Depuis environ trois semaines, le mot « crise bancaire » est sur toutes les lèvres. Avec les taux d’intérêt plus élevés, certaines banques sont mises sous pression. Mais cette pression est amplifiée par des spéculateurs qui misent sur la baisse des cours, voire l’effondrement complet de la banque – un véritable « braquage sans armes ». Ils récoltent une belle somme au passage. Dans le climat de crainte actuel, ces attaques pourraient se multiplier.
Dans l’actu : la crise bancaire et les rachats de banques en difficulté.
- L’effondrement de Silicon Valley Bank, prise de court par les hausses des taux d’intérêt, le 10 mars. Ce lundi, les dépôts et prêts des clients de SVB ont été rachetés par First Citizens Bank. Un paquet qui vaut 72 milliards de dollars, mais l’acheteur a pu profiter d’une remise de 16,5 milliards de dollars (-22%).
- Credit Suisse a été sauvé juste avant l’effondrement, le 19 mars. UBS a racheté la banque pour à peine trois milliards de francs suisses. Les détenteurs d’obligations ont tout perdu et les actionnaires ont reçu des actions d’UBS, mais bien moins que l’équivalent de leurs parts de CS.
- La semaine dernière, Deutsche Bank était dans la tourmente. Le prix des assurances contre le défaut d’une obligation (CDS, pour credit default swap) est soudainement parti à la hausse. L’action a plongé (avant de se calmer cette semaine).
Le hold-up moderne
L’essentiel : le casse du siècle ?
- Une réflexion intéressante de Marc Fiorentino, spécialiste de la bourse et animateur d’un podcast pour BFM Business, ce matin, dans sa newsletter. « Pas besoin d’armes pour braquer une grosse banque aujourd’hui. Les hedge funds, les fonds spéculatifs, l’ont compris. Il suffit de se mettre à plusieurs pour viser une banque, faire chuter son cours et ramasser la mise », écrit-il.
- La technique, c’est le short-selling. C’est-à-dire vendre une action (qu’on a empruntée) en pariant sur la baisse du cours (en la rachetant quand elle est au plus bas, pour empocher la différence). L’action doit être coordonnée entre plusieurs acteurs qui mettent de grosses sommes en jeu.
- Le combo parfait, c’est d’acheter en même temps les CDS de cette banque. Pour s’assurer contre le risque de faillite. Et le must, c’est d’utiliser cette technique contre une banque qui n’a pas la meilleure des réputations, comme c’était le cas pour Credit Suisse et même pour Deutsche Bank.
Résultat : la banque va vers l’effondrement. « Le cours baisse de plus de 10% car vous êtes plusieurs à vendre l’action. Le CDS s’envole car vous êtes plusieurs à l’acheter. Dès lors, les commentaires du type ‘Deutsche Bank sous pression’ se multiplient. Et les déposants, qui voient ces titres et qui voient l’action de leurs banques chuter, commencent à paniquer et à sortir leur argent », explique Fiorentino.
- Voilà qui mène à un cercle vicieux, jusqu’à l’effondrement d’une banque (comme pour SVB et Credit Suisse). Cette dernière est alors rachetée pour une bouchée de pain, comme indiqué plus haut.
- Les short-sellers ramassent le pactole, comme l’action ne vaut plus grand-chose. Les CDS, de l’autre côté, valent alors une « fortune ». La banque qui avale un concurrent fait également une affaire, et récolte souvent des fonds publics au passage.
- Même si la situation ne dérape pas autant, comme c’était le cas pour Deutsche Bank qui n’a vécu qu’une tempête passagère, les investisseurs peuvent tout de même récupérer une belle mise lorsque l’action baisse.
À l’avenir : faut-il s’attendre à de plus en plus de braquages de ce type ?
- L’expert estime que certaines de ces attaques étaient faites « sans raison particulière ». Sinon l’appât du gain. Mais celle contre SVB s’est par exemple faite, car il y avait des soucis de gestion.
- Bref, il faudrait s’attendre à de plus en plus d’attaques de ce genre. « Des attaques particulièrement faciles en ce moment car le contexte de hausses rapides de taux d’intérêt a créé une ambiance d’incertitude et amplifie les craintes, quelles qu’elles soient. Après la Deutsche Bank, je ne serais pas surpris qu’une banque italienne soit la cible d’un prochain hold-up », conclut Fiorentino.
- Les banques italiennes sont effectivement régulièrement au cœur de scandales, financiers ou autres. Elles sont, en plus, italiennes : c’est-à-dire qu’elles profitent de la réputation du pays et de ses obligations vues comme « instables ». À tel point qu’elles servent de mesurer le « spread » de la zone euro ; l’écart entre le taux de rendement de l’obligation allemande (la plus stable) et le taux italien (obligation la moins stable).
- Puis, un gouvernement populiste et d’extrême-droite va-t-il intervenir pour sauver le monde de la finance, souvent vu comme l’origine de tout mal par ces idéologies ? Voilà un risque pourrait aussi peser sur le marché, en cas d’attaque.