Entre économie d’énergie et matraquage publicitaire, comment l’éclairage public de demain va transformer nos villes

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Lorsqu’on imagine les villes du futur, les technologies d’éclairage public ne sont pas nécessairement l’élément qui suscite le plus d’intérêt. Pourtant, ces nouveautés vont pouvoir réellement changer le visage de nos rues. Et dans très peu de temps.

‘Les lampadaires deviennent l’épine dorsale des grandes villes intelligentes’. Cela va peut-être vous étonner, mais c’est pourtant l’affirmation d’un récent rapport du Northeast Group, une société d’information sur le marché des infrastructure intelligentes.

La première révolution, déjà en cours, concerne le remplacement des ampoules traditionnelles par des luminaires LED. C’est notamment le cas en Belgique. L’été dernier, ORES a indiqué avoir installé plus de 70.000 lampadaires LED en Wallonie. D’ici 2030, l’objectif est d’en avoir placé 455.000. Une solution avantageuse tant sur le plan financier qu’écologique. En dix ans, le projet devrait permettre d’économiser 65% d’énergie.

Au cours de la prochaine décennie, dans les grandes villes du monde, l’éclairage public sera composé à 90% de luminaires LED, affirme le Northeast Group. Et 35% d’entre eux seront ‘intelligents’, ce qui constitue la seconde révolution en la matière.

Qu’est-ce qu’un lampadaire intelligent?

Équipés de capteurs, les lampadaires intelligents peuvent s’allumer et s’éteindre en fonction des circonstances. Pour Intel, premier fabricant mondial de semi-conducteurs, ces luminaires pourront bientôt diligenter à peu près tout ce qui se passe sur les routes. Parmi les principaux projets en cours, on retrouve ceux-ci:

  • S’allumer ou s’éteindre afin de désigner les places de parking libres.
  • Réguler la circulation.
  • Guider les personnes en situation d’urgence pour les diriger vers les zones d’évacuation.
  • Surveiller la qualité de l’air.
  • Prédire des conditions météorologiques extrêmes, comme de violents orages.

‘La vision ici est d’augmenter l’infrastructure existante via le cloud afin de permettre aux données et aux fonctionnalités supplémentaires de circuler à travers quelque chose qui était jusqu’ici un actif stupide’, a expliqué Martin Stephenson, responsable des systèmes et services pour l’Amérique du Nord chez Signify, un important fournisseur d’éclairage connecté, à Axios.

Polémiques

A priori, les luminaires LED connectés ont tout pour plaire. Économiques, écologiques, pratiques et utiles à la sécurité routière, ils ont de multiples argument à faire valoir. Mais, comme souvent, cette nouvelle technologie a aussi un côté moins réjouissant. Qui lui vaut déjà des critiques, notamment aux États-Unis, où certaines villes ont déjà massivement investi dans ces lampadaires intelligents.

À San Diego, un groupe d’activistes a déjà mené des actions afin de lutter contre la mise en place de cette technologie dans leur ville. En effet, la police locale s’était servi de ces lampadaires connectés en tant que caméras de surveillance.

Les autres griefs émis par leurs détracteurs ont trait au fait que ces luminaires intelligents deviendront bientôt l’objet de toutes les convoitises commerciales. Ainsi, des entreprises commencent à acheter des espaces de ces lampadaires pour y afficher de la publicité. Ce qui n’est pas pour déplaire aux édiles locaux, qui y voient une méthode pour que cette technologie rapporte encore plus d’argent.

L’inverse pourrait également se produire. Les villes, propriétaires de ces lampadaires connectés, peuvent collecter bon nombre de données sur ce qu’il se passe dans leurs rues. Et ensuite les revendre aux entreprises intéressées.

En bref, comme c’est le cas à chaque fois, pour profiter des avantages de cette invention sans devoir en subir ses inconvénients, il faudra une réglementation stricte et ciblée. Ce qui ne sera sans doute pas une mince affaire.