Comment le changement climatique pourrait déclencher une crise bancaire

La Banque centrale européenne met en garde contre les risques liés au changement climatique dans son rapport semestriel sur la stabilité financière. ‘Les risques peuvent être concentrés dans certains secteurs, régions et banques individuelles’, indique la BCE.

  • Environ 30% du système bancaire de la zone euro est exposé à des risques de crédit liés à des entreprises présentant un risque climatique physique direct, a calculé le régulateur. Il s’agit d’entreprises qui pourraient connaître des difficultés financières en raison d’inondations, de sécheresses, de feux de forêt, de pénuries d’eau ou d’une combinaison de phénomènes liés au climat.
  • Les risques diffèrent selon les régions: les inondations représentent un danger particulier en Europe centrale et septentrionale, tandis que les vagues de chaleur et les feux de forêt touchent principalement l’Europe méridionale.
  • Si les entreprises sensibles au climat font faillite, elles risquent de ne pas rembourser leurs prêts bancaires, ce qui pourrait déstabiliser l’ensemble du système financier.
  • Dans ce contexte, la BCE garde un œil particulièrement attentif sur 25 banques non spécifiées. Ces institutions rassemblent en effet plus de 70% des risques. Le rapport indique que ‘la concentration possible des risques physiques liés au climat dans un nombre limité de banques plus vulnérables peut avoir des conséquences sur la stabilité financière’.
  • Les résultats préliminaires d’un stress-test climatique montrent que la probabilité de défauts de paiement dus à des événements climatiques extrêmes ‘augmentera de manière significative au cours des 30 prochaines années, si la politique climatique ne change pas’.
  • Les banques pourraient s’assurer contre ces risques. Mais actuellement, seul un tiers des pertes économiques liées au climat semble être assuré. La BCE s’attend à ce que cet ‘écart de protection’ se creuse à l’avenir. Plus les catastrophes naturelles sont nombreuses, plus les polices d’assurance climatique sont coûteuses et plus les conditions d’indemnisation sont strictes. Cela rend, bien sûr, cette assurance moins intéressante pour les banques individuelles.
  • Lors de l’octroi d’un prêt, de nombreuses banques couvrent leurs risques de crédit en demandant des garanties physiques, telles qu’un bâtiment ou un autre actif physique de valeur d’une entreprise. La BCE prévient que même ces garanties risquent de perdre leur valeur en cas de conditions climatiques extrêmes, comme des inondations.
  • ‘La mesure dans laquelle leur exposition ou leurs garanties sont couvertes par une assurance déterminera fortement la manière dont les banques seront affectées par les risques climatiques’, conclut le régulateur. En bref, nous devrons surveiller de près l’interaction entre les banques et les assureurs.
  • Le rapport de la BCE suggère également que les gouvernements pourraient devoir reprendre le rôle de tampon des assureurs au moyen d’un fonds européen commun pour les catastrophes.

Risques d’investissement

  • Au-delà des risques de dommages directs, la BCE voit également des ‘risques de transition’. Les banques et autres institutions financières ont environ 30% de leurs portefeuilles d’investissement (actions et obligations) dans des titres d’entreprises à fortes émissions, notamment dans les secteurs de l’énergie, de l’industrie et des matières premières.
  • Ces entreprises pourraient perdre beaucoup de valeur dans la transition vers une économie plus durable. Si les acteurs financiers n’ajustent pas leurs portefeuilles à temps, ils risquent de subir des pertes d’investissement et des dépréciations.

Domino

  • Concernant ces risques physiques et de transition, les recherches de la BCE suggèrent que ceux-ci ‘peuvent être concentrés dans certains secteurs, régions et banques individuelles’.
  • Afin d’identifier les risques de manière plus précise, il est urgent de conclure davantage d’accords sur le reporting et la comptabilité climatique par les banques et les entreprises, ajoute la BCE. Cela sera nécessaire pour identifier à temps le domino qui pourrait tomber en premier et contaminer le reste du système financier.

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