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Le déficit budgétaire de la Russie crève le plafond, mais les sanctions occidentales ne viendront pas à bout de son économie aussi facilement : voici pourquoi

Le déficit budgétaire de la Russie crève le plafond, mais les sanctions occidentales ne viendront pas à bout de son économie aussi facilement : voici pourquoi
Le président russe Vladimir Poutine. (Photo by Contributor/Getty Images)

Les sanctions occidentales qui font suite à l’invasion de la Russie en Ukraine pèsent lourd sur l’économie russe, mais cette dernière se montre bien plus résiliente que prévu, notamment en raison des subventions accordées par le gouvernement de Vladimir Poutine aux entreprises nationales.

Pourquoi est-ce important ?

Épuisée par sa propre invasion de l'Ukraine il y a un an, l'économie russe accusait en janvier un déficit budgétaire record de 1.800 milliards de roubles, soit 22,5 milliards d'euros. Les prochains mois seront cruciaux pour déterminer comment le pays s'en sort face à de nouvelles sanctions occidentales... et pour déterminer combien de temps il peut encore investir dans son offensive militaire mondialement décriée.

Zoom : Derrière les apparences, l’économie russe semble résister aux vagues de sanctions qui la frappent pour sa guerre en Ukraine.

Derrière les chiffres : L’économie russe se montre étonnamment résiliente compte tenu de la situation.

  • Le ministère russe des Finances et la Banque centrale russe maintiennent que ces chiffres sont conformes à leurs prévisions.
  • Selon Chris Weafer, CEO du bureau de consultance Macro Advisory, basé à Moscou, plusieurs circonstances exceptionnelles et subtilités comptables expliquent en partie l’ampleur du déficit de janvier.
  • Le ministère russe des Finances affirme notamment que la forte baisse des recettes fiscales s’explique par les modifications du régime fiscal entrées en vigueur début janvier. Les entreprises, qui payaient auparavant leurs impôts deux fois par mois, effectuent désormais un paiement unique le 28e jour de chaque mois.

Démêler le vrai du faux

Christopher Granville, directeur général de la recherche politique mondiale chez TS Lombard, a relevé d’autres facteurs qui faussent les chiffres les plus récents du déficit budgétaire.

  • Premièrement, il s’agit de la première estimation du déficit depuis l’entrée en vigueur, le 5 décembre, de l’embargo européen sur les importations de brut russe.
  • Le prix réel du brut russe a donc chuté, atteignant en moyenne 46,8 dollars par baril entre la mi-décembre et la mi-janvier, selon le ministère russe des Finances. C’est sur cette base fiscale que repose une grande partie des recettes budgétaires fédérales de janvier liées au pétrole et au gaz. Ces dernières ont également souffert de la diminution des recettes exceptionnelles générées au quatrième trimestre par une augmentation de l’impôt sur les redevances du gaz naturel.
  • Le ministère des Finances a par ailleurs signalé des paiements anticipés massifs pour les marchés publics en janvier, qui ont totalisé cinq fois le montant de janvier 2022. « Bien qu’ils ne disent pas de quoi il s’agit, la réponse est parfaitement évidente : un prépaiement au complexe militaro-industriel pour la production d’armes de guerre« , explique Christopher Granville à CNBC.

Important : les sanctions occidentales ne viendront pas à bout de l’économie russe aussi facilement.

  • La composition particulière de l’économie russe – notamment la part importante du PIB générée par les entreprises d’État – est l’une des principales raisons pour lesquelles l’économie intérieure russe et l’effort de guerre semblent, du moins à première vue, relativement peu affectés par les sanctions, selon Chris Weafer.
  • « En période de difficultés, l’État est en mesure d’injecter de l’argent dans les secteurs publics, de créer une stabilité et des subventions et de maintenir ces industries et ces services en activité », explicite-t-il.
  • Cette capacité du gouvernement à subventionner des industries clés dans le secteur public a permis de maintenir le chômage à un faible niveau, tandis que les marchés commerciaux parallèles avec des pays comme l’Inde et la Turquie ont permis aux citoyens russes de ne pas encore subir de répercussions importantes sur leur mode de vie.
  • « Je pense que cela dépend de plus en plus de l’argent que le gouvernement a à dépenser. S’il a suffisamment d’argent à dépenser pour fournir des aides sociales et des aides aux industries clés, cette situation peut durer très, très longtemps », ajoute le CEO de Macro Advisory.

Une confirmation ? Selon le FMI, la Russie devrait connaître une faible croissance économique (+0,3 %) cette année malgré les sanctions occidentales. Puis, en 2024, la croissance russe (+2,3 %) devrait être supérieure à celle de la zone euro (+1,6 %).

Érosion lente de l’économie russe

En savoir plus : Selon l’auteure Agathe Demarais, les conséquences les plus importantes à long terme des sanctions occidentales seront l’accès restreint de la Russie aux technologies.

  • En réalité, l’objectif des sanctions n’est pas l’effondrement pur et simple de l’économie russe, mais une « érosion lente et progressive » de la capacité de la Russie à faire la guerre en Ukraine au niveau financier et technologique.
  • « Le fossé technologique, ces secteurs de l’économie qui dépendent de l’accès à la technologie occidentale, ou de l’expertise occidentale dans de nombreux domaines, vont certainement se dégrader et le fossé entre la Russie et le reste du monde va se creuser« , prédit à ce sujet Chris Weafer.
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