« Cela ne peut pas être une coïncidence », soupirent plusieurs sources au sommet de Vooruit. Car au moment où trois plaintes contre Conner Rousseau ont été classées sans suite, et où le président du parti socialiste flamand lançait une grande offensive médiatique, voilà qu’une nouvelle enquête judiciaire est ouverte contre lui. Cette fois-ci pour « racisme et xénophobie ». La cause semble être une soirée trop arrosée dans sa ville natale de Saint-Nicolas, où il aurait tenu des propos sévères à l’égard de la police concernant les Roms. Chez Vooruit, on riposte : « Une partie de la presse est de toute façon contre lui », déclare un haut responsable. De plus, on souligne que « le PV des agents concernés n’a été établi que 10 jours après les faits, sur ordre de la hiérarchie ». « Dans les sondages, Conner est en tête à Saint-Nicolas, devant le bourgmestre Lieven Dehandschutter, le patron de la police ici », note-t-on subtilement. En même temps, des membres expérimentés du parti détournent quelque peu le regard : « Son langage direct est sa marque de fabrique. Mais il va devoir apprendre à modérer son langage de temps en temps. » Après la précédente série de plaintes, c’est en tout cas une nouvelle controverse autour du jeune président. King Connah promet en tout cas de ne plus boire d’alcool jusqu’aux élections.
L’actualité : Une nouvelle enquête judiciaire sur le président de Vooruit.
Les détails : Lors d’un incident avec la police à 4 heures du matin au café ‘t Hemelrijk à Saint-Nicolas, Rousseau aurait tenu des propos racistes. La police locale a dressé un procès-verbal et le parquet mène actuellement une enquête.
- « Il ferait mieux de ne pas faire ce genre de choses. Ce langage très direct, c’est son charme et sa marque de fabrique. Mais il devrait quand même apprendre à tourner la langue dans sa bouche de temps en temps. Il en sera capable. » Un ancien président de la famille socialiste soupire, après le dernier incident autour de Rousseau.
- Car Rousseau était tout juste prêt, après des semaines de silence radio, à faire son retour dans les médias, suite à une série de mois difficiles, avec des enquêtes judiciaires contre lui. Celles-ci portaient sur des contacts non autorisés avec des mineurs et une plainte pour délits sexuels. Mais à trois reprises, l’enquête a été classée sans suite par le tribunal.
- La communication d’hier devait donc être un triomphe et un soulagement pour le chef du parti socialiste flamand, qui voulait laisser derrière lui une période épuisante et souligner son innocence.
- Mais il en va tout autrement aujourd’hui. En effet, avant même que Rousseau n’apparaisse dans les studios de Terzake (VRT) et de la Tafel van Gert (VTM), l’information tombe : une nouvelle enquête judiciaire est menée contre lui.
- Celle-ci concerne un incident entre la police locale de Saint-Nicolas et Rousseau, lors des Vredesfeesten de sa ville natale, le premier week-end de septembre. La police est intervenue deux fois, au café ‘t Hemelrijk, tenu par un camarade de parti de Rousseau.
- Le président de Vooruit était ivre et aurait réagi très vivement contre la police.
- Ils sont intervenus deux fois, selon des sources policières, d’abord vers minuit puis plus tard dans la nuit. Ils auraient été particulièrement choqués la deuxième fois, après 4 heures du matin, par les déclarations de Rousseau à leur égard.
- Celles-ci auraient porté sur la non-intervention de la police locale contre les Roms.
- La deuxième intervention aurait également été filmée avec une bodycam des policiers concernés.
- Rousseau n’a eu d’autre choix que de réagir, indépendamment de sa stratégie médiatique prévue : « J’avais trop bu, mais dans mon souvenir, ces conversations étaient plutôt sur le ton de l’humour et amicales. Je ne me souviens pas de tout ce qui a été dit exactement, mais les accusations me surprennent beaucoup. J’espère donc que le procureur m’invitera rapidement afin que je puisse obtenir des clarifications sur ce qui s’est passé réellement. »
- Dans les studios de télévision, Rousseau a aussi admis ne pas être particulièrement fier de son comportement : il a immédiatement annoncé qu’il ne boirait plus d’alcool jusqu’aux élections.
L’essentiel : Au sein de Vooruit, l’ambiance est très tendue. Cherche-t-on à compromettre leur étoile montante ?
- Dans les coulisses, les réactions sont vives chez les socialistes flamands. Selon un cadre de haut rang du parti, plusieurs éléments semblent « trop concomitants pour être vrais ».
