La course à l’intelligence artificielle s’est accélérée ces derniers mois, suite au lancement public de ChatGPT. Jamais le domaine n’a été aussi populaire, poussant les entreprises à s’y lancer les yeux fermés, quitte à faire des erreurs. Certains s’inquiètent d’ailleurs de la frénésie engendrée par l’IA.
L’actualité : l’excentrique Elon Musk met en garde contre le risque que représente l’IA pour l’humanité.
- « Il existe un risque que l’IA avancée élimine ou limite la croissance de l’humanité », a-t-il affirmé lors du Sommet des PDG du Wall Street Journal. Il s’est dit préoccupé par un scénario « non bénin » lié à l’hyperprogrès de l’IA.
- « Je ne pense pas que l’IA essaiera de détruire toute l’humanité, mais elle pourrait nous placer sous un contrôle strict », a-t-il poursuivi. Musk a tout de même concédé qu’il y avait « une chance non nulle que [l’IA] devienne complètement ‘Terminator' », en référence aux robots mortels des films éponymes de James Cameron.
- Pour le PDG de Twitter, le risque des progrès de l’IA repose essentiellement sur le fait qu’elle pourrait prendre le contrôle de toutes les formes de technologie (puissance de calcul, armes, etc.) sous le prétexte d’assurer « la sécurité de tous les humains ». L’intelligence artificielle se transformerait ainsi en une « super nounou » de l’humanité. Une vision qui rappelle étrangement le scénario du film i,Robot.
Ne pas fuir devant « l’ennemi »
Bien qu’Elon Musk s’inquiète de l’hyperprogrès du développement de l’IA, l’homme est partie prenante du problème puisqu’il a révélé être engagé dans la course à l’intelligence artificielle.
- Musk veut en effet concurrencer à Microsoft et son moteur de recherche boosté à l’IA, Bing, ainsi qu’à Google et Bard.
- « Il devrait y avoir un troisième cheval important dans la course », a-t-il insisté, ajoutant qu’il en aurait « plus à ce sujet bientôt ». Une allusion à ses propres projets ? Sans doute. L’homme cherche en effet à imiter la relation de Microsoft avec OpenAI avec sa propre startup d’intelligence artificielle, X.AI, en l’associant à ses autres sociétés, notamment Twitter et Tesla.
- Mais pour y arriver, le PDG aura besoin de fonds importants. Elon Musk estime que 250 millions de dollars de serveurs seraient nécessaires pour gagner la course à l’IA, sur base uniquement de la puissance de calcul.
- Au-delà du capital, il a déclaré que trois autres exigences sont le talent, la puissance de calcul et les données. Quelle que soit l’entreprise qui possède les trois, elle gagnera, selon lui.
Les pompiers-pyromanes
Signataire d’une lettre ouverte appelant à une pause dans le développement des systèmes d’IA les plus avancés, Elon Musk estime qu’il est plus que temps d’agir. Une vision partagée par les dirigeants d’OpenAI.
- Ils ont appelé à ce qu’un équivalent de l’Agence internationale de l’énergie atomique soit mis en place pour encadrer les IA superintelligentes, afin de protéger l’humanité du risque qu’une forme d’intelligence capable de la détruire ne voie le jour.
- Les cofondateurs Greg Brockman et Ilya Sutskever et le directeur général, Sam Altman, ont demandé, dans une note publiée sur le site de l’entreprise, qu’un régulateur international soit mis en place pour « inspecter les systèmes, exiger des audits, tester la conformité des normes de sécurité, imposer des restrictions sur les degrés de déploiement et les niveaux de sécurité », afin de réduire le « risque existentiel » que ces systèmes pourraient poser.
- Ils en ont également fait la demande devant le Congrès américain.
« Il est concevable qu’au cours des 10 prochaines années, les systèmes d’IA dépasseront le niveau de compétence des experts dans la plupart des domaines et réaliseront autant d’activités productives que l’une des plus grandes entreprises d’aujourd’hui. En termes d’avantages et d’inconvénients potentiels, la superintelligence sera plus puissante que les autres technologies auxquelles l’humanité a dû faire face dans le passé. Nous pouvons avoir un avenir considérablement plus prospère ; mais nous devons gérer le risque pour y arriver. Compte tenu de la possibilité d’un risque existentiel, nous ne pouvons pas simplement être réactifs.
ont écrit les dirigeants d’OpenAI sur leur site.
- À plus court terme, ils préconisent une certaine coordination entre les entreprises actives dans l’IA, afin que leur modèle s’intègre dans la société de manière sécurisée.
La réglementation : l’Europe toujours un coup d’avance
Ils ne sont pas les seuls à demander à ce qu’une réglementation soit mise place pour encadrer le développement de l’intelligence artificielle. Outre Musk et OpenAI, Google lui-même appelle à réguler le secteur.
- Comme souvent en matière de réglementation, l’Europe est déjà sur le pont. Le mois dernier, l’organisme européen de protection de la vie privée a créé un groupe de travail sur ChatGPT et, plus largement, sur les utilisations de l’IA générative. Et ce, même si L’Europe ne comprend pas encore tout à fait l’étendue de cette technologie.
- Poser un cadre avant qu’une nouvelle technologie se soit pleinement développée, c’est la force de l’Union européenne, bien que cela puisse parfois lui jouer des tours. Ce fut notamment le cas avec MiCA, pour les cryptomonnaies.
- De leur côté, les États-Unis s’inquiètent également de la course à l’intelligence artificielle et de ce qu’elle pourrait amener dans les années à venir.
- Mais de là à voir un cadre réglementaire voir le jour, on en est loin. Washington est plutôt du genre à hausser publiquement le ton, sans pour autant concrétiser ses menaces.