Contrer le SWIFT : la Russie et la Chine travaillent sur un système de paiement international alternatif

La Russie et la Chine travaillent activement ensemble à la disparition du dollar en tant que monnaie de réserve mondiale dominante. À cette fin, elles construisent, entre autres, leur propre version du SWIFT.

Outre la réduction de leurs propres stocks de devises étrangères telles que le dollar américain et l’accumulation d’or, les gouvernements russe et chinois travaillent également sur d’autres moyens de saper le puissant système financier américain. La destruction de ce système est donc une étape essentielle pour les ambitions du président chinois Xi Jinping et du président russe Vladimir Poutine.

Poutine veut restaurer une partie de la gloire de l’Union soviétique, notamment en termes de territoire, comme le montre son discours déjà historique de cette semaine qui a lancé la guerre en Ukraine. Les ambitions de Xi Jinping sont quelque peu différentes. Xi rêve, comme une grande partie de la population chinoise, de redonner à son pays millénaire son statut de leader mondial en matière de technologie et de culture, ainsi que son rang politique.

Pour ce faire, la Chine doit simplement attendre patiemment que son économie et son armée deviennent plus grandes et plus puissantes que celles des Américains. Taïwan, qui est maintenant souvent comparée à l’Ukraine, ne tombera probablement pas avec une invasion militaire. Le secteur des puces de l’île est trop précieux pour cela et l’île est trop bien défendue. Xi espère intégrer un jour l’île sur le plan diplomatique. Parce qu’à ce moment-là, les Taïwanais n’auraient d’autre choix que de céder à la Chine suprême, affirme le parti communiste.

Poutine n’a pas le privilège d’attendre. La Russie n’a pas la possibilité de se développer aussi rapidement que la Chine à l’avenir et semble obligée de répondre immédiatement à l’expansion de l’OTAN à sa périphérie.

Pour tous deux, cependant, il existe une épine claire dans le pied : la Society for Worldwide Interbank Financial Telecommunication, ou système de paiement SWIFT. Il s’agit d’un réseau hautement sécurisé (dont le siège est à La Hulpe, près de Bruxelles) qui relie des milliers d’institutions financières dans le monde et rend les paiements internationaux possibles.

Pour la Russie, il s’agit de l’un des seuls moyens par lesquels les États-Unis et leurs alliés peuvent vraiment lui nuire sérieusement à l’heure actuelle (et un moyen pour lequel la Russie pourrait être prête à risquer une guerre nucléaire). Pour la Chine, il s’agit d’un obstacle évident sur la voie de sa suprématie.

Il n’est donc pas surprenant que la Russie et la Chine travaillent assidument à l’élaboration de nouveaux systèmes de paiement internationaux : le système russe de transfert de messages financiers, ou SPFS, et le système chinois de paiement interbancaire transfrontalier, ou CIPS.

Une intégration du SPFS et du CIPS est envisagée

La Russie et la Chine ont décidé, il y a plusieurs années, de mettre en place des structures financières communes afin d’éviter les sanctions et les pressions économiques exercées par des tiers. L’une des principales bases d’un tel système a été posée en 2010, lorsque Poutine a annoncé que le commerce bilatéral entre la Russie et la Chine serait réglé en roubles et en yuans chinois, plutôt qu’en dollars américains.

Depuis 2014, la Russie a ensuite développé le SPFS, qui, en 2018, a déjà été utilisé par au moins 400 institutions financières (presque exclusivement russes). Jusqu’à présent, le système a des coûts de transaction plus élevés que SWIFT, ce qui constitue toujours un obstacle sérieux à une adoption généralisée.

En 2015, la Chine a lancé une première version de son système CIPS. Toutefois, ce système ne deviendrait pas une alternative complète à SWIFT. En effet, le CIPS ne traiterait pas les transferts d’argent, mais se contenterait d’envoyer des ordres de paiement. Plus tard dans l’année, les autorités chinoises ont également annoncé que le CIPS ne serait utilisé que pour les transactions commerciales transfrontalières avec le Renminbi, et non pour les transactions liées au capital.

Enfin, le CIPS a été partiellement relié au SWIFT en 2016. Un accord a été signé donnant un consentement mutuel pour utiliser SWIFT comme canal de communication pour connecter le CIPS avec les institutions utilisant SWIFT.

Toutefois, il a récemment été question d’intégrer le SPFS russe et le CIPS chinois. Les deux systèmes seraient prêts à être reliés, créant ainsi un écosystème financier russo-chinois indépendant. Toutefois, il reste à décider si le rouble ou le yuan chinois sera utilisé comme monnaie, ce qui pourrait donner lieu à d’âpres discussions (qui pourraient se terminer en faveur de la Chine).

Une sanction occidentale qui retire la Russie du SWIFT pourrait bien accélérer le développement du SPFS et du CIPS, ce qui pourrait aussi être l’une des raisons pour lesquelles certains membres de l’OTAN sont plutôt réticents à imposer cette punition économique ultime à Poutine.

La plupart des transactions entre la Russie et la Chine passent encore par le SWIFT

Li Xin, directeur du Centre d’études sur la Russie et l’Asie centrale de l’Institut d’études internationales de Shanghai, a déclaré en janvier au site d’information pro-russe Russia Briefing que l’intégration du SPFS et du CIPS sera une étape logique si la Russie est exclue du système SWIFT et risque de devenir un paria économique.

« C’est pourquoi la Chine et la Russie doivent construire leurs propres systèmes de transfert d’informations financières ; pour se protéger de l’isolement par les États-Unis », a déclaré M. Li.

L’universitaire chinois a toutefois indiqué que la plupart des transactions entre la Chine et la Russie sont toujours effectuées par le biais de SWIFT et du dollar américain. Cela signifie qu’une sanction liée à SWIFT nuirait encore à l’économie russe à court terme.

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