- « Il est manifeste qu’une partie de la presse est franchement hostile à Conner. Un journaliste l’a explicitement qualifié de ‘voyou’, et a suggéré que nous ‘devrions prendre des mesures contre notre président' », confie un haut responsable de Vooruit.
- De surcroît, le timing de la rédaction du procès-verbal par la police locale est étrange. « Cela n’a été effectué que dix jours après les événements, sur instruction de la hiérarchie », indiquent nos sources socialistes.
- Elles soulignent également que le bourgmestre de la ville, membre de la N-VA, Lieven Dehandschutter, est en réalité le supérieur hiérarchique de cette police locale. « Et dans les sondages, il est à la traîne derrière Conner, qui est aussi candidat à la commune », ajoutent-elles.
- Cependant, au sein des milieux policiers, une autre version circule : « Les déclarations de Rousseau n’ont été portées à la connaissance du commandant qu’ultérieurement, tant les policiers étaient choqués. Et lorsque le commandant a été informé, il a décidé de rédiger un procès-verbal, jugeant la situation intolérable. »
- Ce procès-verbal, qui cite des faits de racisme et de xénophobie, est à l’origine de l’ouverture d’une enquête judiciaire, lancée en mi-septembre. « Mais pourquoi cette information fuite-t-elle seulement maintenant ? Faut-il vraiment vous faire un dessin ? », s’interrogent les socialistes.
- Enfin, il existe un élément supplémentaire : une vidéo de l’incident. Lors de la deuxième intervention, la caméra corporelle des policiers était activée, et des images ont donc été enregistrées.
Vue d’ensemble : Rousseau hisse son parti à des hauteurs inexplorées. Toutefois, combien de temps pourra-t-il maintenir ce pic de popularité ?
- « Conner est un cas à part. Mi-politicien, mi-personnalité publique, il reste fondamentalement humain. Cette combinaison irrite ses détracteurs. Il est innovant et rafraîchissant, » constate-t-on. Parmi les rangs socialistes, quiconque souhaite critiquer le président est pour le moment déçu. La confiance envers le leader demeure intacte.
- Parallèlement, il est évident que Rousseau frôle le phénomène d’Icare, propre au microcosme politique de la rue de la Loi : l’ascension est vertigineuse, l’euphorie au sein de son parti démesurée, et l’absence de fausse modestie indique que beaucoup anticipent une chute qui paraît inévitable. C’est un schéma politique classique et récurrent.
- Les premiers signes de turbulence pour Rousseau sont apparus en début d’année. Depuis des mois, les milieux politiques étaient saturés de rumeurs concernant sa vie privée, notamment ses relations directes avec les hommes. Deux journalistes de News City ont joué un rôle clé dans cette affaire, en coulisses.
- Faroek Özgünes et Jonas Muylaert affirment avoir conduit depuis septembre 2022 une « enquête journalistique » sur Rousseau, sondant notamment son entourage proche et éloigné à la recherche, disent-ils, de « preuves ». L’angle principal était un comportement sexuel présumément inadéquat. Les journalistes se vantaient d’avoir collecté « des dizaines de témoignages ». Ils ont même alimenté l’affaire en faisant fuiter des informations vers d’autres rédactions.
- Pire encore, Özgünes a personnellement alerté la justice, spécifiquement la magistrate Ine Van Wymeersch, concernant un comportement présumé illégal de Rousseau. Suite à cette dénonciation et à la rédaction d’un procès-verbal, une première enquête a été rapidement classée sans suite.
- Dans d’autres enquêtes également, l’implication des journalistes était manifeste. L’avocat d’une victime présumée a avoué que sans l’intervention d’un journaliste, son client n’aurait probablement pas porté plainte. Les deuxième et troisième enquêtes ont également été classées.
- Face à ce flot croissant de rumeurs, Rousseau a opté pour la communication, ce qui s’est avéré être une erreur. Une vidéo de coming-out maladroite, qui a ensuite été proposée à d’autres médias contre paiement, s’est retournée contre lui.
- En effet, la vidéo a été rapidement contextualisée, tant par la VRT que par d’autres médias, dans le cadre des rumeurs et des investigations judiciaires en cours. Rousseau s’est révélé vulnérable et s’est volontairement éclipsé pendant l’été, cherchant à se racheter.
