Les trois banques qui ont fait faillite aux États-Unis, ces dernières semaines, avaient toutes reçues une bonne note de KPMG, fin février, l’un des membres du Big Four de la consultance. Ces notes sont aujourd’hui cible de critiques : la firme d’audit n’aurait-elle pas pu et dû anticiper les faiblesses ?
Les faits : l’effondrement de trois banques aux États-Unis.
- Mi-mars : Silicon Valley Bank (SVB) et Signature sont fermées par les autorités. Entretemps, First Citizens a racheté les dépôts et prêts de SVB.
- Ce lundi : First Republic est reprise par la FDIC (fonds de garantie des dépôts américain), et vendue à JPMorgan dans la foulée.
- Ces effondrements, leurs raisons, et les coulisses des rachats ont déjà fait couler beaucoup d’encre. Mais de nouveaux éléments viennent s’ajouter à l’affaire et lient un peu plus les trois implosions : les trois banques étaient client chez un membre du Big Four.
Le dénominateur commun : KPMG
L’essentiel : négligence de la part du géant de la comptabilité et de l’audit ?
- La qualité de son travail est maintenant remis en cause, rapporte le Financial Times. À la fin février par exemple, le groupe avait rendu une notification de « bonne santé » aux finances des trois banques, soit peu avant l’effondrement des deux premières et du début de la fin pour la troisième.
- Les questions que se posent les experts portent sur l’indépendance de KPMG et de ses employés, par rapport aux banques passées au crible. Les CEO de Signature et de SVB, ou d’autres personnes haut placées, sont des anciens de KPMG, par exemple, et les délais entre deux fonctions sensibles en vigueur n’auraient pas toujours été respectés.
- Les questions reposent aussi sur leur capacité à reconnaître des signaux d’alarme et sur leur capacité à juger les finances des banques dans un contexte de hausse rapide des taux d’intérêts, résume le quotidien britannique.
« On ne peut pas attendre des auditeurs qu’ils sachent qu’une ruée sur les banques est imminente », explique l’ancienne auditrice et régulatrice devenue professeure à la North Carolina A&T State University, Kecia Williams Smith. « Mais ce qu’il faut se poser comme question, c’est si les auditeurs ont évalué les risques et s’ils ont appliqué les bonnes procédures d’audit. »
- Pour la SVB, les observateurs avaient par exemple noté un portefeuille d’obligations « curieux » : la banque avait placé beaucoup d’argent dans des obligations du Trésor américain avec des taux d’intérêt bas. Mais les taux ont continué à augmenter par la suite et les obligations ont perdu en valeur.
- Elle comptait les garder jusqu’à maturité pour toucher la somme et les intérêts, mais les rumeurs de vente à perte de ce portefeuille sont une des raisons (avec une annonce de levée de fonds) qui ont créé le bank run. Mais avait-elle vraiment « l’intention et la capacité » de garder ce portefeuille jusqu’à maturité, comme l’a indiqué KPMG ? C’est pour cette désignation que le groupe essuie aujourd’hui des critiques.
- Pour First Republic, un rapport récent de S&P Global montrait que la banque prêtait et investissait plus qu’elle n’avait de dépôts. Ce qui ferait froncer des sourcils certains observateurs, surtout dans un contexte de hausse des taux.
- Mais le principal intéressé se défend. « KPMG dispose depuis longtemps d’une pratique d’audit substantielle et dynamique dans le secteur des services financiers. Nous réalisons nos audits conformément aux normes professionnelles », répond-t-il au FT.
Zoom arrière : l’auditeur numéro 1 des banques américaines… de quoi faire craindre une crise plus large ?
- Parmi les Big Four, KPMG audite le plus de banques américaines (autant en chiffres absolus qu’en taille des actifs). De grands noms comme Wells Fargo et Citigroup ont signé chez la firme, tout comme une trentaine d’autres banques cotées en bourse. Mais aussi : la Réserve fédérale.
- « Cette affaire a des répercussions sur l’ensemble du secteur bancaire », continue Williams Smith. « Compte tenu de l’intérêt du public pour cette question, on peut s’attendre à un renforcement de la surveillance. »
- Le Public Company Accounting Oversight Board, régulateur en matière d’audit, va en effet être particulièrement attentif aux rapports de 2022. Il va notamment se poser la question si les banques auraient mieux dû communiquer sur les risques des liquidités et si les auditeurs avaient le bagage nécessaire pour juger les finances des banques, rapporte le FT.
Pointe de l’iceberg ?
Conclusion : Ainsi, on peut se poser la question de savoir si ces trois banques étaient des cas particuliers et si la crise restera limitée à leur effondrement, ou si elles n’étaient que le pointe d’un iceberg de finances délicates.
- Il y a un risque : les audits des Big Four comptent comme une garantie infaillible de la bonne santé d’une entreprise. Les marchés et le monde économique leur font confiance.
- Or, si les audits ne sont qu’un écran de fumée qui cachent des finances délicates, même involontairement, le système financier entier risquerait de s’effondrer. La crise de 2008 avait commencé comme ça, avec des notes de dettes bidons labellisés comme « triple A ».