Le cri d’alarme du Japon : « Si rien n’est fait pour booster les naissances, le pays va disparaître »

Une proche conseillère du Premier ministre japonais tire la sonnette d’alarme sur le fléau de la baisse de la natalité au Japon, tandis que Fumio Kishida est sous le feu des critiques pour sa proposition visant à alléger la dette étudiante des personnes ayant un enfant.

Pourquoi est-ce important ?

Le Japon est confronté à un problème de baisse de natalité depuis plusieurs décennies. Le taux de natalité est en effet en constante diminution, atteignant son plus bas niveau en 2022 avec moins de 800.000 naissances, un chiffre en baisse de 5,1% sur un an. Ce déclin pose des défis importants pour l'avenir de la société et de l'économie japonaises, notamment en termes de financement des retraites et de soutien aux personnes âgées.

Dans l’actu : Masako Mori, conseillère du Premier ministre japonais Fumio Kishida, déclaré dans une interview rapportée par Bloomberg que « si nous continuons comme cela, le pays va disparaître ».

  • « La baisse n’est pas progressive, elle se dirige tout droit vers le bas« , a-t-elle ajouté. « Un plongeon signifie que les enfants qui naissent maintenant seront jetés dans une société qui se déforme, se rétrécit et perd sa capacité à fonctionner. »
  • Des conséquences catastrophiques : sans solution, le système de sécurité sociale s’effondrera, la force industrielle et économique déclinera et il n’y aura pas assez de recrues pour les forces d’autodéfense pour protéger le pays, a encore prédit Masako Mori.

Sous le radar : La baisse de la natalité au Japon a commencé dans les années 1970, mais elle s’est accentuée dans les années 1990 et se poursuit encore aujourd’hui.

  • Selon les chiffres du ministère de la Santé, le nombre de naissances est pour la première fois passé sous la barre des 800.000 nouveaux nés l’an dernier, pour une population de près de 124,6 millions d’habitants.
    • Le déclin s’accélère plus vite que prévu : en 2017, l’Institut national sur la population et la sécurité sociale avait prédit que les naissances ne passeraient pas sous le cap des 800.000 avant… 2033. Une avance de 10 ans, donc.
    • La population japonaise a baissé de 2,7% depuis 2008, lorsqu’elle comptait encore 128 millions d’habitants. Il s’agit d’une baisse de 0,43% depuis 2021.
  • En parallèle, le nombre de mariages n’a jamais été aussi bas depuis la Seconde Guerre mondiale

Alléger la dette étudiante contre un enfant

Face à cette diminution du nombre de naissances, le gouvernement japonais a mis en place plusieurs mesures pour encourager les citoyens à procréer, comme des aides financières pour les familles et des politiques de conciliation travail-famille, mais ces mesures n’ont pas encore suffi à inverser la tendance.

  • Pour enrayer ce déclin de la natalité, Fumio Kishida travaille à une série de propositions avec son gouvernement.
  • Parmi celles-ci, une en particulier fait scandale : alléger la dette étudiante des personnes ayant un enfant.
  • Les critiques n’ont pas tardé à fuser à Tokyo : « Il s’agit d’une politique qui exige un enfant en échange de la réduction des dettes de bourses, (c’est) une mauvaise mesure, sans précédent, pour lutter contre la faible natalité », a affirmé Noriko Ishigaki, membre de l’opposition, lors d’une session de la Chambre haute vendredi.
    • « Nous discutons de cela comme une extension du soutien à l’éducation des enfants, plutôt que comme une politique liée à la natalité », s’est défendu Masahiko Shibayama, le député du PLD (le parti de Fumio Kishida) dirigeant la commission travaillant sur ce dossier.

Une évolution de la société

Les raisons : Cette baisse drastique de la natalité depuis plusieurs décennies est complexe et provient de plusieurs facteurs :

  • Un vieillissement de la population : le Japon a une population vieillissante avec un taux de personnes âgées très élevé, ce qui limite le nombre de personnes en âge de procréer.
  • Une forte pression économique : le coût de la vie au Japon est très élevé, notamment pour les jeunes couples, dont la priorité est de trouver un travail stable et un logement convenable. Dans ce contexte délicat, accueillir un enfant demande un important sacrifice financier.
  • Une évolution des modes de vie : traditionnellement, on attend de la femme japonaise qu’elle arrête de travailler pour s’occuper de sa famille dès qu’elle a donné naissance. Mais la société a connu une évolution des mentalités, avec une augmentation du nombre de femmes souhaitant poursuivre leur carrière professionnelle.
    • À ce sujet, Masako Mori a critiqué la tendance à considérer le problème des naissances indépendamment de l’autonomisation (« empowerment« ) des femmes.
    • « L’autonomisation des femmes et les politiques de natalité sont les mêmes », a-t-elle ainsi déclaré. « Si vous traitez ces choses séparément, ce ne sera pas efficace ».
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