- Cependant, contrairement à Icare, Rousseau n’est pas tombé. Les sondages montrent que sa popularité demeure presque intacte. De plus, la justice a pour une fois agi rapidement : trois classements sans suite consécutifs ont marqué une victoire pour Rousseau. Ce dernier a déclaré : « Aucune ligne rouge n’a été franchie, comme l’a clairement indiqué le parquet. »
- Son avocate, Christine Mussche, a également lancé une contre-offensive : « Il est clair, selon les procès-verbaux, que les plaintes n’ont été déposées qu’après de multiples pressions de personnes extérieures au dossier, notamment deux journalistes. Je n’ai jamais vu ça dans ma longue carrière d’avocate. » Rousseau a ajouté : « Sans ces deux journalistes, il n’y aurait eu ni déclaration, ni plainte. »
- La nouvelle enquête judiciaire arrive donc à un moment très inopportun. Le retour au calme escompté pour Rousseau n’est pas au rendez-vous. « Quiconque pense que Conner pourrait être raciste ne le connaît vraiment pas, » martèle-t-on vigoureusement au sein de Vooruit.
- Néanmoins, la présence de vidéos concernant ce nouvel incident pourrait complètement changer la donne. L’exemple malheureux du ministre de la Justice Vincent Van Quickenborne et de sa ‘guitare aérienne’ continue de résonner dans les couloirs de rue de la Loi : avec des images vidéo, une chute est vite arrivée.
Oui ou non ? : la question des F-16 belges en Ukraine divise la Vivaldi.
- Est-il possible ou non de livrer des F-16 belges à l’Ukraine ? Les réponses contradictoires fusent comme des balles de ping-pong. Entre Bruxelles et New York aussi, le Premier ministre Alexander De Croo (Open Vld) indique que le gouvernement fédéral réexamine sérieusement cette option.
- Cette semaine, la VRT a publié une enquête révélant qu’il serait en fait possible de livrer quelques avions. Notre armée de l’air aurait la capacité, dès l’arrivée des premiers F-35, sans doute l’année prochaine, de céder deux à quatre avions à l’Ukraine. Ces appareils, certifiés pour 8 000 heures de vol, disposeraient encore de quelques centaines d’heures utiles pour servir dans l’armée ukrainienne.
- La VRT confirme en fait une information déjà discutée au sein du MR : la livraison de quelques avions serait faisable dès l’année prochaine. Ce sujet a également été évoqué lors d’une réunion ministérielle vendredi dernier, où, à la demande des libéraux francophones, il a été demandé au ministère de la Défense d’étudier cette option plus en détail. Ce matin, Jasper Pillen, vice-président de l’Open Vld, a déclaré sur Radio 1 soutenir cette analyse de la situation.
- Toutefois, le camp libéral de la coalition Vivaldi se heurte à la ministre socialiste de la Défense, Ludivine Dedonder (PS). Elle maintient, interrogée par Belga : « La Belgique ne peut pas céder de F-16 car nous en avons besoin. (…) Que le MR remette aujourd’hui en cause cette logique m’étonne. Je suis en fin de compte responsable de la Défense belge et de la sécurité de la population. Je ne prendrai pas de décision irréfléchie qui mettrait cela en péril. L’idée selon laquelle des F-16 belges seraient en train de prendre la poussière quelque part est ridicule. »
Depuis New York : le Premier ministre De Croo a également discuté de cette question lors d’un point presse, en marge de l’Assemblée générale des Nations Unies. Il s’est montré ouvert à cette étude de faisabilité, mais apporte quelques nuances.
- La question de la livraison de F-16 se divise en deux scénarios :
- Le premier scénario se limite à la livraison d’avions déjà retirés du service avant d’atteindre la barre des 8 000 heures de vol. C’est ce que la VRT a dit être possible, et que MR et Open Vld confirment aussi.
- Le second scénario concerne ce que la Belgique fera des avions qui, ayant atteint les 8.000 heures de vol, seront retirés du service. Ce seuil est plus une garantie qu’autre chose ; un avion ne s’écrase pas dès qu’il a dépassé 8.001 heures de vol.
- « Nous avons discuté de ce sujet la semaine dernière au kern. Nous avons posé la question au ministère de la Défense de savoir en quoi nos F-16 seraient encore utiles si nous ne les utilisons plus. Après 8.000 heures, ils ne nous sont plus opérationnels, mais la question demeure de savoir si les Ukrainiens pourraient encore les utiliser pour des pièces de rechange, des formations, de la maintenance… », a expliqué le Premier ministre à Business AM.
