Crise climatique: ‘Un écart croissant entre rhétorique et réalité’

Le lancement de nouveaux projets d’extraction de pétrole et de gaz doit être immédiatement arrêté. Si le monde veut devenir neutre sur le plan climatique d’ici le milieu du siècle, il ne faut pas non plus construire de nouvelles centrales au charbon pour la production d’électricité. C’est ce qu’indique un rapport de l’Agence internationale de l’énergie. D’autre part, toujours selon l’AIE, les investissements annuels dans les énergies renouvelables devraient passer de 2.000 milliards de dollars actuellement à 5.000 milliards de dollars.

Fatih Birol, le patron de l’Agence internationale de l’énergie, souligne que les investissements dans la durabilité ne constitueront pas un fardeau économique – comme certains le prétendent – mais créeront au contraire un bénéfice net.

Rhétorique

‘Si les gouvernements prennent la crise climatique au sérieux, alors les nouveaux investissements dans le pétrole, le gaz et le charbon sont désormais impossibles’, a expliqué M. Birol. ‘De plus en plus de pays font des déclarations sur le zéro émission, mais je constate un écart croissant entre cette rhétorique et la réalité. Peu de gouvernements prévoient d’arrêter l’exploration des combustibles fossiles dans un avenir proche.’

L’agence de l’énergie avait prévenu le mois dernier que les émissions de gaz à effet de serre risquaient d’atteindre des niveaux particulièrement élevés cette année encore. Et cela à cause de la résurgence de la production de charbon due à la relance économique qui a suivi les confinements causés par la pandémie de covid-19.

Le rapport montre que les mesures visant à instaurer une économie durable permettraient de créer plus de 3 millions de nouveaux emplois dans le monde et d’accélérer la croissance du produit intérieur brut mondial de 0,4 point de pourcentage par an.

Fatih Birol a reconnu que cinq millions d’emplois pourraient être perdus dans les mines de charbon et un certain nombre d’autres secteurs, mais il a souligné que les gouvernements pouvaient faire beaucoup pour faciliter cette transition vers une nouvelle économie.

Une grande partie de cette transformation, toujours selon M. Birol, pourrait être accomplie avec des technologies déjà disponibles. L’envoyé américain pour le climat, John Kerry, avait récemment suggéré de compter sur le développement de nouvelles technologies pour éliminer les émissions de gaz à effet de serre d’ici le milieu du siècle. D’autres, comme Bill Gates, ont fait des déclarations similaires.

Étapes importantes

Toutefois, certains experts du climat craignent que l’on ne compte trop sur les technologies du futur pour sauver le monde d’un chaos climatique. Selon eux, il ne faut pas attendre et une action immédiate est nécessaire.

‘Le climat réagit aux émissions cumulées plutôt qu’à la situation actuelle’, expliquent-ils. ‘Si l’on attend ces technologies futures, il risque d’être trop tard pour agir sur le changement climatique.’

L’Agence internationale de l’énergie a proposé un certain nombre d’étapes que les gouvernements devront franchir pour bâtir une économie durable. Elle indique notamment que les ventes de nouvelles voitures à carburant fossile devraient cesser au milieu de la prochaine décennie.

Et à la fin de cette même décennie, la production mondiale d’électricité devrait également être organisée de manière durable. Cependant, il faut également tenir compte de la croissance continue de la population mondiale. De plus, il existe encore bon nombre de communautés qui n’ont pas accès à l’électricité ou qui doivent préparer leurs repas sur des fourneaux aux émissions nocives.

Ces efforts coûteraient environ 40 milliards de dollars par an. Cela équivaut à 1% de l’investissement annuel mondial dans le secteur de l’énergie.

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