterait une croissance annuelle de 70% jusqu’en 2030 pour être en phase avec le scénario de « zéro émission nette » en 2050.
- La stimulation de la demande : en 2022, les gouvernements ont annoncé ou mis en place autant de politiques pour stimuler la demande qu’en 2021.
- L’adoption de normes et réglementations communes à l’international : sans une meilleure coordination des règles et des certifications, les échanges d’hydrogène vert se limiteront probablement à des accords bilatéraux, ce qui freinerait la mise en place d’un marché mondial.