- « Il faut réaliser cette analyse aussi rapidement que possible. Mais nous aurons de toute façon besoin de nos appareils pour les deux ou trois prochaines années. Donc, à court terme, nous ne sommes pas la solution. Mais d’ici deux ans, ils en auront sans doute encore besoin pour renforcer leurs capacités. »
- L’analyse que doit maintenant réaliser le ministère de la Défense est donc double : « Des avions sont-ils actuellement disponibles pour être cédés à l’Ukraine ? » et « que faire des avions qui seront retirés du service dans les années à venir, remplacés par les F-35 ? ». Le MR insiste sur le fait que la première option devrait être envisageable : « Il s’agit de quatre avions, mais nous attendons les résultats de l’analyse », a indiqué la ministre des Affaires étrangères, Hadja Lahbib (MR), depuis New York. La ministre dit avoir discuté sur place avec les Pays-Bas, qui vont livrer des F-16, « mais qui se sentent un peu seuls. Ils sont donc reconnaissants que l’on rouvre cette discussion ».
Par ailleurs : la Belgique joue déjà un rôle dans la livraison des F-16, notamment en matière de formation et de maintenance.
- « Il n’existe que trois entreprises dans le monde expertes dans la maintenance des F-16, y compris la société belge SABCA », a déclaré De Croo. « Nous jouerons donc un rôle important dans la maintenance des avions livrés à l’Ukraine, probablement en Roumanie. »
- En outre, la Belgique envoie également deux F-16B, la version biplace, au Danemark, où ils serviront à former des pilotes ukrainiens. Trois pilotes belges iront aussi au Danemark pour donner des formations. De plus, six instructeurs et quatre planificateurs de mission sont formés en Belgique.
- « Nous continuerons dans tous les cas les livraisons d’armes de manière générale. De plus, les revenus provenant des actifs russes gelés chez Euroclear seront entièrement reversés à l’Ukraine. Ces fonds seront utilisés pour l’accueil, l’aide humanitaire, la reconstruction et l’achat d’armes », a de nouveau affirmé De Croo, réitérant l’engagement de la Belgique à soutenir l’Ukraine tout au long du conflit.
Encore une fois : les chiffres pour le dernier budget fédéral belge ne sont pas reluisants.
- Les chiffres publiés hier par le Comité de monitoring ne sont pas très encourageants. À politique inchangée, le déficit budgétaire de la Vivaldi, de l’entité 1 (fédéral et sécurité sociale), serait de 3,1 % l’année prochaine, soit 18,6 milliards d’euros. Cela reste toutefois légèrement mieux que le déficit de cette année, qui devrait se clôturer à 3,5 %.
- Cette année, la situation s’est aggravée : avant l’été, les prévisions étaient de 3,4 %. Pour l’année prochaine, l’estimation s’est détériorée de 0,4 %, soit de 2 milliards d’euros. Les déficits de la sécurité sociale ont augmenté de 700 millions, les allocations ont augmenté de 1,4 milliard, tandis que le gouvernement n’a pu compter que sur 400 millions de contributions supplémentaires.
- Il faut dire que le Bureau fédéral du Plan a révisé à la baisse les perspectives de croissance, à 1% cette année, et à 1,3% l’année prochaine, alors qu’il y a deux mois, en juin, le Plan tablait sur 1,3% et 1,6%.
- Le Plan estime en outre que le déficit de l’ensemble des administrations publiques devraient être de 5% du PIB, soit près de 30 milliards d’euros, alors que la Belgique s’était engagée à ramener le déficit à 4,2%, l’année prochaine.
- Ces chiffres négatifs compliquent les négociations en amont de l’État de l’Union de De Croo, prévu le deuxième mardi d’octobre. En mars, il a été décidé qu’une réduction du déficit de 1,2 milliard ou 0,2 % du PIB serait entrepris. La secrétaire d’État au Budget, Alexia Bertrand (Open VLD), a confirmé cette ambition au niveau fédéral. La seule question est de savoir s’il faudra économiser ou taxer davantage pour trouver cet argent.
- En tout cas, le gouvernement maintient la règle de 3 : un tiers devrait provenir des économies, un tiers de nouvelles taxes, et un tiers d’autres mesures, soit environ 400 millions d’euros pour chaque catégorie.
- Pour l’année prochaine, l’effort devrait par contre se limiter à 815 millions d’euros pour que la Belgique tienne ses engagements, mais beaucoup d’eaux vont encore couler sous les ponts.
- L’objectif à long terme que la Vivaldi s’est fixé, mais qui dépassera le cadre de la législature, est de faire passer le déficit sous le seuil des 3% d’ici à 2026, soit un effort de 11 milliards d’euros.